Abbé Sébastien Kizito Lututu - Diocèse de Kisantu/R.D.C.
La béatitude des «pacificateurs»
Une indication pour l'Afrique à reconstruire ...


Aujourd'hui que d'expression ou de déclarations n'enregistrons-nous pas sur la paix ? « la paix soit avec vous » ; «Le développement est le nouveau nom de la paix» ; «Cultivons la paix, non la haine» ; «Evangile de la paix» ; «Message de paix» ; «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix» ; «Demeurez dans la paix» ; «Marche pour la paix» ; «Prix Nobel de la paix» ; «Campagne pour la paix» ; «Ambassadeur de la paix», etc. Jacques Dupont nous fait remarquer que la béatitude des miséricordieux et celle des artisans de paix se placent sur le terrain de l'agir : de la conduite à l'égard du prochain qui a besoin de l'aide [...]. Quant à la mention «artisans de paix», elle évoque une bonne oeuvre pour laquelle le judaïsme avait une estime exceptionnelle. On s'était rendu compte que, parmi les gens en difficulté qu'il faut aider, les moins malheureux ne sont peut-être pas les époux ou les amis qui se disputent. Travailler à les réconcilier, s'employer à ramener la paix entre eux, c'est un des plus beaux services qu'on puisse rendre à son prochain.1

En effet, contrairement au désir naturel de l'homme qui veut vivre heureux, épanoui dans sa société, celle-ci, constatons-nous, est souvent le lieu où émergent un arc-en-ciel de situations conflictuelles : haine, guerre jalousie, inimitié, meurtre, envie, calomnie, persécution, trahison, complexe.... Combien de temps nous faudra-t-il encore pour que ce monde vive d'Amour, pour que la paix revienne dans nos pays, dans nos cœurs, pour que le blanc et le noir se comprennent afro qu'ils donnent ensemble ce qu'ils ont de meilleur ?

La guerre est l'œuvre de l'homme, disait Jean-Paul II lors dans son discours au Peace Mémorial de Hiroshima. La guerre est destruction de la vie humaine. Rappeler le passé, c'est s'engager dans le futur. Rappeler Hiroshima, c'est s'engager pour la paix. Rappeler que les gens de cette ville ont souffert, c'est renouveler notre foi dans l'homme, dans sa capacité de faire ce qui est bon, dans sa liberté de choisir ce qui est juste, dans sa détermination à transformer un désastre en un nouveau commencement. Face à cette calamité créée par l'homme qu’est toute guerre, nous devons dire et redire encore et encore que le recours à la guerre n’est pas inévitable ou irremplaçable. L'humanité n’est pas destinée à l'autodestruction.

En fin de compte, La guerre s'avère être un danger qu'il faut nécessairement éviter pour construire un monde meilleur fondé sur la paix.

Dans le contexte des béatitudes, l'appel à l'action pour la paix trouve sa place dans le prolongement de la béatitude des miséricordieux. Il représente une forme concrète de cette miséricorde. D'où, Partisan de paix est appelé fils de Dieu parce qu'il imite le Dieu véritable, qui accorde ces grâces à la vie humaine.

Les «pacificateurs» sont alors ceux qui sont marqués, du souci de reconstruire, de réunir les enfants de Dieu dispersés par la force du diable. Ils sont ceux qui, au nom de l'amour et de la fidélité à Dieu, désirent être en paix, rétablir la paix, rechercher la paix, instaurer la paix et vivre la paix (Rom 12,18 ; 14,19 ; 2 Cor 13,11).

Dans le conflit qui divise actuellement la République Démocratique du Congo et le Rwanda, ces agents de la paix ne sont pas hors circuit. Leur souci est que chaque Etat soit Libre, qu'il s'organise par lui-même pour sa reconstruction. A certains de ces agents on accordera le titre de «facilitateur», à d'autres celui d'«ambassadeur de la paix». D'autres encore recevront le prix Nobel de la paix.

Sur quoi doit-on, en définitive, fonder cette paix pour une meilleure reconstruction ? Notons que la conception biblique de la paix est dune étonnante profondeur. Elle n'est pas seulement «paix de l'homme», elle est aussi — et d'abord — «paix de Dieu» et «paix du Christ». C'est précisément la paix de Dieu qui appelle L'homme à s'engager de toutes ses forces dans la construction de la paix à tous les niveaux de sa vie en humanité. Croire à la «paix de Dieu» nous aidera à ne jamais nous lasser à nos efforts pour construire la paix ou la reconstruire.

Le processus de la paix doit, de ce fait, être fondé sur l'amour, la fidélité et l'attachement à Dieu. C'est en mettant en pratique la charité, une attitude active cherchant efficacement le bien d'autrui, dans un monde divisé par l'égoïsme, le ressentiment, la haine, le tribalisme, la jalousie que l'on peut «bâtir la paix».

La béatitude nous l'apprend en effet, «la paix et le fleuron de la charité ; la paix commence dans le cœur de l'homme dans la mesure où il s'élargit suivant le coeur de Dieu. En d'autres termes [...], le secret de la paix, c'est l'activité et la solidarité entre les hommes [...]. Sans cela négociations et accords n'aboutiront qu'à des résultats décevants».2  Bref, «ειρευοποιοι dans la béatitude s'applique aux hommes et désignent le comportement ou la qualité de ceux qui s'emploient à établir la paix entre les hommes, là où ceux-ci sont divisés» (Mugaruka).

L'Église est donc appelée à être au sens le plus fort du terme témoin et acteur de la paix, prédicateur par tout son comportement de l'Evangile de la paix. La proclamation et la promotion de la paix sont une dimension constitutive de la mission de l'évangélisation qui lui incombe.

Les chrétiens sont donc invités à prendre part au grand combat pour une vie heureuse pour la libération et pour la paix dans le monde tout en conservant le sens des béatitudes qui les unit directement à Dieu. En effet, «la vocation privilégiée du chrétien dans le monde, c'est être le témoin d'un sens de l'histoire, malgré ses contradictions, ses retards et même ses reculs. Il doit être l'homme de l'espérance [...] : espoir de paix, de promotion humaine, de bonheur en un mot» .

Espérant contre toute espérance (Rom 4,18), le chrétien doit se battre pour la transformation du monde et la libération de l'homme. On le voit, le Royaume de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture et de boisson ; il est justice, paix et joie dans l'esprit saint. Recherchons donc ce qui contribue à la paix et ce qui nous associe les uns aux autre en vue de la même construction (Rom 14,17-19).

 

Notes

1 J. Dupont, «Introduction aux béatitudes», in Nouvelles Revue Théologique n. 2 (1976), p. 106.
2 lbid., p. 238.
3 C. Geffré, Un espace pour Dieu, p. 149.

 

Réf. : TELEMA (lève-toi et marché !), n. 115, 4/03, Octobre/Décembre 2003, pp. 78-80.