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Groupe de travail pour la Spiritualité
CICM Introduction En août 2000, le Supérieur général a demandé à tous les membres de la Congrégation de réfléchir ensemble à la spiritualité missionnaire qui doit garantir notre fidélité commune aux appels du Seigneur. Quelques questions pouvaient nous aider à exprimer puis à mettre par écrit notre vécu personnel. De très nombreux confrères ont répondu à cette invitation, soit dans le cadre des questions posées, soit en développant quelques thèmes particuliers qui leur paraissaient plus significatifs. Ces réponses seront le point de départ d'un processus d'information mutuelle et de dialogue qui devrait se poursuivre pendant plusieurs années. Le présent article propose quelques uns des éléments les plus marquants ou qui reviennent le plus souvent dans les réponses aux 10 questions-posées par le Supérieur général et en suivant leur ordre. Il est vrai que dans ce genre d'analyse on court le risque de banaliser ou de niveler des réflexions très personnelles. Elle nous permet cependant de découvrir des richesses communes mais qui restent trop souvent cachées. II nous est parfois difficile d'exprimer ce que nous .vivons sous la motion de l'Ésprit-Saint, mais la qualité des réponses révèle un réel désir chez beaucoup d'entre nous de partager notre propre vécu avec nos confrères partout dans le monde et d' approfondir ensemble notre spiritualité missionnaire. La première question constituait une sorte d'introduction à la réflexion : pourquoi avons-nous choisi de devenir missionnaire religieux CICM ? La plupart des confrères commencent par rappeler les influences qui ont joué dans la genèse de leur vocation. On cite celle d' un milieu familial profondément chrétien, ouvert et généreux, celle de mouvements de jeunesse, celle de certains éducateurs qui ont parfois eu un rôle déterminant. On évoque aussi très souvent le témoignage de missionnaires, généralement CICM, bien connus ou rencontrés occasionnellement. Ce qui a surtout frappé, c'est leur dynamisme, leur joie de vivre, leur simplicité. Plusieurs réponses mentionnent à ce propos une animation missionnaire ou vocationnelle parfois impressionnante, surtout pour des jeunes. Des rêves missionnaires sont également cités. Quant aux motivations profondes, les réponses montrent bien qu'il est difficile de les retrouver après 10, 20 ou 50 ans. On est enclin à projeter dans le passé un vécu qui a évolué au cours des années. Pourquoi voulait-on devenir missionnaire ? Pour faire de sa vie quelque chose de beau et de généreux, pour s'engager au service des plus démunis, pour contribuer au développement de régions défavorisées ou de communautés chrétiennes dont on ignorait cependant à peu près tout. L'attrait d'un certain exotisme ou de l'aventure a parfois joué. De nombreuses réponses révèlent d' ailleurs qu' on voulait devenir missionnaire dans telle ou telle région bien déterminée du monde. Mais au delà de ces motivations, la plupart d'entre nous avaient la conviction intime d'un appel personnel à suivre le Christ et à tout quitter pour lui. On savait que la vie du missionnaire était une vie d' amour et donc peut-être aussi de renoncement, et c'est bien ce qu'on voulait. En outre, il semble bien que pour la plupart de ceux qui ont répondu à la question, devenir missionnaire c'était aussi devenir prêtre. Le désir de devenir prêtre avait même parfois été premier. Mais quelques confrères ajoutent que la vie et les tâches du clergé diocésain ne leur semblaient pas très attirantes. Quant à la vie religieuse, ceux qui la mentionnent reconnaissent généralement qu'ils ne font comprise ou même découverte qu'après leur entrée au noviciat. Le choix de crcm plutôt que d'un autre institut allait de soi pour de nombreux confrères: c'était souvent le seul institut connu ou conseillé par un éducateur, on était certain d'y trouver ce qu'on cherchait et on ne s'y sentirait pas seul! Pour d'autres le choix a été plus raisonné ou dû à des circonstances fortuites qui se sont révélées plus tard providentielles. On ne perçoit aucun regret dans les réponses, même dans celles qui parlent d'une découverte parfois déconcertante ou pénible des exigences du Seigneur. Une deuxième question portait sur les soutiens dont nous avons pu bénéficier au cours de notre vie. Les réponses sont très diverses et souvent liées aux circonstances concrètes de la vie d'un chacun ou aux difficultés qu'il a rencontrées. On peut les regrouper sous trois titres. 