Godefroid Manunga-Lukokisa, SVD
L'Oecumenisme: Un don de l'Esprit Saint aux Eglises


INTRODUCTION GENERALE

Objet du travail

En ces cinquante dernières années de notre siècle, trois grands mouvements ont profondément marqué la vie de l’église Catholique, à savoir le mouvement eucharistique et liturgique, l’action Catholique et le mouvement missionnaire. A coté d’eux s’est développé un autre mouvement très original, l’oecuménisme ou le mouvement en faveur de l’unité des chrétiens.

Au cours des pages suivantes, je me propose de décrire la genèse et le développement historique de ce mouvement non seulement en vue d’une meilleure compréhension du phénomène mais aussi parce que l’église missionnaire nous invite d’y prendre part active comme chrétiens catholiques, chacun à son niveau et dans son état de vie. Notre approche sera donc historique et théologique, l’étude revêt un caractère pratique et apostolique. La pratique œcuménique sera étudiée dans un contexte pastoral et missionnaire au sein des églises particulières de l’Afrique noire et chrétienne.

Interet du theme

Ceux qui se disent Chrétiens sont scandaleusement divisés depuis des siècles. Au cours de l’histoire, ils se sont constitués en églises indépendantes se réclamant toutes fidèles au Christ, fils de Dieu et sauveur du monde.

Le monde ne peut pas encore totalement croire au Christ et à son message de libération et de fraternité tant que les membres de son corps resteront divisés. Où vont ces églises, quelle est la véritable église fondée par Jésus-Christ ?

Ce sont là deux questions fondamentales qui préoccupent plus d’un chrétien averti ces dernières années et l’auteur de la présente étude. Il convient que nous cherchions des réponses dans le domaine de la pastorale et de la vie pratique des fidèles de toutes les églises concernées. Cette étude est une de ces tentatives de recherche personnelle et communautaire.

Methode d'approche et division du travail

Notre intention est de situer ces réflexions dans le contexte de l’évangélisation des cultures dans les pays dits "de mission". Connaître la genèse et le développement y compris la pratique de l’oecuménisme au sein des églises chrétiennes est un besoin ressenti au niveau pastoral et spirituel dans les églises locales d’Afrique subsaharienne, où nous avons fait notre expérience missionnaire avant de venir à Rome pour les études de spécialisation en missiologie.

Pour des raisons méthodologiques, nous avons reparti ce travail en cinq sections : celles-ci seront cadencées en sous sections que nous avons baptisées "articles".

La première section retrace les fondements bibliques et historiques de l’unité des croyants en un Dieu Un et Trine. Un regard rapide est jeté sur les persistantes divisions au sein de l’église une et unique, fondée par Jésus Christ.

La seconde section traite de la naissance et du développement de l’oecuménisme au cours de l’histoire. Dans la troisième section, nous nous attarderons sur la vision et la pratique de l’œcuménisme au sein de l’église Catholique avant comme après le concile Vatican II.

Par ailleurs, la quatrième section est consacrée à la marche des églises divisées vers l’unité visible et invisible. Nous chercherons à élucider ce qui est commun aux églises chrétiennes et ce qui les divise encore sur les plans dogmatique et scripturaire.

Nous traiterons enfin de quelques applications pratiques de l’oecuménisme, à la lumière de Vatican II et de quelques documents du magistère sur le problème, tel que nous l’avons nous-même vécu et expérimenté dans certaines églises locales d’Afrique noire. En d’autres termes, comme pour être plus spécifique, un survol des efforts œcuméniques dans deux églises particulières, choisies à dessein, constitue la cinquième et dernière section de notre présente étude.

La conviction missionnaire qui nous pousse à réfléchir sur cette question d’ordre pastoral et spirituel, le croyons-nous, peut-être formulée comme suit : le temps est arrivé, nous ne cesserons de nous en convaincre, pour les églises séparées depuis un demi-millénaire de "se donner la main par dessus les abîmes" et de se retrouver "unis dans la vérité et l’amour, sans tricher ni trahir". Le dialogue de vie entre croyants reste une mission toujours actuelle et urgente dans le monde d’aujourd’hui, bien que devenant au jour le jour pluriculturel et pluri religieux, connaît une crise des valeurs humaines comme la paix, la réconciliation, la justice sociale et le pardon.

SECTION I

Fondements bibliques de l'unité des croyants

L’église fondée par Jésus Christ est une et unique. Son unité est enracinée dans la vie de la divine trinité, dans l’intimité du Père, du Fils et du saint Esprit. Beaucoup de textes du Nouveau Testament nous rappellent cette vérité théologique.

 

Article 1 : L’UNITE DE L’EGLISE DANS LES SAINTES ECRITURES

Ezéchiel 37, 15-28 : "Il y eut une parole du Seigneur, pour moi : 'Toi, fils d’homme, prends un morceau de bois, écris dessus : Juda et les fils d’Israël qui lui sont associés. Puis prends un autre morceau de bois, écris dessus Joseph — ce sera le bois d’Ephraim — et toute la maison d’Israël qui lui est associée. (…) Dis leur : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Je vais prendre les fils d’Israël d’entre les nations où il sont allés ; je les rassemblerai de partout et je les ramènerai sur leur sol. Ils ne se souilleront plus avec leurs idoles et leurs horreurs, ni par toutes leurs révoltes ; Je les purifierai, ils seront mon peuple et je serai leur Dieu…"'.

 

*Actes 2,42-47 : "Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières(…) Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun(…) Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut".

*1Corinthiens 1,10-30 : "Je vous en prie, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, ayez tous le même langage ; qu’il n y ait point parmi vous de divisions ! Soyez étroitement unis dans le même Esprit et dans la même pensée…".

Ephésiens 2, 14-17 : "C’est lui, en effet, qui est notre paix : de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine. Il a voulu ainsi, à partir du juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau (…), il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient proches. C’est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l’accès auprès du Père. Ainsi, nous ne sommes plus étrangers ou visiteurs, nous sommes citoyens du avec le peuple saint de Dieu (…). Vous êtes bâtis sur les fondations des apôtres et des prophètes, et Jésus Christ lui-même est la pierre angulaire. Chaque structure fondée sur lui se développe en temple saint dans le seigneur et vous aussi, en lui, vous êtes constitués en demeure de Dieu dans l’Esprit".

*Ephésiens 4,4-5 : "Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous et demeure en tous".

* Philippiens 2, 1-3 : "S’il y a donc un appel en Christ, un encouragement dans l’amour, une communion dans l’Esprit, un élan d’affection et de compassion, alors comblez ma joie en vivant en plein accord. Ayez un même amour, un même cœur : recherchez l’unité… ".

*Jean 14,15-21 : "Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements. Je prierai le Père et il vous enverra un autre consolateur qui sera avec vous pour toujours. L’esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, parce que ne le connaît pas. Vous le connaissez parce qu’il habite en vous et sera en vous".

*Jean 17,1-26 : "Père saint, garde-les en ton nom, ceux que tu m’as donnés pour qu’ils soient un comme nous sommes un (…) Je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi : qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé…".

 

Article 2: L’UNITE DANS LA TRADITION ECCLESIALE

1. Le Mystère Sacré de l’Eglise

Le mystère sacré de l’unité de l’église trouve son fondement et son modèle dans la sainte Trinité. En d’autres termes, l’Eglise universelle reçoit son unité de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit saint.  De ce mystère, le modèle suprême et son principe reste la trinité des personnes ou l’unité d’un seul Dieu, Père et Fils et Saint Esprit.

La prière de Jésus au Cénacle n’ayant pas encore été réalisée, l’unité est à rechercher davantage. Les divergences et séparations qui apparaissent au sein de l’Eglise, nouvel Israél de Dieu, inaugurée par Christ, sont à dépasser. Tant que ces tensions persisteront, la pleine communion ecclésiale ne sera qu’un mythe.

L’unité demeure le signe authentique de l’appartenance au corps mystique du Christ, à l’église invisible : "afin que le monde croie que tu m’as envoyé".

Ainsi, les divisions des chrétiens et des églises sont un scandale aux yeux du monde ; elles constituent un obstacle à la réalisation de la mission évangélisatrice auprès des non chrétiens qui ont besoin d’une réponse et d‘une foi en un "Christ un dans son Eglise Une".

La parole de Dieu, l’eucharistie, la vie de la grâce, la foi, l’espérance et la charité, sans oublier d’autres vertus intérieures du saint esprit sont des éléments indispensables à la construction et au renouvellement de l’église — communion et sacrement de salut.

Tous ces éléments proviennent du Christ et appartiennent de droit à son Eglise qui doit les vivre dans l’unité de la foi et de l’espérance.

