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Godefroid
Manunga-Lukokisa, SVD INTRODUCTION La notion de force a revêtu au cours de l'histoire des significations et des interprétations variées aussi bien dans le langage courant que chez les philosophes. Quelque soit le sens qu’on lui accorderait, la force fait penser tantôt à l’énergie ou au dynamisme initial en l'homme et au courage, mêlé parfois à la brutalité, dans l’accomplissement d’une action donnée. Certains Philosophes contemporains à Friedrich Nietzsche ont donné des interprétations négatives au terme, le dépouillant ainsi de son sens religieux et biblique. Dans la présente étude, je ne m'attarderai pas à interpréter ces précieux commentaires mais je veux étudier le concept dans la perspective de la spiritualité missionnaire. Ainsi, dans le premier chapitre, je relèverai d'une façon générale quelques conceptions erronées de la force en vogue dans notre milieu de vie et de travail. C'est cela que j'ai appelé "caricatures de la force", en les opposant aux sens positifs et religieux, intitulé "Ce qu'est la force". Les Saintes Ecritures, étant la source de révélation et de foi des croyants, conçoivent la force à la fois comme vertu et don de l'Esprit Saint dans la vie des croyants. L'interprétation de ces sens positifs de la force dans l'Ancien Testament et le Nouveau Testament, appuyés par des exemples des personnages bibliques remplis du don de force, constituera la matière du Second Chapitre. Dans le troisième chapitre, je traiterai de la force comme don de l'Esprit saint dans la vie chrétienne. Je relèverai principalement les effets du don de force dans la croissance spirituelle du chrétien, dans l'apostolat autant que dans le martyre accepté au nom de la foi en Jésus-Christ et par amour pour les autres. La vie de premiers témoins de la foi en Jésus, en l’occurrence Pierre, Paul et Etienne me servira d'exemples d’application du don de force dans la vie du disciple de Jésus-Christ. Je clôture cette étude par une conclusion générale insistant sur l'importance du don de force dans la vie humaine et de foi. SECTION I : LA NOTION DE FORCE- CLARIFICATION DU TERME 1. LES CARICATURES DE LA FORCE a) La "Force" comprise comme simple virilité physique Dans le monde contemporain, la force fait toujours penser à la virilité physique extérieure. Les jeunes gens admirent plus facilement toute personne énergique qui a une apparence physique car telle personne est apte à tous les travaux. La virilité physique caractérise l’homme fort car il inspire la peur aux faibles. L’homme fort est, généralement parlant, celui qui , comptant sur sa constitution physique solide ou sa puissance humaine naturelle, s’engage dans la réalisation de l’action sans craindre le moindre danger ou obstacle qui se présente.
b) La "Force" comme volonté de puissance et moyen de domination d’autrui Les Philosophes du 18è et du 19è siècles ont interprété négativement la notion de force. En effet, le philosophe athée F.Nietzsche, dans sa morale , considère la vraie force comme celle qui se traduit par la volonté de puissance ou de domination. Le surhomme est le modèle de l’homme fort dans la mesure où il impose sa puissance sur autrui, qui est le faible ou l’homme raté. "Qu’est-ce qui est bon ? Tout ce qui exalte en l’homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance elle-même. Qu’est-ce qui est mauvais ? Tout ce qui a racine dans la faiblesse". c) La "Force" comprise comme affirmation brutale de soi Cette conception est particulièrement manifeste dans les relations interpersonnelles et les rapports des groupes sociaux. Les détenteurs de pouvoir se comportent violemment sur leurs sujets, le manque de dialogue fait place à la dictature sous toutes ses formes. Les différents groupes des hommes, comptant sur leur production des armes, montrent leur force violente aux non producteurs. Semer la terreur ou faire la rébellion pour s’emparer du pouvoir au moyen des armes lourdes pour les hommes de tous les temps, est signe de force. La force brutale conduit généralement à l’arrogance orgueilleuse, qui à son tour se traduit par l’exploit spectaculaire et superficielle. 