1. Une relation de plus en plus personnelle avec le Christ Jésus et l'approfondissement d'une vie de foi en un Dieu fidèle qui ne cesse d'appeler à aller de l'avant ; - la prière et les célébrations liturgiques, en particulier l'Eucharistie dont plusieurs confrères soulignent l'importance dans leur vie ; - pour quelques uns la dévotion à la Vierge Marie ; - Plusieurs confrères soulignent également l'accompagnement spirituel régulier, les retraites annuelles, des temps de ressourcement, des lectures de témoignages contemporains. 2. La communauté CICM, qu'il s'agisse de la Congrégation comme telle ou de la vie communautaire proprement dite et très diversifiée selon les circonstances. Bon nombre d'entre nous apprécient la cordialité qui marque les relations entre confrères et leur esprit de famille, l'exemple et les encouragements des anciens, le fait d'être accepté tel que l'on est, en particulier dans des communautés internationales, l'amitié de certains confrères et leur soutien dans les épreuves ; - Plusieurs confrères insistent sur le fait qu'ils sont heureux dans des tâches qui répondent à leurs désirs les plus profonds et à leurs talents personnels en même temps qu'à l'attente ou aux besoins des autres ; - Le travail en équipe avec des confrères, des religieuses, des laïcs est plusieurs fois mentionné ; - Il faut signaler que les réponses à la question dix compléteront et nuanceront ce qui est dit ici. 3. L'accueil reçu dans les communautés chrétiennes locales et leur témoignage d'une foi vivante ou de l'action de l'Esprit ; - la conviction d'être soi-même porteur d'espérance et témoin d'un Dieu sauveur ; - Plusieurs réponses parlent de l'évolution des pratiques missionnaires et plus généralement de la vie de l'Église à laquelle ils sont heureux de pouvoir contribuer sans pour autant condamner le passé. Une troisième question portait sur les textes scripturaires qui nous inspirent le plus. Les réponses sont très diverses. Parmi les textes le plus souvent cités et parfois commentés, on relève ceux qui éclairent le projet de Dieu sur le monde; ceux qui révèlent sa bonté, sa miséricorde et son pardon; ceux qui disent l'amour de Jésus pour les plus pauvres auxquels il va jusqu'à s'identifier; ceux qui nous rappellent les exigences d'une vie à la suite du Christ ou de la mission. Plusieurs réponses soulignent l'importance de la prière des psaumes dans l'office quotidien. D'autres disent que la lecture de commentaires récents leur a été bénéfique et leur a permis de découvrir la richesse des Ecritures un peu négligées jusqu' alors. D'autres encore parlent d'une évolution dans le choix des textes en fonction des circonstances ou du cycle liturgique et reconnaissent que la méditation de ces textes est nécessaire dans leur vie de témoin de la Bonne Nouvelle. Plusieurs ajoutent que ce n'est que sur le terrain qu'ils ont vraiment découvert la Parole de Dieu jusqu'alors simple matière de cours, et parfois même parce qu'il leur fallait la commenter ou participer à des groupes de réflexion biblique. Une quatrième question nous demandait d'expliciter quelques éléments fondamentaux de notre spiritualité missionnaire. Une première constatation s'impose à la lecture des réponses: il est parfois difficile de préciser ce qu'on entend par spiritualité. La question a été comprise de diverses manières et une certaine confusion apparaît entre spiritualité et esprit missionnaire, les deux termes se recouvrant d'ailleurs en partie. Pour la plupart de nos confrères, ce qui importe avant tout c'est de vivre une relation personnelle avec le Christ qui nous appelle, de cheminer avec lui. Ils veulent être les témoins du Royaume de Dieu à la suite de Jésus et en cherchant à édifier un monde meilleur de justice et de paix. Quelques uns préfèrent parler de la fraternité universelle qu'ils veulent promouvoir en vivant le Cor unum et anima una qui doit caractériser nos communautés et s'ouvrir à tous ceux et celles auxquels nous sommes envoyés. Beaucoup de réponses reconnaissent que notre mission exige une réelle intégration dans les réalités locales, une incarnation disent quelques