Entre-temps, les églises et communautés séparées sont reconnues comme "églises sœurs" et pourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut en ce sens que l’esprit du Christ se sert de chacune d’elles comme moyen de salut. Ces églises, affirme Vatican II, ne jouissent pas de l’unité voulue par Jésus Christ dans le Nouveau Testament et dans la tradition.

Etant donné que c’est au collège des Apôtres, dont Pierre est le chef, que furent confiées les richesses de la nouvelle alliance, seule l’église catholique est "moyen général de salut" et retient la foi, l’espérance et la charité comme des vertus théologales.

Il y a par ailleurs entre les églises séparées, l’unité du saint Esprit : les croyants se sont constitués en assemblée ou église le jour de Pentecôte. C’est cet Esprit de Dieu, unificateur des langues, que les disciples de Jésus Ressuscité doivent rechercher avant d’en arriver à la communion eucharistique.

Certes, le principe dans toute recherche de l’unité de l’église et des églises chrétiennes reste Jésus lui-même, sur qui est bâtie son Eglise. C’est lui qui a voulu que tous ceux qui croiraient en Lui soient unis avant de témoigner leur foi aux yeux du monde. Jésus reste le principe de toute unité :

"L’Esprit saint qui habite dans les croyants régit toute l’église, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ qu’il est le Principe de l’unité de l’Eglise".

2. L’Oecuménisme, une grâce de l’Esprit Saint aux églises séparées

L’oecuménisme ou le mouvement en faveur de l’unité des chrétiens est sûrement une grâce que l’Esprit saint accorde à toutes les églises divisées.

Cette grâce les engage tous, Catholiques, Protestants, Anglicans et Orthodoxes en premier lieu en se  "dépouillant du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau".

Pour cela, le Concile Vatican II invite les chrétiens Catholiques à prendre part active dans la tache œcuménique, proposant à ses membres les orientations et les moyens d’une bonne pratique de l’œcuménisme.

Nous voyons avec quelle insistance les textes bibliques et les théologiens soulignent la nécessité de l’unité des croyants en Jésus-Christ.

Pour la commodité de l’exposé, nous ne nous attarderons pas sur l’enseignement des Pères de l’église et des conciles antérieurs sur l’unité de l’église une et apostolique.

Recensons à présent les églises chrétiennes divisées avant de dire un mot sur leurs rapports mutuels au cours de ces cinquante dernières années.

 

Article 3 : LES EGLISES CHRETIENNES SEPAREES DANS LEURS RAPPORTS MUTUELS

Au cours de l’histoire, il y eut très tôt des schismes et des divisions au sein de l’église, une et unique, fondée par Jésus Christ.

Ces scissions se sont produites à la suite de conflits d’ordre politique, culturel et religieux.

Il suffit de penser aux grandes ruptures du cinquième siècle qui ont suivi les conciles d’Ephèse et de Chalcédoine et qui par la suite engendrèrent les églises nestoriennes et monophysites.

La séparation entre l’Orient et l’Occident au XI° siècle, a donné naissance à l’église Orthodoxe.

Après la crise du 16°siècle, l’Occident à son tour, a connu un déchirement qui a généré des Eglises, dites de la Réforme avec la communion anglicane.

Depuis ce temps, les chrétiens qui constituent un tiers de la population mondiale, forment des églises indépendantes les unes des autres. Il y a l’église Catholique romaine, les églises orthodoxes et les églises réformées ou protestantes.

Parmi les Protestants, il faut encore distinguer les Anglicans, les Luthériens, les Calvinistes, et bien d’autres églises issues de la réforme.

De même parmi les Orthodoxes, il convient de distinguer les églises Orientales pré calcédoines et les Chrétiens des églises d’origine byzantine.

Toutes ces églises ont entretenu au cours des siècles des rapports conflictuels entre elles et surtout vis-à-vis de l’église Catholique romaine. Elles ont vécu dans l’incompréhension et au milieu de conflits violents qui ne pouvaient pas faire penser à un dialogue quelconque.

En 1054, "le fougueux Cardinal Humbert" excommunia au nom du Pape l’église Orthodoxe, qui à son tour, répondit par une semblable excommunication.

Les Catholiques romains ont vécu dans cette situation de tensions et des conflits avec les autres chrétiens pendant neuf siècles.

Vers les années 1950, il y eut des tentatives d’union des chrétiens mais c’est seulement en 1965, avec la convocation du second concile de Vatican que l’atmosphère commença à changer. Et sous l’influence des pères conciliaires, animés par l’esprit oecuménique, intervint la levée réciproque des anathèmes. Avant cette époque, toute tentative de réconciliation entre l’église grecque et latine, n’était pas toujours bienvenue chez les chrétiens des églises divisées.

"Comment fera-t-on revenir l’église à l’unité et comment obtiendra-t-on d’elle qu’elle soit dévouée au siège apostolique après l’avoir affligée et persécutée ? (…) Ils ont commis publiquement inceste, adultère et fornication…".

Un autre événement qui a marqué l’église du Christ fut la Réforme de Luther. Cette réforme n’était pas avant tout morale comme d’aucuns l’ont cru pendant des siècles. Le Réformateur dénonçait un problème de fond : l’oubli de la parole de Dieu, qui, à son avis, n’était pas prêchée. Il défendait l’idée du salut de l’homme pécheur comme pure grâce et non comme le résultat de bonnes œuvres, croyances et pratiques répandues dans l’église catholique de son temps.

Avec la Réforme, d’autres églises se constituèrent suivant les thèses de Luther et de Calvin : Ce sont les Calvinistes et plus tard celles que certains théologiens ont appelé "nouvelles églises d’aujourd’hui" : à savoir, les calvinistes et plus tard, les Baptistes, les Méthodistes, les Pentecôtistes et les Presbytériens.

Au sein du catholicisme occidental, sont nées des petites églises, comme "la vieille catholique" et "la petite église anti-concordataire".

En Afrique noire, sous l’impulsion des prophètes autochtones, sont nées d’autres églises d’inspiration chrétienne, mouvements souvent en réaction contre les églises chrétiennes officielles venues s’installer dans les pays lors de la colonisation occidentale. Certaines d’entre elles sont devenues membres du conseil oecuménique des églises.

L’Eglise Une et Unique, s’est subdivisée en plusieurs autres églises ou dénominations d’obédience chrétienne.

Ces divisons parmi les chrétiens sont un scandale aux yeux du monde, un contre témoignage, voire une trahison de la prière fervente de Jésus Christ de qui ils se réclament tous, mais qui a voulu qu’il y ait  "Un seul troupeau et un seul pasteur".

Pour les disciples du Christ, "chantant le même symbole des Apôtres, mais dans des temples différents ; lavés dans le même baptême, mais pour s’opposer en communions séparées", rétablir l’unité est une nécessité impérieuse. C’est un don de l’esprit Saint qui engage tout chrétien.

"Au milieu d’anathèmes réciproques, d’affrontements et de violences, il y eut en même temps de beaux témoignages de services et de l’Evangile chez les uns et les autres (…) parcourant le monde, j’ai rencontré, en même temps que nos frères catholiques, des chrétiens de toutes les églises qui étaient des témoins de l’Evangile. Mais pourquoi fallait-il qu’ils soient des concurrents dans leur univers clos ?"

C’est sur ce fond historique et théologique qu’est né l’oecuménisme ou le mouvement de prière pour l’unité des chrétiens. Les initiateurs lointains et les protagonistes, des hommes et des femmes de foi, témoins de l’évangile, furent membres des églises divisées.

 

SECTION II :

Des eglises divisees a la naissance du mouvement œcumenique

Article 1 : Terminologie

Oecuménisme est un mot d’origine grecque oikuméne (oikumené : habiter et oikia : Maison). Ce qui veut dire littéralement "maison ou place habitée". Le premier sens général est celui d’un mouvement qui a pour but de ramener la terre habitable en une seule famille humaine où tous les hommes peuvent habiter.

Du temps des penseurs grecs, de Hérodote à Zénofane (5°siècle av.J.c), "oikumené ghè" désignait à la fois terre habitée par les grecs et les barbares. Cela fait penser à l’hellénisme ou l’ensemble du monde imprégné de la culture grecque.

En 1968, le "dictionnaire de la foi chrétienne » définissait l’oecuménisme comme un mouvement né sous l’action de l’esprit Saint, tendant à promouvoir l’unité de la foi et de communion entre les communautés chrétiennes divisées".

Dans son sens précis, l’oecuménisme signifie le mouvement en faveur de l’union visible et invisible de tous ceux qui croient et professent Jésus christ comme sauveur du monde. C’est ce dernier sens que les églises chrétiennes lui donnent.