2. CE QU’EST LA FORCE a) La Force est à la fois une vertu physique et morale naturelle La force est une disposition essentielle de l’âme et qui est requise dans l’accomplissement du devoir moral ou intellectuel. D’une manière plus concise, la force est cette capacité d’accomplir une action quelconque par un déploiement d’effort physique ou moral. C’est le cas en Sport et en Athlétisme où une certaine endurance physique est requise pour bien accomplir les exercices physiques. Pour affronter les différents obstacles d’ordre physique ou spirituel ( comme la fatigue après un travail manuel ou intellectuel, la maladie) et d’ordre psychologique ( les épreuves de la mort et de l’échec), l’on a besoin de la vertu de force pour continuer à vivre. La vertu de force donne à l’homme la puissance de ne pas renoncer au bien, à cause des difficultés qui proviennent soit de la hauteur du but, soit des obstacles et des périls. b) La force utile pour la formation du caractère La force sert à l’homme non seulement pour faire face aux situations dramatiques et pour vaincre les dangers mais aussi pour former sa personnalité humaine. Elle l’aide à faire face consciencieusement et pleinement à tous ses devoirs quotidiens. "La force, en tant que vertu distincte, est l’attitude habituelle de courage pondéré, capable d’affronter les situations particulièrement ardues devant lesquelles le sujet serait tenté ou de perdre son sang froid ou de capituler lâchement. Suivant les cas, elle inspirera de tenir dans la difficulté ou d’attaquer l’obstacle; elle sera tantôt passive, sous forme d’endurance, lorsqu’il est impossible de modifier la situation ; tantôt active, lorsqu’il s’agira de réagir énergiquement pour changer le réel". Ainsi comprise, la vertu de force est contraire à la timidité, à la lâcheté et moins encore à la témérité. Dans la perspective chrétienne, la vertu de force s’acquiert progressivement, d’où l’importance de l’éducation chrétienne des enfants et des jeunes en vue de former leur caractère ou leur personnalité. Toutefois, la force surnaturelle ne supprime pas les défauts de caractère de la personne ni les manquements du tempérament. Il aide l’homme s’ouvrir en toute confiance et quiétude à l’esprit de Dieu. Après avoir accueilli le don, le croyant est appelé à le fructifier en vue du bien commun.
c) La Force comme vertu cardinale La force donne le courage d’agir et de supporter les épreuves de la vie, mais aussi et souvent les incompréhensions entre les hommes. Dans la tradition chrétienne, la force est une des quatre vertus qui découlent de la nature de l’homme. Du fait que la force, la justice, la tempérance et la prudence perfectionnent la nature humaine et la défendent contre les tentations, elles sont appelées « vertus cardinales. Toutefois, La Bible et La Tradition chrétienne font une distinction nette dans l’exercice de la force dans la vie des hommes. En effet, seul l’amour, traduit dans le sacrifice ou le don de soi, est la vraie expression de force, supérieure à la mort. Toute autre force profane ou religieuse, qui n’est pas au service de la justice sociale et du bien des autres, est condamnable car elle porte atteinte à la liberté de conscience et engendre la violence et les guerres entre les hommes. SECTION II : LA FORCE SPIRITUELLE, UN DON DE DIEU DANS LES SAINTES ECRITURES L’Ancien Testament connaît deux conceptions de force, à savoir la force brutale ou violente des ennemis guerriers et la toute puissance de Yahvé, manifestée au cours de l’histoire du peuple élu. 1. La Conception de la Force dans l'Ancien Testament a) La Force Véritable c’est Yahvé, Dieu d’Israël Dans l’histoire du peuple d’Israël, Dieu est présenté comme celui qui intervient en faveur de son peuple en le délivrant des mains de ses ennemis. Il est donc la force véritable : il a manifesté sa force divine lors de la création de l’univers. Il continue à manifester sa puissance dans la vie des Israélites en rendant