uns, et en communion avec les communautés chrétiennes, une inculturation progressive du message évangélique et attentive à l'action de l'Ésprit-Saint qui nous précède et est à l'œuvre partout dans le monde. Quelques uns rappellent à ce propos qu'il leur faut se laisser évangéliser par les pauvres dont ils sont appelés à partager la vie, les souf frances et les joies, les colères aussi : ce sont eux nos maîtres en spiritualité. De nombreuses réponses insistent sur l'une ou l'autre exigence de notre vie clcm entre autres sur l'ad extra plutôt socio-culturel que géographique et qui concrétise le "tout quitter à la suite du Christ". Pour d'autres, la suite du Christ nous invite à une sorte de kénose aux multiples aspects et toujours renouvelée. D'autres encore affirment que pour eux, il s'agit de se laisser convertir soi-même avant de chercher à convertir les autres, de redécouvrir avec les communautés locales ce que c'est qu'être chrétien ensemble plutôt que d' imposer des modèles socio-culturels importés. On constate de fait dans plusieurs réponses un dynamisme et une spiritualité plus règno-centrique qu'ecclésio-centrique, une vision renouvelée de la mission avec tout ce qu'elle implique de présence à l'autre, de dialogue, de respect et d' estime, de disponibilité totale et de simplicité de vie. Quelques réponses cherchent à exprimer en quelques mots-clefs l'essentiel d'une spiritualité missionnaire : § aimer Dieu, aimer les autres, aimer le pays qui m' accueille ; § me laisser saisir sans réserve par le Christ ; § pour moi "vivre c' est le Christ qui m' appelle tous les jours à le suivre" ; § "avec lui, par lui et en lui" en toutes choses ; § être le grain de blé qui disparaît en terre pour que la vie jaillisse autour de moi ; § l' autre est pour moi un nouveau visage du Christ, sa présence réelle ; § envoyé par le Christ, il faut que je devienne un autre Christ ; § "quand je suis faible, c'est alors que je suis fort" ; § "rien n'est impossible à Dieu" y croire vraiment dans ma vie quotidienne. Plusieurs confrères insistent sur la dimension contemplative de leur vie missionnaire et sur la place de la prière personnelle à laquelle ils consacrent tous les jours de longs moments : leur propre fidélité s'enracine dans l'écoute d'un Dieu fidèle. D'autres encore déclarent que leur spiritualité s' inspire de plus en plus de mouvements contemporains qu'ils ont découverts progressivement tels que le Renouveau charismatique ou la Légion de Marie. Une constatation s'impose à la lecture de réponses très diversifiées et très personnelles : notre spiritualité s' enracine généralement dans notre vécu quotidien. Quelques confrères parlent même de spiritualité de la rue, ou de la périphérie, ou des frontières. La plupart d'entre nous reconnaissent d'ailleurs que leur spiritualité a évolué au cours des années en fonction des circonstances. A ce propos, quelques uns apprécient le fait que la Congrégation ne propose pas à tous ses membres un modèle standard de spiritualité missionnaire. D'autre part, quelques réponses révèlent une certaine inquiétude devant la différenciation toujours plus grande de la spiritualité qui nous anime et donc aussi devant la diversité grandissante des pratiques missionnaires. La cinquième question complétait la précédente et nous demandait d'expliciter comment nótre relation avec le Christ c'était approfondie au cours des années. De fait, la plupart des confrères reconnaissent que cette relation a évolué depuis leur entrée dans la Congregation: ils perçoivent autrement la présence du Christ dans leur vie. Quelques uns parlent même d'une conversion : le Christ est devenu vraiment quelqu'un, un compagnon de route, un guide, un frère, un ami. D'autres parlent d'une relation plus adulte ou moins sentimentale ou qui s'est libérée de clichés et d'une imagerie traditionnelle peu évangélique. Cette redécouverte du Christ est surtout celle de son amour pour les pécheurs, les pauvres, les petits et les brebis perdues, de son refus de juger. C'est parfois la découverte de sa liberté face aux structures socio-économiques ou religieuses de son temps, face à une opinion publique qui attendait de lui autre chose que ce que sa mission lui imposait de fait. Plusieurs confrères soulignent le lien entre l'approfondissement de leur relation avec le Christ et