Derrière toutes ces définitions ou conceptions de l’œcuménisme se cache une intuition originale, celle de chercher l’unité d’une manière nouvelle qui se précise peu à peu. Les églises chrétiennes sont devenues conscientes que l’œcuménisme est un don de l’esprit Saint, un processus irréversible qui les engage toutes en ces deux mille ans de leur commune histoire.

En outre, toutes les églises en cause ne conçoivent pas le mouvement œcuménique de la même façon. Chacune d’elles le conçoit plutôt selon son image et sa logique.

 

Article 2 : OECUMENISME POUR LES EGLISES DIVISEES

1. L’Oecuménisme pour les Protestants

Au dix-neuvième siècle, apparurent des initiatives nouvelles de rencontre et de concertation entre les Protestants (Sociétés de missions, Grandes alliances, etc.) et les anglicans (première conférence de Lambrecht en 1867).

A la fin du siècle, les deux amis Monsieur Portal, jeune religieux Lazariste et Lord Halifax, aristocrate anglais se décidèrent à travailler pour réaliser entre les responsables des églises un climat de rencontre et de découverte.

Leurs démarches connurent un premier résultat positif. Le Pape écrivit une encyclique "Ad Anglos", invitant les anglicans à prier pour l’unité : ce fut un premier essai de « ralliement en corps » de l’anglicanisme à l’église catholique. Certains responsables Protestants étaient réticents : "Ne vous attardez pas à la réunion en corps, c’est un piège du malin", s’était exclamé une fois, en particulier le cardinal Vaughan d’Angleterre.

Le mouvement lancé par Portal et Halifax, quoi qu’il n’eut pas beaucoup de succès par la suite, était une manifestation du désir de rétablir l’unité des églises chrétiennes scandaleusement divisées.

Ce désir était tellement grand dans la conscience de beaucoup de protestants que les premiers apôtres de l’œcuménisme surgirent parmi eux au cours des années qui suivirent la fin de la première guerre mondiale.

Cette impulsion se concrétisa dans la constitution de plusieurs mouvements chrétiens, nés dans le seul but de promouvoir le dialogue réciproque entre les églises séparées.

* Le Christianisme Pratique (Life and Work) : initié par Nathan Soderblom, Archevêque d’Upsal. Ce mouvement se proposait de "travailler à l’unité" par une collaboration dans les taches pratiques, éducatives et sociales, sans attendre d’avoir résolu les problèmes doctrinaux.

*Foi et Constitution (Faith and Order) : Charles Brent, Evêque épiscopalien américain, fut un des protagonistes de ce mouvement.

Contrairement au premier, ce second mouvement voulait avant tout résoudre les problèmes doctrinaux et théologiques qui divisent les chrétiens avant d’amorcer un dialogue sérieux de vie entre les églises sœurs.

*Le Conseil Œcuménique des Eglises (COE)

La création d’un conseil oecuménique des églises fut l’aboutissement des efforts menés par une dizaine d’hommes, en majorité, issus des églises de la Réforme. Les orthodoxes s’allièrent par la suite à partir de 1961.

Le Conseil Œcuménique des Eglises (COE) n’est pas une "super église", il se voulait au départ une "association fraternelle d’églises" qui acceptent Notre Seigneur Jésus-Christ comme Dieu et Sauveur.

La prise de conscience, dans la recherche de contacts et de dialogue entre les églises séparées, était devenue générale chez les protestants comme chez les orthodoxes.

*Taizé, "Signe de la soif d’Unité"

La Communauté de Taizé est née en France en 1949 avec sept frères. Cette communauté de type monastique devint au cours des années suivantes, non sans difficultés, un haut lieu privilégié d’oecuménisme et de réconciliation entre les chrétiens divisés d’Europe.

"Taizé, écrit le Pasteur Boegner, un haut lieu du protestantisme français et international, en dépit de ses critiques et de ses détracteurs, est surtout un signe de la soif d’unité qui tenaille un nombre croissant d’hommes qui veulent être avant tout chrétiens, disciples de Jésus Christ. Taizé tout au moins, en quelque mesure, est une prophétie de l’unité restaurée".

Les protestants français et catholiques furent à l’avant garde dans la promotion des initiatives en faveur de l’unité des chrétiens.

2. L’Oecuménisme pour les Orthodoxes

Les Orthodoxes sont entrés dans le conseil œcuménique des églises avec la conviction que leur église fut la vraie église, restée fidèle au Christ au cours de l’histoire. En dépit des réactions négatives de certains "conservateurs", la soif de l’unité ecclésiale devint une préoccupation théologique. Cela poussa les autorités de recommander de bonne heure aux membres de l’église de prier pour l’unité de l’Eglise, de s’ouvrir aux autres églises chrétiennes et d’entrer en dialogue continuel avec celles-ci.

Déjà en ses débuts, les Orthodoxes ont eu déjà à ce moment une conception de l’unité ecclésiale, différente de celle des autres églises chrétiennes.

Bien qu’il y ait beaucoup d’éléments doctrinaux communs entre les orthodoxes et les catholiques, l’unité pour les premiers n’est pas conçue comme le retour à l’église catholique mais une "unité de la charité et de la foi, dont le Christ forme le lien dans l’eucharistie par l’opération du Saint-Esprit".

 3. L’Unité de l’Eglise pour les Catholiques

Il sera question d’aborder le thème avant et après le concile Vatican II

3.1. Avant le Concile Vatican II

L’église Catholique se considérait jusqu’à l’annonce du second concile du Vatican comme la seule véritable église du Christ. Partant de cette prémisse, l’unité des chrétiens pour les Catholiques, consistait dans le retour des « séparés et égarés » à l’église mère qu’ils ont eu, dans le passé, le malheur d’abandonner.

L’Abbé Couturier fonda en 1937 « le groupe des Dombes », à qui il assigna la mission de travailler dans la recherche de l’unité sur le plan doctrinal mais avec une théologie qu’il voulait « ruisselante de prière ». 

En 1950, sous le pontificat de Pie XII, l’unité était encore comprise en termes de retour des églises séparées à l’Eglise du Christ qui était l’église Catholique, la seule sainte et Apostolique. L’Encyclique « Humani generis » datant de cette époque, mettait en garde les pionniers catholiques de l’œcuménisme et condamnait tout "faux irénisme".

Vers la fin de l’année 1950 et au début des années ‘60, l’oecuménisme devint en un certain sens, un problème dans la vie de l’église catholique. Les protagonistes sont des français, dont l’Abbé Couturier et Yves Congar. Ces derniers sont à la base de plusieurs initiatives significatives.

Le mouvement œcuménique avait déjà sa spiritualité et sa théologie en 1937. Selon l’Abbé Couturier, le catholique peut aussi prier pour l’unité de tous les chrétiens et non seulement pour le retour des dissidents dans la seule véritable église qu’on estime être l’église catholique.

Pour Couturier et les autres pionniers de l’œcuménisme "avant l’heure", Il s’agissait de dépasser la méfiance et la peur de se mettre en question et de trouver une attitude libre, celle de l’humilité pour être disponible à la volonté de Dieu aujourd’hui et pour faire avancer le Royaume de Dieu.

C’est seulement en 1952 que l’église Catholique commença par réagir favorablement pour l’œcuménisme. La première rencontre de 25 chrétiens catholiques chargés d’étudier les questions ayant trait à l’unité fut l’occasion de créer une conférence catholique pour le problème de l’unité chrétienne.

Dix ans plus tard, le Pape créa le secrétariat romain pour l’unité des chrétiens que dirigera le cardinal Béa, recommandant à toutes les églises divisées de mettre l’humilité au premier plan pour hâter le dialogue vrai et fructueux parmi les membres des églises.

Quand tous les Chrétiens s’approcheront de leur modèle Jésus-Christ, "avec une âme ouverte, attentifs à l’appel divin, humblement abandonnés dans l’attitude de la Vierge Marie", alors l’œcuménisme, cessera d’être un problème théologique mais un don de l’esprit saint à fructifier.

Chacune des églises et chacun de ses membres, est appelé à renoncer à soi-même. L’attitude intérieure demeure la conversion du cœur qui ne s’opérera qu’avec l’aide du saint Esprit.

Enfin, c’est au moyen de la prière, pour reprendre l’expression chère à l’Abbé Couturier, "que l’unité telle que le Christ la veut, dans le temps et par les moyens qu’il voudra" se réalisera et permettra que les églises forment un immense monastère invisible".