forts ceux qui se confient et espèrent en Lui. L’exemple par excellence de la manifestation de la toute puissance de Yahvé est contenu dans le récit de l’exode ou la sortie du peuple de l’Egypte sous la conduite de Moise. Pour le peuple d’Israël : c’est grâce à l’intervention divine (par la "force de son bras") que Moise le libéra des mains du pharaon, roi d’Egypte. Toutefois, Moise par sa seule force naturelle ne pouvait pas accomplir cet exploit ni accomplir des signes et des prodiges au milieu du peuple s’il n’a était animé d’une force surnaturelle, provenant de Yahvé, Dieu tout Puissant. Exode 15,6 .12 : "Ta droite, Yahvé, s’est signalée par sa force", "Tu as étendu ta droite, la terre les a engloutis". b) DAVID, "homme fort selon Dieu" : David est né dans une famille modeste des éleveurs. Il était le plus jeune de huit enfants. Humble et calme, David avait une belle parure extérieure. Comme éleveur, l’esprit de force en lui se concrétisa dans la défense du troupeau familial contre les attaques des animaux féroces (l’ours et le lion). Il fut choisi parmi ses frères pour être oint par Samuel. Plus tard, David devrait montrer la même bravoure non plus avec les bêtes du troupeau mais en sa qualité de roi d’Israël. Devant le philistin Goliath, homme redouté dans tout Israël à cause de ses exploits militaires et son courage dans la guerre, David se présenta dépouillé, faible apparemment. Malgré les invectives et menaces de son adversaire, le jeune David décida d’affronter son bourreau au cours d’un combat, humainement parlant, perdu d’avance. Il était animé d’une force surnaturelle, une force divine car au delà de tout entendement, David vaincut Goliath : "Tu marches contre moi avec épée, lance et javelot, mais moi, je marche contre toi au nom de Yahvé Sabaoth, le Dieu des lignes d’Israël, à qui tu as lancé un défi. Toute la terre saura qu’il y a un Dieu en Israël…que ce n’est pas par l’épée ni par la lance que Yahvé donne la victoire…" (1Sam 17,45). La victoire du Jeune David sur le guerrier Goliath montre que la seule force naturelle ou physique de l’homme ne suffit pas pour vaincre l’ennemi mais l’homme croyant, malgré sa faiblesse, sortira toujours victorieux dans les diverses luttes qu’il aura à mener contre ses adversaires. A travers les Psaumes attribués à David, Israël exalte la force de Yahvé avec piété car elle trouve en elle la source de sa joie : Ps 21,2.14 : "Yahvé, le roi se réjouit de ta force", "Lève-toi, Yahvé, dans ta force" Ps 28,14: "Dans ta main est la force et la puissance" Ps 139,8 : "ahvé mon Seigneur, force de mon salut, tu me couvres la tête au jour du combat". Ps.80,1-2 : "Exultez en Dieu" Ps 93,1ss : "Yahvé est ceint de force ; aussi le monde est ferme ; il ne chancelle pas…". Ps 139,8 : "ahvé mon Seigneur, force de mon salut, tu me couvres la tête au jour du combat". Ps.144-148 : hymnes à Yahvé, Dieu secourable et roi tout puissant. Exode 15: Le cantique d'action de grâces et de victoire d’Israël, au cours duquel le peuple louait la toute puissance de Yahvé et sa sollicitude pour son peuple. Moise, David et les grands prophètes vétéro-testamentaires furent des hommes de foi en Yahvé, Dieu d’Israël. Le don de force en eux se manifesta à travers les prodiges extraordinaires qu’ils réalisèrent devant les ennemis du peuple de Dieu. L’homme qui met sa foi dans le Seigneur Yahvé, malgré sa faiblesse humaine, n’a plus rien à craindre car Yahvé combat pour lui. c) La Sagesse et l’intelligence, signes de force divine Cet autre aspect de la force de Yahvé est développé dans le livre de la sagesse et des proverbes. On vante non la force physique ou l’orgueil des guerriers mais la prudence et la patience dans l’agir humain :"Mieux vaut un homme sage que fort, un homme de science qu’un vigoureux gaillard" ( Prov.24,5-6). "Mieux vaut un homme patient qu’un preneur de ville" (Prov.16,32) "La grâce est trompeuse, vaine la beauté ! la femme sage, voilà ce qu’il faut vanter" (Prov.31,30). 