leur vie de foi en un Dieu d'amour. § C'est en accueillant toujours plus fidèlement l'amour que Dieu nous offre et en s' engageant plus généreusement à la suite du Christ qu' on découvre vraiment qui il est. § Il faut aimer en vérité, redire oui tous les jours pour apprendre à connaître personnellement celui auquel on a consacré toute sa vie. Dans ce même ordre d' idées quelques uns précisent que c' est en cherchant à devenir le Christ pour les autres qu' ils ont approfondi leur propre relation avec lui. De nombreux facteurs ont contribué à cet approfondissement. Le plus souvent cité est la prière et plus particulièrement la célébration de l'Eucharistie avec les communautés locales et dans le cadre de l' année liturgique. On parle aussi de la méditation des Évangiles. La lecture d'ouvrages qui proposent une christologie renouvelée ou des témoignages d'hommes et de femmes qui ont rencontré le Christ a été bénéfique. Des retraites et des sessions de ressourcement sont également citées. D'autres disent qu'ils ont découvert le Christ dans le visage des pauvres et des humiliés. A ce propos plusieurs reconnaissent que l'expérience de leur propre faiblesse ou de l'échec leur a fait mieux comprendre la nécessité d'une communion toujours plus profonde avec le Christ fidèle à sa mission et obéissant jusqu'à la mort. Quelques réponses évoquent la nécessité d'être "vrai" en parlant du Christ : la catéchèse, les homélies, les exposés-de tous genres imposent en quelque sorte un approfondissement de sa propre relation avec celui dont on parle. Enfin plusieurs confrères parlent du rôle de Marie dans cet approfondissement. Une dévotion renouvelée et mieux comprise envers sa mère conduit tout naturellement au Christ. Marie nous indique le chemin et c'est là son rôle dans la vie de l'Église. La sixième question : comment et en quoi les communautés locales sont-elle pour vous source d'inspiration ? Une première constatation : ces communautés locales sont très diverses et donc aussi ce qu'elles peuvent nous apporter. En général on souligne la foi toute simple des populations locales, leur générosité et la qualité de l' accueil qui les caractérise malgré leur pauvreté en bien des cas. De nombreuses réponses soulignent tel ou tel témoignage plus particulier : § la patience dans les épreuves et la confiance en Dieu, § l'engagement au service de la communauté chrétienne ou de la société, § le sens du sacré, § l' importance des relations humaines, du dialogue ou de la fête. Plusieurs confères reconnaissent que la vie des communautés chrétiennes leur a fait découvrir d'autres manières d'être chrétien et donc aussi le caractère relatif de bien des éléments de leur propre christianisme. Quelques réponses évoquent ici le témoignage de croyants d'autres religions qui interpelle la foi du missionnaire. A signaler enfin que plusieurs réponses rappellent que si les communautés chrétiennes ont beaucoup à nous apprendre et à nous donner, il nous faut cependant garder une attitude critique face aux abus óu aux déviances que nous constatons. Cette attitude critique contribue d'ailleur à approfondir notre propre vie de foi. Une septième question demandait d'indiquer les personnes qui nous ont le plus influencé dans notre vie CICM. Plusieurs confrères mentionnent des parents, des proches ou des éducateurs dont la foi était contagieuse. On cite aussi des saints, Saint François d'Assise p.e., quelques figures prophétiques de notre temps, des responsables d'Église locale, des laïcs engagés, des religieuses, des personnalités marquantes chrétiennes ou non et parfois rencontrées par hasard. Presque toutes les réponses citent nommément des confrères particulièrement généreux, ou optimistes, ou qui prient, ou qui savent écouter et encourager. Bon nombre d'entre eux seraient sans doute étonnés d'apprendre à quel point ils ont exercé une influence positive autour d'eux ou. combien leur amitié a été bénéfique. Quelques réponses mentionnent aussi des communautés dynamiques et ouvertes. La huitième question portait sur les textes de prière et les écrits de tous genres qui nous inspirent particulièrement. On pouvait s'attendre à ce que les réponses soient très diversifiées. Des prières d'inspiration biblique sont assez souvent mentionnées, des prières liturgiques, des prières composées par tel ou tel