3.2. Après le Concile Vatican II

Vatican II ne fut pas un "concile d’union" comme le furent ceux de Lyon (1274) et de Florence (1439). La convocation du concile par le Pape Jean XXIII et sa continuation par le Pape Paul VI (1962-1965), pour un renouvellement profond de l’église changea totalement la conception de l’unité des chrétiens et la manière d’entrer en dialogue avec les "églises sœurs".

Le décret sur l’œcuménisme en a ouvert les horizons et en donne les principes à suivre dans la pratique de l’œcuménisme.

Œcuménique, le second concile du Vatican le fut vraiment et à la clôture des assises, le mouvement en faveur de la prière pour l’unité visible et invisible des chrétiens reçut son vrai sens théologique et spirituel.

Les pères conciliaires définirent les principes que les catholiques devront suivre dans l’engagement œcuménique. Fut institué au sein de l’église catholique du secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens et qui centralise toutes les activités des églises catholiques locales concernant l’œcuménisme.

Ce secrétariat collabore directement avec le conseil œcuménique des églises, dialogue avec les religions non chrétiennes et aussi avec les non-croyants et les nouveaux athées.

Ces convictions de foi, inspirées par les protagonistes Catholiques de la prière pour l’unité, conduisirent l’église Catholique à proposer une fois dans l’année, la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens, que l’on tient durant la semaine qui va du 18 au 25 janvier, clôturant la semaine de prière avec la fête de la conversion de St Paul, Apôtre des nations.

Tout en encourageant les Catholiques à s’engager dans le mouvement œcuménique, les pères conciliaires n’ont pas hésité de les mettre en garde contre tout faux irénisme.

3.3. Une Théologie Catholique de l’Oecuménisme

Deux noms méritent d’être mentionnés dés le début dans les efforts communs de construire une théologie catholique de l’œcuménisme, à savoir les deux français Yves Congar et l’Abbé Couturier. Le docteur Visser Hooft a qualifié non sans raison Yves Congar comme "le Père de l’œcuménisme catholique" car son apport a été réellement considérable avant comme après le concile Vatican II.

Le Père Congar propose deux notions pour un oecuménisme authentique : une attitude nouvelle et une théologie de la catholicité.

- L’attitude nouvelle est une coexistence de l’irénisme et de la loyauté. L’irénisme exige l’amour et la charité et ces deux valeurs devront nous amener à un désintéressement fraternel.

La loyauté ou la vérité invite le chrétien à être simple, sérieux et sincère.

- Par théologie de la Catholicité, Yves Congar soutient que l’œcuménisme demande une réflexion sur ce qu’est la catholicité.

Le catholique doit être amené par son irénisme et sa loyauté à reconnaître avant tout la valeur des autres confessions chrétiennes et par la suite, reconnaître les erreurs de son Eglise dans les controverses.

Enfin, il devra avouer que le scandale de la division actuelle rend la catholicité imparfaite.

En résumé, se basant sur un certain triomphalisme et sur une certaine conception unilatérale de la vérité, l’église catholique ne voulut pas très vite s’engager dans le mouvement oecuménique, commencé par les protestants et auxquels se rallièrent assez vite les orthodoxes.

4. L’Oecuménisme, don de l’esprit Saint aux églises

L’oecuménisme ou le mouvement en faveur de l’unité des chrétiens est sûrement une grâce que l’esprit Saint a accordée à toutes les églises divisées dès la première moitié du vingtième siècle.

Cette grâce a engagé un petit nombre de pionniers au début parmi les Protestants, les Catholiques, les Anglicans et les Orthodoxes. De plus en plus, l’œcuménisme devint une réalité permanente et un défi aux églises chrétiennes divisées.

Pour cela, le Concile Vatican II invite les chrétiens Catholiques à prendre part active dans la tache œcuménique, proposant à ses membres les orientations et les moyens d’une bonne pratique de l’œcuménisme.

 

SECTION III :

Vision et pratique oecumenique dans l'Eglise catholique

L’église catholique n’a pas adhéré sans heurts au mouvement œcuménique. Jusqu’avant le concile Vatican II, la première réaction de beaucoup des pasteurs et membres fut négative. Malgré les acquis de u concile Vatican II, les attitudes de prudence et de méfiance, encouragées par le magistère de l’époque, persistent en pratique parmi les membres.

 

Article 1 : Une autre Vision de l’Eglise et de l’Unité

1. Vision de l’église avant Vatican II

La vision de l’unité de l’église avant Vatican II se laisse entrevoir dans deux lettres encycliques des papes Pie XI, "Mortalium animos" de 1928 et celle de 1943 "Corpus mysticus Cristi" (Le Corps mystique du Christ).

- Pape PIE XI et l’Encyclique "Mortalium animos" de 1928 

Le Pape Pie XI tout en reconnaissant le besoin de prier pour l’unité chrétienne perdue, affirme :

"Mais ou sous l’apparence du bien, se cache plus facilement le mensonge quand on traite de promouvoir l’unité parmi tous les chrétiens.

Il n’est peut-être pas juste d’entendre dire, au contraire qu’il est impérieux que ceux qui invoquent le nom du Christ s’abstiennent des accusations réciproques et s’unissent une bonne fois avec un peu de charité réciproque (…) la conscience de notre devoir apostolique nous avertit de ne pas abandonner le troupeau des illusions dangereuses, être pour cela prudents. Vénérables frères, nous en appelons à votre attention sur ce mal et sur la façon de l’éviter".

Ainsi donc, tout en reconnaissant l’effort de prière commune pour l’unité des chrétiens, la lettre encyclique accuse la méthode utilisée par les protagonistes de l’œcuménisme comme dangereuse et capable de conduire les fidèles catholiques sur la voie de l’erreur.

Le Pontife romain d’antan estime que permettre les catholiques à s’engager dans le mouvement œcuménique serait les exposer et les guider sur la voie de la perdition.

1943 : La lettre Encyclique "Corpus Mysticus Christi" (Le Corps Mystique du Christ).

Cette lettre encyclique identifiait l’église catholique au corps mystique du Christ et les autres églises séparées d’elle, comme étant infidèles et donc simplement subordonnées à ce corps mystique.

En d’autres termes, l’église une, sainte et apostolique dont la charge était confiée à Pierre par Jésus,, est l’église Catholique telle qu’elle existait de droit.

1963-1965 : Vatican II, un événement décisif

Avec la convocation du concile Vatican II, l’église catholique prit conscience du besoin de renouveau ecclésial et doctrinal. Elle se disposait à revoir ses rapports avec les autres églises sœurs.

"Lumen Gentium", la constitution dogmatique sur l’église, affirme que l’église du Christ continue à exister, avec la plénitude des propriétés et des moyens de salut dont le Christ l’a doté, dans un lieu concret, c’est-à-dire l’église catholique. Mais, en même temps, on reconnaît en dehors d’elle, des éléments de "sanctification et de vérité" qui constituent le fondement de la communion réelle, bien qu’imparfaite. Celle — ci est l’unique église du Christ que dans le credo proclamons Une, sainte, catholique et apostolique, et que notre sauveur, après la résurrection a donné le rôle à Pierre de paître (Jean 21,17)".

Cette église, en ce monde, constituée et organisée comme une société, subsiste dans l’église Catholique. Encore en dehors de son organisme visible, se trouvent plusieurs éléments de sanctification et de vérité, que comme dons propres à l’église du Christ, conduisent à l’unité catholique" (LG, n°8).

Les implications de cette vision d’église sont développées dans le décret conciliaire "Unitatis Redintegratio", qui illustre les relations de l’église catholique avec les autres confessions chrétiennes.

Le mot "communion" apparut très tôt lors du concile pour définir l’église et pour éclaircir d’une part les rapports entre les églises et d’autre part, les rapports entre les églises et le Christ.

Cette communion est toutefois toujours à refaire. L’église qui est en pèlerinage est appelée à la reforme continuelle pour se conformer à la volonté de son divin fondateur.

Bref, le second concile œcuménique du Vatican (1963-1965) marque un tournant décisif dans l’histoire de l’église catholique et son ouverture aux autres églises sœurs.

 

Article 2 : Les Principes Catholiques de l’Oecuménisme

Pour une bonne participation a mouvement oecuménique, le Concile propose les orientations ou les principes suivants :

1. Le Respect et la Confiance 

Il faudrait que les chrétiens catholiques arrivent à éliminer les paroles, les jugements et les actes susceptibles de rendre plus difficiles le dialogue avec les frères séparés. Dans le contexte oecuménique, c’est une invitation à supprimer tout préjugé et toute méfiance dans la rencontre avec d’autres frères séparés.

2. Le Dialogue

Au cours des réunions de chrétiens, les partenaires doivent avoir une connaissance réciproque et fraternelle de la doctrine et de la vie de chaque "église sœur".