2) La Force Spirituelle dans le Nouveau Testament Si dans l’Ancien Testament, la force divine est mise en opposition avec la force des ennemis qui font la guerre au peuple dans le monde, dans le Nouveau Testament, l’homme croyant est ramené au coeur même de sa personne. Le combat le plus dur qu’il doit mener est dans son coeur car c’est sur le plan spirituel qu’il a besoin du don surnaturel de la force pour affronter avec courage le monde, le péché et les autres forces du mal ou du diable. Sa vertu naturelle n’est pas éliminée mais revêt une puissance surnaturelle, donnée par l’esprit de Dieu. Cette force surnaturelle, accueillie avec foi et humilité, assure au croyant la victoire dans le combat spirituel. En fait, l’Esprit Saint est la puissance de Dieu par excellence dans la vie du croyant. La Vierge Marie, Jésus lui-meme et les Apôtres en sont des exemples concrets. a) La manifestation de l’esprit dans la vie de Marie, mère de Jésus C’est donc l’Esprit Saint, puissance de Dieu qui exige du croyant des dispositions de confiance et d’humilité. La Vierge Marie s’étonne devant l’ange lors de l’Annonciation : "Comment cela peut-il se faire car je ne connais pas d’homme" ? "N'aies pas peur, lui réplique l'ange de Dieu, l’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre… Rien n’est impossible à Dieu…". Ayant compris cela, la vierge répond : "Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon sa parole" (Lc1,26-38). La conception virginale de Marie est une manifestation de la toute puissance de Dieu. L’enfant Jésus fut rempli déjà de l’esprit de Dieu : "l’enfant né de Marie croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse" (Luc 2, 40). En signe de reconnaissance aux merveilles que Dieu a faites en elle, la Vierge exultante de Joie, chante la toute puissance de Yahvé, "soutien" de ceux qui croient en lui : "Mon âme exalte le seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur … déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles…Le Tout Puissant a fait pour moi des grandes choses…Il a déployé la force de son bras" ( Lc 1,46-56). Elle assista, impuissante, au procès de son fils et l’accompagna patiemment jusqu’au calvaire. On la voit avec un des douze au pied de la croix, abattue et désolée mais pleine de confiance en Yahvé son "Rocher". Cette force de supporter courageusement la douleur ne pouvait lui venir que de Dieu. Cette constance dans l’épreuve fut la conséquence du don de foi à l’oeuvre en elle, soutenue d’autant plus par l’espérance dans les promesses divines. "Si la vertu de force regarde surtout l'affrontement des difficultés en leur teneur objective, le don de force affermit l'infirmité elle-même du sujet et repousse le tremblement de la nature par la vertu de l’esprit qui assiste âme". b) Le don de force dans la vie publique de Jésus de Nazareth Le temps qui a suivi son baptême et durant son ministère public, l’emprise de l’Esprit Saint se manifesta dans ses actions, ses paroles et les prodiges qui accompagnaient son enseignement. Cet esprit remplit toute sa personne à tel enseigne que Dieu prit possession de lui et agissait en lui : "L’Esprit de Dieu repose sur moi, il m'a consacré proclamer la paix , la joie" (Is.61,1ss ; Lc 4,18ss). Un autre moment important qui manifeste la force de l’esprit en Jésus fut sa présence au désert : "Jésus, rempli de l’esprit Saint, revint des bords du Jourdain et fut conduit par l’Esprit au désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable" (Lc 4,1-2). Il remporta cette victoire contre Satan, "le fort" comme on le désigne quelque fois (Lc 4,1-2). Jésus agissait continuellement dans la puissance de l’Esprit (Lc4,14),et constamment tourné vers Dieu son Père, il avait la force de lutter contre les forces du mal non seulement par la parole mais aussi par les signes et prodiges ( miracles et guérisons). Il est passé partout en faisant le bien : "Le fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir". "Le plus grand amour est de donner sa vie pour ceux que l’on aime". Après avoir lutté contre les forces du mal pendant son ministère public, Jésus en arriva au combat final, celui de la mort