saint, parfois aussi le rosaire. On mentionne également la prière du Chapitre de 1999. Quelques confrères ont composé eux-mêmes une prière à leur usage personnel. D'autres souhaitent que nous adoptions tous une même prière congrégationnelle. De nombreuses réponses révèlent que de brèves citations des Évangiles ou de Saint Paul ou encore d'auteurs connus soutiennent la réflexion ou la prière de nos confrères. Quant aux lectures proprement dites, on mentionne des textes publiés par des confrères et le plus souvent dans les bulletins provinciaux, des textes officiels tels que Il faut que le feu brûle ou Directives pour la mission. Bon nombre d'auteurs récents sont cites : des ouvrages de spiritualité ou de théologie, des biographies, des romans même. Quelques revues sont mentionnées, des emissions de TV, des reportages. On peut conclure des réponses que si certains confrères lisent beaucoup, d'autres reconnaissent qu' ils le font très peu ou simplement dans un but utilitaire p.e. en vue de préparer une homélie ; lire, c'est plutôt une affaire de loisirs. Une neuvième question concerne la place de la Vierge Marie dans notre vie. Les réponses révèlent une très grande diversité, peut-être aussi une certaine difficulté à aborder le sujet. Quelques confrères commencent par se poser la question: quelle est la portée réelle du "titre et patronage du Cœur Immaculé de Marie" dans la spiritualité de la Congrégation ? De fait, très peu de réponses en font mention, pas plus d'ailleurs que du lieu de pèlerinage marial autrefois célèbre auquel se rattache la fondation de l'Institut. Le rôle de la Vierge Marie dans la vie de nos confrères relève du domaine privé et n'a pas de caractère spécifiquement congrégationnel. Des confrères déclarent n'avoir rien de particulier à signaler. D'autres reconnaissent que Marie occupe peu de place dans leur vie ou qu'ils ont peu de dévotion pour elle. D'autres encore disent qu'elle est simplement un exemple de foi et de disponibilité, un exemple parmi d'autres, ajoutent quelques uns. Un certain nombre de réponses font explicitement état de l'abandon progressif ou même du rejet formel d'une piété traditionnelle reflet d'une mariologie aujourd'hui dépassée. Plusieurs confrères déclarent cependant qu'ils ont découvert peu a peu la véritable personnalité de la Vierge Marie et son rôle dans la vie de l'Eglise comme dans celle de chacun d'entre nous. Ils parlent d'une relation moins émotive, plus adulte, mieux fondée théologiquement. Marie renvoie à Jésus et à sa mission libératrice. Dans cet ordre d'idées, on se réfère plus souvent à la Vierge du Magnificat qu'à celle de l'Ave Maria. D'autres part, bon nombre de confrères affirinent être fidèles à des pratiques traditionnelles, le chapelet p.e. ou l'Angélus ou le mois de mai. Leur dévotion a peu évolué au cours des années, mais elle est plus motivée. Ils insistent surtout sur la fonction maternelle de Marie dans leur vie : elle est une "maman" très proche, une confidente, une protectrice, une médiatrice. Elle est surtout un exemple, celle entre autres qui a su s' effacer tout en restant présente et active. Plusieurs confères reconnaissent à ce propos des influences familiales, celles de mouvements marials, parfois aussi celles de dévotions locales ou de lieux de pèlerinage connus. Une dernière question concernait le soutien trouvé chez les confrères en général et dans les communautés CICM en particulier. Bon nombre d'entre nous déclarent avoir trouvé chez leurs confrères un réel soutien dans leur vie missionnaire, le plus souvent dans l'exemple d'un engagement généreux, de l'ardeur au travail, de la prière. Quelques uns précisent qu'ils l'ont trouvé dans l'accueil et les encouragements personnels qu'ils ont reçus, surtout à des moments difficiles, dans des amitiés durables, dans l'accompagnement spirituel. D'autres réponses sont plutôt négatives. On regrette le peu d'intérêt réel que nous avons les uns pour les autres, pour ce que nous sommes ou ce que nous vivons personnellement. On regrette les tensions qui se manifestent parfois entre nous et d'une manière plus générale l'individualisme qui nous caractérise: la Congrégation est une sorte d'entité impersonnelle qui nous rassemble sans que nous nous rencontrions en profondeur. On relève dans certaines réponses des réflexions assez