Aujourd'hui
que d'expression ou de déclarations
n'enregistrons-nous pas sur la paix ? « la paix
soit avec vous » ; «Le développement est le
nouveau nom de la paix» ; «Cultivons la paix, non la
haine» ; «Evangile de la paix» ; «Message
de paix» ; «Je vous laisse la paix, je vous donne ma
paix» ; «Demeurez dans la paix» ; «Marche
pour la paix» ; «Prix Nobel de la paix» ; «Campagne
pour la paix» ; «Ambassadeur de la paix», etc.
Jacques Dupont nous fait remarquer que la béatitude des
miséricordieux et celle des artisans de paix se placent
sur le terrain de l'agir : de la conduite à l'égard
du prochain qui a besoin de l'aide [...]. Quant à la mention «artisans
de paix», elle évoque une bonne oeuvre pour laquelle
le judaïsme avait une estime exceptionnelle. On s'était
rendu compte que, parmi les gens en difficulté qu'il faut
aider, les moins malheureux ne sont peut-être pas les époux
ou les amis qui se disputent. Travailler à les réconcilier,
s'employer à ramener la paix entre eux, c'est un des plus
beaux services qu'on puisse rendre à son prochain.1
En
effet, contrairement au désir naturel de
l'homme qui veut vivre heureux, épanoui dans sa société,
celle-ci, constatons-nous, est souvent le lieu où émergent
un arc-en-ciel de situations conflictuelles : haine,
guerre jalousie, inimitié, meurtre, envie, calomnie, persécution,
trahison, complexe.... Combien de temps nous faudra-t-il
encore pour que ce monde vive d'Amour, pour que la paix revienne
dans nos pays, dans nos cœurs, pour que le blanc et le noir
se comprennent afro qu'ils donnent ensemble ce qu'ils ont de meilleur
?
La
guerre est l'œuvre de l'homme, disait Jean-Paul
II lors dans son discours au Peace Mémorial de
Hiroshima. La guerre est destruction de la vie humaine. Rappeler
le passé, c'est s'engager dans le futur. Rappeler Hiroshima,
c'est s'engager pour la paix. Rappeler que les gens de cette ville ont souffert,
c'est renouveler notre foi dans l'homme, dans sa capacité de
faire ce qui est bon, dans sa liberté de choisir ce qui
est juste, dans sa détermination à transformer un
désastre en un nouveau commencement. Face à cette
calamité créée par l'homme qu’est toute
guerre, nous devons dire et redire encore et encore que le recours à la
guerre n’est pas inévitable ou irremplaçable.
L'humanité n’est pas destinée à l'autodestruction.
En
fin de compte, La guerre s'avère être
un danger qu'il faut nécessairement éviter pour construire
un monde meilleur fondé sur la paix.
Dans
le contexte des béatitudes, l'appel à l'action
pour la paix trouve sa place dans le prolongement de la béatitude
des miséricordieux. Il représente une forme concrète
de cette miséricorde. D'où, Partisan de paix est
appelé fils de Dieu parce qu'il imite le Dieu véritable,
qui accorde ces grâces à la vie humaine.
Les «pacificateurs» sont alors ceux qui
sont marqués, du souci de reconstruire, de réunir
les enfants de Dieu dispersés par la force du diable. Ils
sont ceux qui, au nom de l'amour et de la fidélité à Dieu,
désirent être en paix, rétablir la paix, rechercher
la paix, instaurer la paix et vivre la paix (Rom 12,18 ; 14,19
; 2 Cor 13,11).
Dans
le conflit qui divise actuellement la République
Démocratique du Congo et le Rwanda, ces agents de la paix
ne sont pas hors circuit. Leur souci est que chaque Etat soit Libre,
qu'il s'organise par lui-même pour sa reconstruction.
A certains de ces agents on accordera le titre de «facilitateur», à d'autres
celui d'«ambassadeur de la paix». D'autres encore recevront
le prix Nobel de la paix.
Sur
quoi doit-on, en définitive, fonder
cette paix pour une meilleure reconstruction ? Notons que la conception
biblique de la paix est dune étonnante profondeur. Elle
n'est pas seulement «paix de l'homme», elle est aussi — et
d'abord — «paix de Dieu» et «paix du Christ».
C'est précisément la paix de Dieu qui appelle L'homme à s'engager
de toutes ses forces dans la construction de la paix à tous
les niveaux de sa vie en humanité. Croire à la «paix
de Dieu» nous aidera à ne jamais nous lasser à nos
efforts pour construire la paix ou la reconstruire.
Le
processus de la paix doit, de ce fait, être
fondé sur l'amour, la fidélité et l'attachement à Dieu.
C'est en mettant en pratique la charité, une attitude active
cherchant efficacement le bien d'autrui, dans un monde divisé par
l'égoïsme, le ressentiment, la haine, le tribalisme,
la jalousie que l'on peut «bâtir la paix».
La
béatitude nous l'apprend en effet, «la
paix et le fleuron de la charité ; la paix commence dans
le cœur de l'homme dans la mesure où il s'élargit
suivant le coeur de Dieu. En d'autres termes [...], le secret de
la paix, c'est l'activité et la solidarité entre
les hommes [...]. Sans cela négociations et accords n'aboutiront
qu'à des résultats décevants».2 Bref, «ειρευοποιοι dans
la béatitude s'applique aux hommes et désignent le
comportement ou la qualité de ceux qui s'emploient à établir
la paix entre les hommes, là où ceux-ci sont
divisés» (Mugaruka).
L'Église est
donc appelée à être au sens le plus fort du terme
témoin et acteur de la paix, prédicateur par tout
son comportement de l'Evangile de la paix. La proclamation et la
promotion de la paix sont une dimension constitutive de la mission
de l'évangélisation qui lui incombe.
Les
chrétiens sont donc invités à prendre
part au grand combat pour une vie heureuse pour la libération
et pour la paix dans le monde tout en conservant le sens des béatitudes
qui les unit directement à Dieu. En effet, «la vocation
privilégiée du chrétien dans le monde, c'est être
le témoin d'un sens de l'histoire, malgré ses contradictions,
ses retards et même ses reculs. Il doit être l'homme
de l'espérance [...] : espoir de paix, de promotion humaine,
de bonheur en un mot» .
Espérant contre toute espérance (Rom
4,18), le chrétien doit se battre pour la transformation
du monde et la libération de l'homme. On le voit, le Royaume
de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture et de boisson
; il est justice, paix et joie dans l'esprit saint. Recherchons
donc ce qui contribue à la paix et ce qui nous associe les
uns aux autre en vue de la même construction (Rom 14,17-19).
Notes
1 J. Dupont, «Introduction
aux béatitudes», in Nouvelles
Revue Théologique n. 2 (1976), p. 106.
2 lbid., p. 238.
3 C. Geffré, Un
espace pour Dieu, p. 149.
Réf. : TELEMA (lève-toi
et marché !), n. 115, 4/03, Octobre/Décembre
2003, pp. 78-80.