Les chrétiens catholiques ne doivent pas se laisser guider par un faux irénisme qui altérerait la pureté de la foi reçue des Apôtres, mais par l’esprit de vérité et d’amour.

Seulement de cette façon, étant à l’écoute du même Esprit qui parle à tous les baptisés, les différentes confessions chrétiennes en viendront à une plus large collaboration dans toutes les taches qui s’imposent à la conscience humaine en vue du bien de tous et le salut du monde pour lequel le prince de l’unité est mort.

3. La Conversion du Cœur 

De fait, sans la conversion du cœur, il n y a pas de véritable œcuménisme. La conversion est le renouveau de l’âme, un renoncement à soi-même tout en ayant une grande charité envers son partenaire. La conséquence inéluctable de cette conversion est celle de reconnaître ses torts et savoir demander pardon aux frères séparés pour les fautes contre l’unité.

4. La Prière en Commun 

La prière privée et publique avec les frères séparés en faveur de l’unité visible et invisible des chrétiens, est non seulement recommandée mais aussi exigée car elle exprime la communion de foi en Jésus, le sauveur de tous.

La prière, la conversion du cœur et le témoignage concret de la vie chrétienne, exprimés dans le dialogue, constituent l’âme de l’oecuménisme spirituel.

L’œcuménisme spirituel, en fait, exige une humilité vraie, celle qui reconnaît que "la vérité nous domine tous", et donc aucune église particulière, aucun chrétien pris isolément ou en groupe, ne peut prétendre la posséder totalement.

Animés de tels sentiments, le chrétien parvient à considérer l’autre comme un frère ou une sœur ; à avoir confiance en lui ou en elle car l’esprit saint se sert de l’un ou de l’autre pour indiquer le chemin vers l’unité et la paix.

5. La Collaboration sur le plan Humain 

Il s’agit ici d’une collaboration entre les églises divisées sur le plan humanitaire, en privilégiant non pas les préceptes de la particulière église et sa vision de la réalité mais accepter de travailler pour promotion de l’homme intégral dans l’esprit de l’évangile.

Concrètement, il est question ici que chaque église divisée ou institution, puisse examiner le degré de sa fidélité à l’Eglise Une, Sainte et apostolique, voulue par le Christ et opérer en son sein la conversion, la métanoia ecclésiale.

La "métanoia ecclésiale" est décisive pour avancer dans la recherche commune de l’unité chrétienne.

Cependant, l’œcuménisme ne demande pas aux églises de changer leurs principes de foi ou leur héritage religieux mais exige une révision de l’expression historique et géographique de la foi et de la fidélité évangélique en vue du témoignage commun de la foi.

La "métanoia" des églises et de ses membres est la condition sinequanon pour parvenir au dialogue vrai et à la réalisation de l’unité visible de l’Eglise du Christ.

6. Une Réforme de l’église Catholique ?

L’église catholique, dans sa réalité concrète, c’est-à-dire telle qu’elle apparaît dans l’histoire et dans sa fidélité à l’Evangile, existe depuis deux mille ans et il ne sera pas question de changer ce qu’elle professe et enseigne depuis deux mille ans.

Du point de vue historique, l’église catholique a connu dès le début des divisons et grandes ruptures sous formes des schismes et des hérésies. Cette situation a apparemment réduit sa prétention à la vraie catholicité.

Dans sa fidélité évangélique, l’église Catholique est une institution humaine, composée d’hommes pécheurs avec leurs défauts et limites- ce qui explique en partie les divisions internes et les tendances triomphalistes contraires à l’œcuménisme authentique et vrai. Elle a pour cela besoin de conversion continuelle. D’autre part, le christ a voulu son église sainte et immaculée, dépôt de la foi prêchée à toutes les nations.

La foi catholique est donc vécue de diverses manières dans les différentes communions et le visage catholique n’apparaîtra que dans la richesse variée des expressions vécues dans toutes les églises chrétiennes.

Et le Pape Jean Paul II de préciser,

"La véritable activité œcuménique signifie ouverture, rapprochement, disponibilité au dialogue, recherche commune de la vérité au sens pleinement évangélique et chrétien. Mais elle ne signifie d’aucune manière (…) que l’on renonce ou que l’on porte un préjudice quelconque aux trésors de la vérité divine constamment professée et enseignée par l’Eglise".

En plus de la conversion et du dialogue, les Pères conciliaires proposent aux fidèles catholiques, cinq pistes pour avancer dans la voie de l’unité chrétienne, à savoir l’esprit de liberté et de charité, l’appréciation mutuelle de la foi des autres et d’autres valeurs chrétiennes en vue de l’édification mutuelle e la contribution.

6.1. Vers la Métanioa des églises et des Individus

Ce sont cinq pistes ou dispositions essentielles que le chrétien catholique est disposé d’avoir pour pouvoir avancer avec l’autre sur la voie de l’unité.

*Une Immense docilité à l’Esprit Saint

Les responsables d’églises autant que des autres membres y compris leurs théologiens, devront apprendre à être à l’écoute de l’esprit saint dans leur vie, réflexions et rencontres fraternelles de prière et de partage d’expériences.

*L’Humilité et le Pardon

Il convient avant tout d’arriver à un dépassement de la mentalité pré conciliaire, celle qui concevait l’unité comme un retour des frères et sœurs infidèles à l’église catholique.

Dans la marche commune vers l’unité, tous sont appelés à apprendre du Christ l’humilité, la dépossession de soi, l’accueil désintéressé y compris la capacité de voir et d’apprécier ce que les autres ont de meilleur.

*Liberté et Charité

Les pères conciliaires encouragent sincèrement les catholiques à prendre activement part au mouvement œcuménique tout en gardant la liberté qui convient. Toutefois, la charité doit rester le fondement et la base de leur agir.

"Tout en sauvegardant l’unité dans ce qui est essentiel, que tous dans l’église, chacun selon son office, gardent la liberté qui convient (…) Mais qu’en toutes choses, ils pratiquent la charité. En agissant ainsi, ils manifesteront toujours plus pleinement la véritable catholicité et l’authentique apostolicité de l’Eglise".

*Appréciation des Valeurs Chrétiennes au sein des églises soeurs

Les catholiques qui ont fait un premier pas en reconnaissant les autres dénominations chrétiennes comme "églises sœurs", sont appelés aussi à reconnaître et à apprécier les valeurs réellement chrétiennes qu’on trouve chez elles. La faute contre l’unité, étant commune, tous devront la refaire en église.

*La Foi des Autres pour l’édification des Catholiques

L’église Catholique ne possède pas toute la vérité mais enseigne la Vérité. Les Pères conciliaires ont reconnu que l’Esprit Saint souffle aussi en dehors de l’église visible, donc dans d’autres confessions chrétiennes. Pour cette raison, ce qui s’accomplit par la grâce du saint Esprit chez les frères séparés n’est nullement contraire à la foi en Jésus Christ mais que cela peut contribuer à l’édification des chrétiens catholiques avertis.

L’état actuel des divisions entre chrétiens empêche l’église de Jésus christ d’être pleinement catholique dans le concret de la vie. Il s’ensuit que les catholiques doivent reconnaître que l’Eglise en ses démembrements, est appelée à une réforme permanente.

Mais, il convient que les éléments et principes de la foi catholique soient expliqués de façon plus profonde et plus juste dans une présentation et un langage, qui soient vraiment accessibles aux frères séparés.

D’autre part, l’église Catholique de son coté, croit qu’il y a un ordre, "une hiérarchie" des vérités dans la doctrine à cause justement du rapport étroit avec le fondement de la foi chrétienne.

Les théologiens de l’œcuménisme ne doivent pas perdre de vue cette vision des choses dans leurs discussions et veilleront à former les membres des églises respectives à l’œcuménisme spirituel et pratique.

Après avoir exposé succinctement le développement de l’oecuménisme dans l’église catholique, traitons à présent de la marche de toutes les églises divisées vers l’unité.

Nous allons nous concentrer sur les acquis et quelques défis du mouvement œcuménique, en d’autres termes ce qui a été réalisé jusqu’ici et ce qui reste encore à faire.

 

SECTION IV

I. La marche des Eglises vers l'unité

Il s’agit ici de parler de quelques éléments de foi que l’on retrouve dans les différentes églises séparées et ceux qui dans la vie de ces églises, constituent comme des pierres d’achoppement dans les efforts communs de recherche de l’unité visible.

 

Article 1 : ce qui est commun aux Eglises et ce qui les divisent

1. Ce qui est commun aux Eglises

Le mouvement œcuménique ne prétend pas que toutes les églises chrétiennes se valent ou que toutes sont fidèles au Christ telles qu’elles sont. Au contraire, elles sont appelées à se convertir pour être plus fidèles à Jésus Christ, centre de la communion et principe de l’unité ecclésiale.