critiques sur le Cor unum et anima una, ou sur la manière dont est vécue l'internationalité. Quelques uns déclarent même avoir souffert à cause de leurs confrères: incompréhensions, jalousies, calomnies. Mais ajoute-t-on, même des expériences malheureuses permettent d'acquérir une plus grande maturité. Les réponses sont aussi contrastées en ce qui concerne la vie en communauté, qu'il s'agisse de petites ou de grandes communautés. Une première constatation: beaucoup de confrères ont vécu ou vivent seuls, et très souvent sans le regretter. Quelques uns déclarent même que vivre et travailler seul leur a permis de mieux s'intégrer dans les réalités locales. A leur avis, le style de vie de certaines communautés isole celles-ci de leur environnement. La communauté, c'était pour eux les paroissiens et quelques amis. Quoi qu'il en soit, bon nombre de confrères reconnaissent avoir trouvé dans les communautés CICM un réel soutien : dans l'esprit de famille qui les caractérise, dans la prière communautaire, dans le travail en équipe, dans les moments de détente, dans les partages. Plusieurs déclarent même qu'ils doivent beaucoup à la vie en communauté, qu'elle leur a permis de surmonter certaines épreuves en leur donnant l'occasion d'être eux-mêmes et accueillis comme tels. Dans le même ordre d'idées, de nombreux confrères apprécient les rencontres de tous genres qui leur permettent de se retrouver de temps en temps tous ensemble, qu'ils vivent seuls ou non. D'autre part, plusieurs réponses expriment une réelle insatisfaction : § on ne se sent pas vraiment soutenu par la communauté comme telle, ni même encouragé dans sa vie et ses tâches personnelles, bien au contraire ajoutent même quelques uns ; § les mêmes regrets concernent les rencontres, même si elles sont agréables. De fait, c'est le manque de partage qui revient le plus souvent dans les regrets : § nous ne partageons guère entre nous ce qui est au coeur même de notre vie ; § nos relations sont plutôt superficielles, même si elles sont cordiales. Plusieurs reconnaissent qu'il est de fait parfois difficile de partager entre frères ses richesses intérieures comme sa pauvreté : nous n'y avons pas été formés. Ils le souhaitent cependant, mais ajoutent-ils, on dirait qu'à ce niveau-là la communauté cesse de fonctionner comme telle : nous n' avons plus besoin les uns des autres. Quelques uns disent qu'ils partagent mieux et plus en profondeur avec d' autres qu' avec leurs propres confrères et que c' est ailleurs qu' ils trouvent le soutien dont ils ont besoin. Que conclure de cette première lecture de témoignages souvent très personnels ? La spiritualité missionnaire qui nous anime s'enracine généralement dans notre vécu quotidien. En nous laissant interpeller partout dans le monde par les situations locales, les événements et les personnes qui nous entourent, nous découvrons l'appel du Christ et les exigences concrètes qu'il nous pose, à la lumière de l'Évangile et sous la motion de l'Ésprit-Saint. Notre spiritualité missionnaire est dès lors à la fois incarnée et très diversifiée. D'autre part, cette spiritualité vécue, et qui fait en quelque sorte partie de nous-même n'a pas souvent l'occasion de s'exprimer dans le dialogue, de devenir une richesse commune grâce à un partage fraternel qui respecte l'autonomie des personnes et la liberté de l'Ésprit. De fait bon nombre de réponses estiment que nous touchons là une des faiblesses de la vie missionnaire telle qu'elle est vécue dans la Congrégation : sa dimension communautaire au sens large du terme manque de profondeur et donc souvent aussi de vérité, nous ne nous connaissons pas vraiment, même si nous vivons ensemble. Plusieurs confrères avouent d'ailleurs que c'est en répondant aux questions qu' ils ont pu pour la première fois partager le meilleur d' eux-même. Un partage fraternel du "don de Dieu", sous quelque forme que ce soit, exige un effort d'analyse et de vérité. C'est la raison pour laquelle il ne peut que contribuer à l'approfondissement et à la purification de notre spiritualité personnelle dans le dialogue avec nos confrères: c'est ensemble que nous sommes appelés à suivre le Christ de plus près et à poursuivre sa mission dans le monde.
8 juin 2002
Réf. : CHRONICA , 72e année, n. 5, juin 2002.
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