sur la croix (Jn19,17-42). c) La manifestation de la force de Dieu dans la passion-mort et résurrection de Jésus La Passion, mort et résurrection sont des moments privilégiés qui manifestent le don de force surnaturelle dans la vie de Jésus. Ayant affronté Satan "le fort", comme il l’appelle (Lc11, 21), et l’avoir vaincu pendant son ministère public, Jésus a du faire face à la mort sur la croix. La patience et l’amour avec lesquels il a supporté les souffrances lui infligées par ses adversaires et enfin, la fidélité dont il a fait preuve jusqu’à la mort sur la croix sont des manifestations de l’esprit de force surnaturelle ou divine. Comme un agneau qu’on mène à l'abattoir, il se présente faible et impuissant, il fait l’expérience de la douleur et de l'abandon de "son Rocher". La faiblesse de l’Homme Dieu est manifeste lors du parcours vers le calvaire: il tombe trois fois mais se relève courageusement pour continuer le chemin dans une confiance inébranlable envers Dieu. Pendu sur le bois de la croix, on le voit lucide et imperturbable. De son coeur transpercé sortent l’eau et le sang pour la vie du monde. En outre avant sa mort, il manifeste, même au milieu des tourments, son grand amour pour les adversaires : "Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font". Les menaces de ses adversaires, les scribes, les pharisiens et les prêtres qui ont voulu sa mort, ne le détournèrent pas de son idéal, celui qui consistait à donner sa vie pour le rachat de la multitude. Les paroles de miséricorde qui sortent de sa bouche et son oblation volontaire sur la croix témoignent d’une force surnaturelle et divine. Il fut mis au tombeau mais Dieu a montré sa puissance en le ressuscitant au bout de trois jours. La résurrection est la manifestation éclatante de la toute puissance de Dieu qui établit Christ Vainqueur de la mort comme l’Agneau qui "est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange" (Apoc.5,12). Le ressuscité ne meurt plus, il vit au milieu de ses frères par l’esprit ; il devient le modèle de force spirituelle pour ses disciples. SECTION III : LE DON DE FORCE SPIRITUELLE ET TEMOIGNAGE CHRETIEN Le groupe de "Douze», confiant en la promesse de Jésus de leur envoyer l'Esprit Saint reçurent une nouvelle impulsion le jour de Pentecôte dans leur vie de foi et de témoignage. 1. L'Esprit de force en vue du temoignage a) L'Exemple des Premiers Apôtres Même après trois années de vie commune avec le Maître, les premiers apôtres accusaient des faiblesses humaines dans leur foi en Jésus. La peur de puissants de ce monde, ceux-là "qui peuvent seulement tuer le corps", tint les apôtres enfermés dans la chambre haute jusqu’au jour de Pentecôte. Le courage de Pierre étonne : Il prend la parole en chef de file et témoigne avec conviction ce qu’il croit : "Celui que vous avez crucifié, Jésus de Nazareth, Dieu l'a ressuscité, nous en sommes témoins". Ce revirement total dans le comportement des premiers compagnons de Jésus est la preuve que l’esprit de Dieu fut à l’oeuvre en eux, la promesse du Christ s’est réalisée. S’étant rendus disponibles à l’esprit de force, ils se mirent en route : Des êtres faibles et peureux qu’ils étaient, vont confondre les sages de ce monde, Jésus lui-meme sera leur force à travers son Esprit. En dépit des menaces et des obstacles de mort, ils ne purent plus garder silence mais dépassant leurs faiblesses naturelles, ils furent contents de partager avec d’autres ce qu’ils ont expérimenté ou vécu dans la foi: "Nous ne pouvons pas nous taire" (Ac 4,20) ; "Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos Pères a ressuscité Jésus des morts et a fait de lui le sauveur... Nous sommes témoins de ces faits" (Ac 5,27-33). A leur suite, les premiers chrétiens, confiants dans les promesses de Jésus, entre-temps réalisées, continuèrent à leur tour de témoigner leur foi en Jésus de Nazareth, mort et ressuscité, affrontant victorieusement les persécutions et les divers obstacles liés à l’annonce de l’évangile ( Actes 20,22-27 ; 22, 30 ; 23,6-11 ; 25,13-21 ;28,16s). b) La