Et cela à travers un renforcement des valeurs communes comme l’unique foi en Jésus, la Bible, le baptême validement conféré, une certaine réalité eucharistique et le témoignage chrétien.

2. La Foi au Christ Seigneur

Toutes les églises séparées aussi bien que l’église Catholique professent Jésus Christ comme fils de Dieu et Seigneur de l’univers.

Cette foi commune pousse les chrétiens à prier ensemble pour l’unité tant désirée par le pasteur éternel, Jésus Christ que les églises de surcroît reconnaissent comme principe et centre de la communion ecclésiale.

Cependant, il existe des divergences remarquables dans les enseignements de ces diverses églises sur la manière de vivre cette commune foi

Au-delà des limites de chaque église, la joie de cheminer comme pèlerins vers l’unité, doit stimuler les chrétiens des différentes confessions à s’émerveiller devant les différentes expressions de foi des autres, adoptées au cours de l’histoire.

3. L’Etude et l’Enseignement de la Parole de Dieu

La Bible, livre de foi et de la vie, reste la source de la foi pour tous les chrétiens divisés.

Les séparations historiques n’ont pas détruit complètement ce patrimoine commun de la foi chrétienne. Si l’autorité divine de quelques livres de l’Ancien Testament reste encore discutée, les livres du Nouveau Testament sont acceptés de façon unanime par toutes les églises chrétiennes.

Ainsi, le Nouveau Testament est l’objet d’étude et d’amour chez les chrétiens de toutes les confessions.

La Traduction Oecuménique de la Bible (TOB), achevée en 1972 et 1975 par des exégètes catholiques, orthodoxes et protestants, est la preuve que la parole de Dieu unît encore les chrétiens divisés.

4. Le Sacrement de Baptême validement Conféré

Ceux qui croient en Jésus Christ sont incorporés dans son Eglise après le baptême validement conféré. Le baptême est donc le premier sacrement qui unit les chrétiens :

"Ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes ressuscités avec Lui parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts" (Col.2,12).

Le baptême est conféré au nom de Jésus par immersion dans l’eau du jourdain ou d’une piscine.

Chaque église d’appartenance a développé ses normes et façons de faire propres pour conférer le baptême et les autres sacrements. Pourvu que ce soit au nom de Jésus ou de la Sainte Trinité, source de la foi chrétienne.

5. Une Certaine Réalité Eucharistique

L’Eucharistie a été instituée par le Seigneur Jésus lui-même la veille de sa mort. Il a demandé que ses disciples, constituant son Eglise, en fassent le mémorial jusqu’à son retour. La Cène est donc le sacrement de l’unité par excellence.

Pour St Paul, l’Eucharistie est le sacrement de l’unité par excellence. Il l’atteste par ces paroles : "puisqu’il y a qu’un seul pain, nous sommes tous un seul corps, car tous nous participons à cet unique pain" (1Co 10,17).

L’admirable sacrement de l’Eucharistie, institué par le Christ la veille de sa mort, exprime et réalise l’unité de l’église : "seule l’eucharistie partagée exprime l’harmonie de la foi et l’universalité de l’amour telles que le Christ les voulut pour son Eglise Une et unique".

Communier à la même table est donc un signe d’unité et d’amour fraternel, un témoignage éloquent de l’appartenance à un seul troupeau, qui à sa tête Jésus. Toutefois, dans les différentes églises, l’interprétation de la cène du Seigneur et sa célébration restent encore discutés. La célébration de l’eucharistie chrétienne est non seulement "l’écharde du mouvement œcuménique" mais aussi, à proprement parler, une pierre d’achoppement dans les efforts de prière en vue de l’unité des croyants.

6. La Vie Chrétienne

Toute vie chrétienne se nourrit de la foi en Jésus Christ et bénéficie de fruits de cette foi : vie de prière, méditation de la parole de Dieu, le culte pour louer Dieu.

Cette foi agissante pousse les chrétiens, quoique divisés, à témoigner leur foi dans leur milieu de vie et d’œuvrer pour la promotion de la paix, de la justice dans la société.

En résumé : l’unité de l’église est réellement en voie d’être réalisée : En quoi a-t-on déjà réalisé l’unité dans les églises ?

La Traduction de la Bible par les exégètes protestants, orthodoxes et catholiques est une des voies vers l’unité visible sur le plan de la révélation.

Le baptême validement conféré dans une église membre du Conseil œcuménique des Eglises est reconnu par d’autres comme valide.

Toutes les églises professent le même credo, celui de Nicée-Constantinople, quoique l’interprétation ne soit pas identique pour toutes les églises.

L’aspiration à rétablir l’unité de l’église une et unique, est une affaire qui engage pratiquement toutes les églises divisées.

D’où la multiplication de rencontres fraternelles entre chefs d’églises, les visites et des déclarations communes sur le contenu de la foi commune dans et en dehors du Conseil Œcuménique des églises.

L’église Catholique pour sa part a abandonné l’esprit de triomphalisme depuis Vatican II : La constitution pastorale "Gaudium et Spes", promulguée le 7 décembre 1965, les décrets "Ad Gentes" et "Unitatis Redintegratio", publiés successivement le 7 décembre 1965 et le 21 novere 1964 sont une preuve de cette volonté de l’Eglise mère, d’opérer sa "métanoia ecclésiale". L’unité est donc faite et elle reste encore à faire dans les autres points qui divisent encore les chrétiens.

II. Ce qui divise encore les chretiens

La parole de Dieu, une certaine théologie et des principes de l’église d’appartenance sont des bagages essentiels dans la recherche commune de la vérité et de la volonté de Dieu. Les églises chrétiennes en sont arrivées à des accords sur ce point. Toutefois, en beaucoup de points du niveau doctrinal et pratique, ces églises chrétiennes ne sont pas encore arrivées à s’accorder.

Le Pasteur Boegner dit un jour : "L’Eglise romaine n’enseigne-t-elle pas que la foi catholique inclut le dogme de l’infaillibilité pontificale, aussi bien que celui de la transsubstantiation et de l’Immaculée Conception ? (…) Mais en face d’elle, les églises protestantes enseignent que seule la parole de Dieu, entendue dans l’Ecriture Sainte, devenue chair en Jésus Christ et attestée par le Saint Esprit comme la vérité de Dieu, est l’autorité souveraine sur la foi de l’Eglise et de ses fidèles (…). Elles ont donc droit et même le devoir de proclamer que l’unité des chrétiens est impossible, en dehors de l’acceptation de cette unique vérité dans les choses de la foi à laquelle l’Eglise est appelée à rendre témoignage…".

Nous nous proposons de commenter brièvement, deux points, à savoir la conception du pouvoir papal et le culte marial, thèmes qui relèvent de l’enseignement dogmatique de l’église.

1. Le Pouvoir Papal pour les Catholiques

Le Pape est, pour les Catholiques, le successeur de Pierre. Il exerce dans l’église du Christ un pouvoir plénier, suprême et universel.

Comme pasteur de toutes les églises locales ou particulières, il a la primauté juridique sur l’ensemble des églises.

Vatican I l’a désigné comme le "vicaire du Christ" et en tant que représentant d’une église infaillible, le même concile proclama en 1870 son infaillibilité.

Vatican II a confirmé la primauté du Pape dans l’église, mais surtout sur les plans juridique et pastoral, jusqu’à parler de la primauté juridique et primauté pastorale dont le Pape est investi.

Le ministère du souverain pontife de Rome est compris dans l’ecclésiologie catholique comme "un symbole sacramentel de l’unité".

"Le Pape est le représentant de l’unité de l’église, puisqu’il est le représentant de Jésus-Christ, fondement ultime de son unité".

Le Pape a la primauté juridique mais, il exerce son ministère en collaboration avec les autres évêques, suivant le principe de collégialité.

*Le Pape vu par les Protestants

Depuis la réforme du 16° siècle, les concepts "Pape  et Papauté" n’ont jamais eu de bonne presse chez les protestants. Au jugement des réformateurs, le Pape est "l ‘Antéchrist".

La Papauté de Rome, a dit Luther, est une institution du diable.

Dans le dialogue œcuménique par ailleurs, précisément vu dans la perspective protestante, la primauté juridique du Pape est le plus grand obstacle à l’unité en plus d’autres problèmes théologiques de fond, tels que l’interprétation de l’écriture sainte, la doctrine sacramentaire, la cène du seigneur et la vénération des Saints y compris le culte marial.

Ainsi donc, une autre vision du rôle et de la place du Pape dans l’église, pour ainsi dire, une compréhension qui serait acceptable par les autres églises, contribuerait sans doute à faire avancer la marche des églises vers l’unité.

Ce n’est pas la papauté comme telle, comme institution qui constitue le problème mais le ministère apostolique à la lumière du Nouveau Testament. Les indications et positions des membres et théologiens d’autres églises chrétiennes vont dans le sens d’auto limitation du ministère du pontife romain. Toutefois, il est difficile de définir le rôle et l’autorité du Pape en dehors de l’église catholique.

Le Pape Jean Paul II n’a pas hésité de répondre à ces interrogations en des termes concrets et clairs qui vont dans le sens de la sollicitude pastorale que l’évêque de Rome est appelé à exercer. Cette sollicitude, pour paraphraser le Souverain Pontife, ne se limite pas aux seuls catholiques mais elle s’étend à toutes les églises et communautés ecclésiales.

Ainsi confirme le Pape Jean Paul II en ces termes on ne peut plus clairs :

"Je suis convaincu d’avoir une responsabilité particulière à cela. On m’a demandé de trouver une forme d’exercer la primauté sans renoncer à l’essentiel de la mission, dans une façon nouvelle…".

2. Les Dogmes

Les dogmes sont des vérités de foi, inspirés par la Bible et par la réflexion théologique, édictés par le magistère de l’église.

Parlant des dogmes proclamés par Vatican I, en l’occurrence celui de l’infaillibilité du Pape quand il parle ex cathedra, la conception immaculée et l’Assomption de Marie, Yves Congar estime qu’ils sont une conséquence de la foi professée par l’église catholique du premier millénaire sans vouloir l’imposer aux autres.

En proclamant ces dogmes, les pères conciliaires du Vatican I ont voulu récupérer l’héritage spirituel de ce premier millénaire. On comprend que les orthodoxes et les protestants de la réforme qui n’ont ni participé au concile ni approuvé leur formulation après, aient des réserves et récusent la conception immuable des dogmes Catholiques.

Les dogmes comme ceux de l’Assomption de la Vierge Marie, celui de l’immaculée Conception et surtout celui de l’Infaillibilité du Pape, constituent encore des freins au dialogue doctrinal et pratique entre les frères et sœurs des églises séparées.

Une certaine ignorance de la part des uns et des autres concernant les éléments de foi des églises divisées respectives persiste encore et féconde les préjugés.

Si les non catholiques Romains arrivaient à comprendre que les dogmes catholiques sont des "Symboles de vérité doctrinale et des introductions à la foi" qui ont un sens pratique dans la vie de l’église, le problème serait résolu. Ils sauraient en même temps que les dogmes soient des moyens de transmission du contenu du message chrétien que l’église catholique n’impose pas aux autres églises chrétiennes.

Entre les catholiques et les orthodoxes, des unions partielles (concernant l’Eucharistie et le culte marial par exemple) ont été déjà réalisées et avec eux, les catholiques sont vraiment en route vers l’unité.

En effet, les Chrétiens Catholiques et orthodoxes professent la foi au "même Jésus Christ", ils comprennent le baptême au nom de Jésus de la même façon. Ils lisent le même Evangile, reçoivent les mêmes sacrements, observent les mêmes calendriers des martyrs et des saints y compris les mêmes traditions et l’histoire du 20° siècle.

C’est pour ces raisons que le Patriarche Athénagoras affirme qu’il n y a pas quelque chose qui sépare les deux églises, toujours est-il qu’il reconnaît qu’il existe quelques différences, lesquelles comme responsables d’églises, ils ont mis entre les mains des théologiens. Le patriarche qui avait de bons rapports sur les plans humain et spirituel avec le Pape Paul VI, fut optimiste que ces ce qui divise encore les croyants du point de vue dogmatique serait réglé graduellement. Les théologiens de deux églises soeurs "trouveront le moyen de nous réunir de nouveau au même calice dans lequel nous buvions pendant les dix premiers siècles".

Il suffit de se rappeler la levée réciproque des excommunications à la fin des travaux du concile Vatican II ou à la restitution des reliques sans oublier le dialogue de la vérité, initiée vers les années 1980 et qui a produit des résultats significatifs sur la question ecclésiologique.

Il faut avouer tout de suite que le problème de l’unité à réaliser avec les protestants se pose tout autrement : la "sola gratia", "la sola scriptura" sont des notions à éclaircir pour une compréhension réaliste du donné chrétien révélé. Et le Père Yves Congar de dire :

"Dans la mesure où le protestantisme se mettra à l’école d’une contemplation intense et réaliste du mystère de l’incarnation, il rentrera dans la sphère du christianisme apostolique et préparera sa réunion dans l’Eglise".

Dans l’état actuel du débat, aucune église chrétienne est en elle-même la véritable église, voulue par son divin fondateur ; toutes sont appelées à la conversion pour manifester l’unité de l’église, une, sainte et apostolique, fondée par Jésus.

Leur communion ne grandira que dans la mesure où Jésus Christ sera reconnu comme leur sauveur commun et le fondement de l’unité.

 

Article 2 : MAGISTERE CATHOLIQUE ET OECUMENISME

1. Jean Paul II et l’Encyclique "Ut Unum Sint"

La lettre encyclique trace le bilan du parcours œcuménique que l’église catholique a accompli jusqu’à l’aube du second millénaire. Le Pape annonce clairement que l’église catholique, sacrement d’unité, renouvelle son engagement de façon irréversible

Dans cette lettre encyclique, Il reconnaît l’œcuménisme comme un chemin irréversible pour les églises chrétiennes divisées.

Evoquant l’engagement concret des catholiques dans les années passées, le souverain Pontife encourage spécialement les catholiques à s’engager activement dans le mouvement de prière pour l’unité chrétienne et du dialogue de la vie.

Ce document proposé à toute l’église catholique a eu des échos favorables dans l’église.

Théologiens et Missiologues catholiques ont tenu des conférences et animé des séminaires de réflexion sur le thème de l’unité des chrétiens telle que le présente Jean Paul II, reprenant les thèses doctrinales et principes pratiques de l’œcuménisme, proposés par le concile Vatican II.

En outre, les gestes symboliques et voyages pastoraux du pape Jean Paul II à travers le monde, démontrent sa volonté d’exercer le ministère papal comme pasteur de l’église universelle au service de l’unité, et qui respecte la diversité des traditions spirituelles des autres confessions chrétiennes et religieuses.

Cardinal Ratzinger et la Déclaration "Dominus Jesus"

Ce document du magistère, qui a suscité des remous et des commentaires divers parmi les théologiens catholiques, protestants et ceux des religions non chrétiennes est à comprendre à la lumière des orientations de la théologie catholique sur les vérités de foi.

Sans vouloir aller dans les détails, il convient de souligner qu’au centre du débat, "Dominus Jesus" est une réflexion théologique sur la valeur des religions et la question du salut en Jésus Christ, telle que le magistère et la théologie catholique le confesse depuis deux mille ans.

En effet, théologie et magistère dans l’église catholique, ont le rôle de réfléchir puis de répondre avec précision aux problèmes soulevés en église, en rapport avec l’identité de la foi catholique ou la praxis de l’église.

"Dominus Jesus" continue donc la réflexion amorcée dans les documents précédents du magistère sur la foi catholique et le salut.

C’est qui nous intéresse le plus, c’est le chapitre quatre de la déclaration qui traite de la pratique œcuménique. De l’unique sauveur qu’est Jésus Christ, on passe à l’unique église du christ qui subsiste dans l’église catholique.

Dans la ligne de Vatican II, les protagonistes du dialogue œcuménique auraient souhaité une reconnaissance de l’ecclésiologie des autres confessions. Le document du cardinal Ratzinger n’apporte pas des éléments nouveaux au dialogue déjà amorcé, il ne doit pas être considéré comme le seul document qui réfléchit sur la théologie catholique, au risque de constituer un autre obstacle dans la marche lente des églises chrétiennes vers l’unité.

SECTION IV

Efforts oecumeniques dans certaines Eglises locales d'Afrique

Ce serait une prétention d’oser dire en deux ou trois pages la pratique de l’œcuménisme en Afrique noire chrétienne, pour autant que l’œcuménisme est un sujet vaste, et tout thème vaste souffre quand il est simplifié. Par mesure de prudence, on peut parler seulement de quelques exemples concrets et sans prétendre d’être exhaustif, décrire la pratique œcuménique à savoir l’Archidiocèse de Kinshasa au Congo et l’Archidiocèse de Bulawayo au Zimbabwe. D’une façon très brève, nous ferons une petite comparaison avec une église d’antique tradition chrétienne, comme l’Italie.