Force dans la vie spirituelle du chrétien : Le chrétien est par définition celui qui est baptisé au nom de Jésus, dont il devient le disciple. Il est appelé en conséquence à témoigner du Christ Ressuscité dans un monde, déchiré par des violences et injustices de toutes sortes. Les chrétiens font face comme les autres non chrétiens aux situations conflictuelles de tout genre et menaces des siens et des ennemis les guettent. Le danger d’abandonner car souvent on n’en peut plus humainement parlant ou de se conformer au monde extérieur, le contraignant de se taire pour avoir la vie sauve le guettent sans cesse. La seule force humaine ne suffit donc pas au chrétien missionnaire pour s’engager de plein pied dans la lutte contre les passions de son coeur et les tentations du monde. Il a nécessairement besoin d’une intervention spéciale, supérieure à celle dont il jouit naturellement pour faire face aux puissantes tentations de "la chair" et recueillir les oeuvres de l’Esprit de Dieu. C’est le travail de la force, don de l’Esprit Saint dans sa vie de croyant : elle l’aide à l’exemple de Jésus, de supporter patiemment les épreuves, les incompréhensions de la vie et de résoudre les conflits en lui-même et dans ses relations avec les autres. Porter la croix, si lourde soit elle, avec persévérance et amour espérant qu’avec l’aide de Dieu, il sortira vainqueur malgré l’apparente défaite devant les limites de sa force humaine naturelle, est un fruit du don de force en lui. Lors du baptême, le chrétien reçoit l’Esprit Saint, le sacrement de confirmation conféré par l’église, renforce ce don dans le croyant et le rend participant à la force de l’Esprit de Dieu. Muni de l’armature de Dieu, le chrétien peut s’engager dans la lutte contre les forces du mal. La force spirituelle est non seulement à la base de tout progrès dans la foi mais, elle en est le témoin à sa naissance et féconde sa croissance durant son pèlerinage dans cette vallée des larmes. L’âme qui s’ouvre ainsi à la grâce de Dieu reçoit "une nouvelle constance et une nouvelle fermeté, produite par le Saint Esprit, et qui rend l’homme capable de surmonter n’importe quelles difficultés". c) Force Spirituelle et le Don de Conseil : Le coeur pour autant qu’il est le lieu des passions et la demeure des intentions bonnes et mauvaises, reste le premier champ où la bataille est d’avance perdue sans l’intervention divine. Sans l’esprit de force, on ne cessera de le dire, le chrétien, en tant qu’homme faible, ne peut pas faire de bons choix dans sa réalisation personnelle. Pécheur, mais appelé à la sainteté, le don de force l’assiste dans la prise des décisions et dans l’orientation de ses actions selon les lois supérieures de la conscience et de la justice. 2. La necessité de la force en vue du temoignage missionnaire 1. L’Esprit Saint, Protagoniste de la mission Jésus ressuscité confie une mission aux disciples : celle d’annoncer la Bonne Nouvelle. L’Esprit de Dieu qui est l’expression de sa toute puissance sera avec eux, leur donnera la force de témoigner de la résurrection, malgré les persécutions : "Mais vous allez recevoir une force, celle de l"Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu"aux extrémités de la terre" (Ac 1,8). Ce travail d’évangélisation, consistant à "être en route" : le missionnaire est un homme en marche, tourné vers les autres pour témoigner Christ ressuscité. Il est averti que la mission n’est pas repos. Les apôtres expérimenteront les fatigues et tant d’autres difficultés liées au ministère. Seule une union intime et constante avec Jésus permettra à l’envoyé de tenir ferme et d’avancer sans se lasser. L’expérience apostolique de l’infatigable Paul servira toujours d’exemple aux croyants de l’importance du don de force dans l’apostolat. Le don de force dans la vie de Paul se manifesta de plusieurs façons, d’abord dans sa propre vie spirituelle et ensuite dans son engagement missionnaire. a) La Manifestation du don de force dans la vie spirituelle de l’Apôtre Celui qui autrefois, comptant sur sa seule puissance, une "force humaine caricaturée", persécutait les disciples de Jésus, se dit créature nouvelle en Jésus mort et ressuscité pour lui. Paul voit sa conversion à la fois comme la manifestation de la toute puissance de Dieu et une grâce extraordinaire. Il veut vraiment vivre comme une créature nouvelle en imitant Jésus, mort pour le salut du monde ; ressuscité des morts, il vit en lui par la foi. L’amour du Crucifié le presse à aller vers les nations pour "annoncer l'insondable richesse" de la parole de Dieu. Mais, il se sent limité, pécheur : "Je ne fais pas le bien que je veux, je fais le mal que je ne veux pas" (Rom.7,19). Conscient de ses limites et en même temps, comptant désormais sur la force de Dieu pour bien vivre, il ouvre son âme à la grâce salvifique de Dieu. En fidèle ministre de Dieu, Il accepte patiemment les souffrances et surmonte les fatigues, endure les angoisses et les autres obstacles avec amour, à l’exemple du Christ. Le don de force en lui se manifesta dans l’acceptation patiente des souffrances et de ses faiblesses à l’exemple du Christ, mort et ressuscité pour le salut du monde. " C’est donc de grand coeur que je me vanterai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. Oui, je me complais dans mes faiblesses, dans les outrages, les détresses, les persécutions, les angoisses endurées pour le Christ : car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort". " …Au contraire, nous nous recommandons en tout comme des ministres de Dieu : par une grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons, dans les désordres, dans les fatigues… par une charité sans feinte… " (2 Cor 6,4s). b) La Disponibilité de Paul au don de l'Esprit dans l'annonce de l'évangile Son héroïsme consiste non seulement dans la patience invincible à supporter toutes les tribulations et les dangers liés à la mission mais aussi dans le souci constant et le grand amour et la recherche constante du bien des églises qu’il a fondées ou qu’il a visitées personnellement. "Les traits distinctifs de l’apôtre ont été réalisés chez vous ; parfaite constance, signes, prodiges et miracles. Qu'avez-vous eu de moins que les Eglises, sinon que personnellement je ne vous ai pas été à charge ? … Pour moi, je me dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même tout entier pour vos âmes. Faut-il que, vous aimant davantage, je sois moins aimé" (2 Cor 12,13.15). 2. La force du martyre chrétien Le mot martyr en grec signifie "témoin", celui qui atteste la vérité dont il est convaincu et dont il ne peut nier même devant les menaces de la mort. Pendant la persécution d’Antiochus, les juifs fidèles témoignèrent de leur foi en Yahvé , comme le seul Dieu adorable. Ils résistèrent les menaces du roi et choisirent de mourir plutôt que renier leur foi et leurs convictions religieuses. C’est dans le contexte chrétien que le témoignage prend le sens de martyr. Malgré l’interdiction du sanhédrin de parler au nom de Jésus de Nazareth et plus tard même sous les menaces de mort, les Apôtres annoncèrent courageusement le kérygme. Etienne accepta courageusement d’être lapidé en restant fidèle à son engagement (Ac 22,20). Des milliers d’hommes et des femmes ont payé de leurs vies à cause de la fidélité à Jésus, devenant ainsi des modèles de courage et de force pour les autres. EN GUISE DE CONCLUSION Généralement parlant, la notion de force fait penser à l’énergie naturelle en l’homme, ce dynamisme permet à l’être humain d’affronter les dangers qui se présentent au cours de son existence. Nous plaçant sur le niveau biblique, la notion de force est comprise comme un attribut de Dieu. Dans l’Ancien Testament, la vraie force est celle que Yahvé donne à ceux qui se confient en lui. D’où l’expression, Yahvé est mon rocher, ma force, mon libérateur, mon Dieu, mon rocher en qui je me réfugie, mon bouclier, mon salut, mon abri ! Yahvé est la forteresse qui me sauve de la violence" (1Sam 22,2-3). Yahvé a manifesté sa force en libérant son peuple de l’esclavage égyptien, en soutenant Moise dans la lutte contre les guerriers