Les Catholiques et les Protestants en Afrique au sud du Sahara ne vivent pas en un contexte culturel homogène, ils font plutôt face au problème œcuménique de façon quotidienne.

Article 1 : L’EFFORT OECUMENIQUE DANS L‘ARCHIDIOCESE DE KINSHASA (R.D.CONGO)

Le synode diocésain tenu à Kinshasa de 1986 à 1988 nous permet de nous rendre compte de l’effort oecuménique chez les chrétiens catholiques de la capitale de la République démocratique du Congo, un pays d’Afrique avec un pourcentage élevé des chrétiens.

Kinshasa, dont la population s’estime à cinq ou six millions d’habitants, a trois doyennés (Kinshasa Est, Kinshasa ouest et Kinshasa centre). On y compte plus que cent paroisses catholiques et une soixantaine des églises protestantes, toutes pas nécessairement membres du conseil oecuménique.

Le Synode diocésain clôturé il y a vingt plus de dix ans a vivement recommandé, à la lumière du concile Vatican II et des documents du magistère, la création d’une commission diocésaine de l’œcuménisme et des sous comités dans les différents doyennés pour coordonner les initiatives diverses en rapport avec l’unité des chrétiens habitant cette vaste métropole d’Afrique centrale.

Nous allons nous limiter au niveau du doyenné St Gabriel dans Kinshasa Centre dans la mesure où nous avons pris part, nous-mêmes, aux rencontres interconfessionnelles au cours de notre formation sacerdotale de 1988 à 1991.

Le comité décanal se réunit une fois chaque mois pour réfléchir d’abord entre catholiques de la manière qu’il fallait entrer en dialogue avec les frères séparés.

Les Catholiques des paroisses issues de différents doyennés se rencontrent avec les frères protestants, Kimbanguistes sans oublier les membres des églises de la réforme chaque mois en vue de prier pour l’unité visible et invisible des disciples du Christ. Certaines églises indépendantes, fondées par des pasteurs charismatiques africains, présentes dans l’archidiocèse ne participent pas à ces rencontres, soit par mauvaise foi ou parce qu’elles ne sont pas membres du conseil œcuménique des églises.

Le comité permanent de l’œcuménisme au niveau du diocèse est arrangé de telle façon que les pasteurs de diverses confessions prêchent dans une église autre que la leur.

Depuis 1989, le calendrier des activités qui va du 26 janvier au mois d’octobre, prévoit annuellement une série de rencontres de prières et des rencontres fraternelles.

Durant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, une participation massive et active des catholiques est requise à ces assises.

Les quêtes organisées à chacune de ces rencontres est destinée aux malades, aux nécessiteux sans distinction de confession ou de nationalité. Les visites à domicile sont encouragées car elles sont des moments de partage d’expériences sur le plan social, humain et culturel.

Ces rencontres ne se font pas toujours sans problèmes d’ordre pratique et doctrinal.

Du coté des catholiques comme celui des membres des églises sœurs, il y a des complexes manifestes dans les efforts communs du dialogue de la vie.

Du coté catholique par exemple, pendant des années, une certaine timidité était observée dans la lecture de la Bible et la prédication.

Depuis 1988, avec les efforts entrepris par le centre d’apostolat Biblique, aujourd’hui "centre liloba" établi à Lemba, les chrétiens catholiques de l’Archidiocèse de Kinshasa sont graduellement formés à la connaissance et la lecture des écritures.

Toutefois, les catholiques tout comme leurs partenaires dans le dialogue œcuménique ont besoin d’être formés et informés sur les éléments essentiels de la foi catholique avant d’entrer dans un dialogue fructueux de foi et de charité.

Surs de notre foi et forts de l’amour dont Jésus le divin fondateur a aimé son église, nous ses membres, devons sans cesse rechercher l’union sans nous décourager : même devant les difficultés qui peuvent se présenter ou s’accumuler le long du chemin. Aucun grand et précieux bien n’est réalisé sans souffrance et sans sacrifice consentis par amour pour les frères et sœurs, indépendamment de leurs langues, nationalités ou professions de foi. Aux Chrétiens Africains qui ont hérité les divisions au sein du Christianisme, il est permis de courir ce risque partant sur des bases solides de la foi.

 

Article 2 : Les Efforts œcuméniques dans l’Archidiocèse de Bulawayo (Zimbabwe)

Bulawayo est la seconde grande ville du Zimbabwe. C’est en 1994 que cette métropole politique et historique acquit le statut d’Archidiocèse, son prélat devenant en conséquence le deuxième Archevêque après celui d’Harare, la capitale.

L’Archidiocèse de Bulawayo est peuplé en majorité par deux ethnies Bantu, appelées les Ndebele et les Kalanga, à majorité protestante. Les Ndebele et les Kalanga ont accueilli le christianisme « divisé » pour la première fois dans la seconde moitié du 19ème siècle.

La première communauté chrétienne à s’implanter au Matebeleland, avec la permission du roi Mzilikazi Ka Khumalo, fut la Société Missionnaire de Londres (London Missionary Society- LMS). Ce sont ces missionnaires protestants qui, dans un rare esprit d’œcuménisme à l’époque, facilitèrent aux Jésuites anglais de s’établir à leur tour parmi ces populations.

Il faut dire que c’est durant l’administration coloniale que beaucoup d’églises chrétiennes augmentèrent en nombre et multiplièrent leurs activités d’évangélisation.

La collaboration des églises chrétiennes avec le pouvoir colonial joua un rôle important dans la présentation de la foi chrétienne aux autochtones.

Parmi les églises venues de l’Afrique du sud et de l’Angleterre, vinrent s’ajouter aux Catholiques et à la Société missionnaire de Londres (LMS), les Anglicans (1889), les Méthodistes (1897), les Frères en Christ ( Brethren in Christ-1898), les Baptistes (1920) et bien d’autres.

 

- La Pastorale Œcuménique dans l’Archidiocèse de Bulawayo

Toutes ces différentes églises chrétiennes existent jusqu’alors dans l’Archidiocèse de Bulawayo.

Se plaçant dans la perspective des directives et principes proposés par Vatican II, il faut dire que très peu a été réalisé dans le cadre de l’œcuménisme car le temps colonial, les relations entre les différentes dénominations furent caractérisées d’animosité et de rivalité.

Les rapports formels entre les chrétiens ordinaires et les chrétiens des églises indépendantes africaines sont restés au statu quo.

Au niveau hiérarchique, les leaders et pasteurs d’églises sont encore à la base des tensions et obstacles à la pratique de l’œcuménisme. Ainsi, dans leur lettre pastorale à l’occasion du jubilé 2000, les évêques Catholiques, après avoir reconnu humblement leur part dans ces divisions persistantes, ont encouragé les chrétiens de prendre part active au troisième millénaire dans les efforts communs de prière pour l’unité des croyants. 

Il ne sert à rien de le garder, les divisions au sein de l’église, une et unique, voulue par son divin fondateur, est un grand scandale au cours des siècles du témoignage chrétien. Toutefois, force est de le reconnaître, tant que ces divisions continuent à exister, le témoignage commun de tous les baptisés , membres de ces églises ne fera que s’affaiblir ; ils continueront à vivre contre la volonté du Christ (Jean 17,21) qui a voulu que tous soient un. Ainsi donc, prier ensemble et rechercher cette unité visible et invisible engage chaque chrétien, digne de ce nom 

D’une part, les attitudes de ressentiment et d’intolérance, traduites dans le langage abusif entre les membres autant que les dirigeants ou pasteurs des églises séparées, persistent encore même quarante ans après le second concile du Vatican.

D’autre part, les différentes églises (Catholique, Protestant, Orthodoxe et les églises indépendantes Africaines) restent généralement ignorantes sur la doctrine et la foi vécue des autres même si elles ont des rapports assez étroits.

La plupart des églises indépendantes africaines sont nées soit en réaction à l’idéologie chrétienne, venu de l’occident et qu’a hérité la colonisation, soit en réaction aux églises institutionnelles catholique et Protestante. Elles refusent et s’abstiennent de tout dialogue doctrinal avec les églises chrétiennes traditionnelles.

Dans le contexte œcuménique, chaque église chrétienne est appelée à encourager le respect et la compréhension en son sein et accepter les différences.

L’esprit saint, l’esprit d’amour que Dieu a répandu dans les cœurs des croyants, est le protagoniste de l’unité dans la foi et de la paix. Il est plus fort que l’esprit du malin, qui divise.

Aujourd’hui, l’unité des croyants n’est plus un appendice dans la vie des églises chrétiennes, c’est un impératif. Les églises divisées doivent affronter ce défi hic et nunc.

M&eci