ennemis d’Israël et en assurant la victoire de David sur le redoutable Goliath. Dans le Nouveau Testament par ailleurs, le don de force s’insère principalement au coeur même du croyant en Dieu et en son fils Jésus-Christ. Jésus Christ, par son incarnation, est le Dieu fait homme : Il a assumé la nature humaine en toutes choses, excepté le péché. L’homme Jésus fut habite de l’Esprit Saint, cet Esprit l’accompagna pendant sa croissance et au cours de sa vie publique (Ac10, 38, Lc 4,18). Cela s’est manifesté d’une façon particulière lors des tentations au désert (Lc4, 1ss); lors de sa passion et son sacrifice sur la croix Jn12, 31-32. Dieu a manifesté sa force en le ressuscitant des morts, il fut revêtu de gloire, de force et de majesté. La Force comme don de l’Esprit Saint reste nécessaire dans la vie de tout croyant au Dieu de Jésus-Christ. Elle permet à la personne d’une part de s’engager et de rester fidèle dans le combat spirituel ; et d’autre part, elle lui permet d’affronter avec confiance les fatigues tant physiques que spirituelles, les embûches du monde et les ruses de Satan, le prince des ténèbres. Le don de force s’exerce non seulement dans la vie spirituelle et l’apostolat mais aussi dans l’acceptation patiente et confiante de la souffrance voire de la maladie. D’une manière particulière, la force, don de l’esprit saint s’exerce dans le désir de perfection et dans tout acte héroïque, comme l’amour des ennemis et les purifications passives. Mais, le don de force atteint son sommet dans le martyre. Bibliographie Aquinas, M., The Sanctifier (a translation of El Espiritu Santo by M.Martinez), St Anthony Guild Press, NJ, 1957. Beaucamp, E., "Forza", in Dizionario di Teologia Biblica, Torino, 1971, pp. 422-425. Bernard, Ch., "FORCE", in Dictionnaire de Spiritualité, T.V, Paris, 1964, pp. 686-694. Gardeil, A., "Dons du saint Esprit", in Dictionnaire de Théologie Catholique T. IV, 1728-1781. Goffi,T., "Fortezza", in Dizionario Enciclopedico di Spiritualità /2, Roma,1990, pp. 1020-1024.
Notes
Catholicisme, hier aujourd’hui demain, Tome IV, Letouzey et Ané, Paris, 1956 , p. 1443. 2 L’Antéchrist, dans le crépuscule des idoles, Paris, 1910, p. 244 — Cité par Goffi, T., dans Dictionnaire de Spiritualité, Tome V, Paris, 1964 , p. 691. 3 Gardeil, A., "Dons du Saint-Esprit" dans Dictionnaire de Théologie Catholique (DTC),Tome VI, 2, Letouzey et Ané, Paris, 1924, p. 1746. 4 Jacquemet, G., Catholicisme, p. 1447. 5 Aquinas, M., The Sanctifier (English translation of El Espiritu Santo of Martinez), Patterson, 1957, pp. 136-137 Jacquemet,G., op. cit., p. 1447. 6 Goffi, T., Dizionario Enciclopedico di Spiritualità/2, Città Nuova Editrice, Roma, 1975, p. 1020. 7 Le philistin terrorisait ses adversaires par son armature : Cfr 1 Samuel 17,1-11: "A quoi bon sortir pour vous arranger en bataille ? Donnez-moi un homme, pour que nous combattions ensemble. .. Quand Saul et tout Israél entendirent ces paroles du philistin (Goliath), ils furent conssternés et ils eurent très peur". 8 St Paul dans sa lettre aux Philippiens abonde dans le même sens en disant "Je peux tout en celui qui me donne la force" (Phil.4, 13) Cfr aussi Bernard, Ch. A., Dictionnaire de Spiritualité, p. 692. 9 Gardeil, A., op. cit., p. 1748. 10 Aquinas, M., The Sanctifier (English translation of El Espiritu Santo),Patterson,1957, pp. 136-139. St Paul nous éclaire bien sur la lutte de deux principes d’action dans Gal.5,16-25; Rm 8,14-24. 11 Bernard, Ch. A., op. cit., p. 692. 12 Goffi, T., dans op. cit., p. 694. 13 "Si on prend l’habitude de la distance juste, les rapports avec les autres en sont simplifiés et améliorés. On évite à la fois la familiarité excessive et l'indifférence. Ceci vaut à tous les niveaux, entre nations, entre partis politiques, entre parents et enfants, entre amants. Respecter la distance juste n’est pas une tache aisée. Elle demande de la perspicacité, de la patience et de l'imagination. Elle est sans cesse à reprendre et n’est jamais terminée" ( J.De Bourbon, cité dans Theo, l’encyclopédie pour Tous).
Réf. : Texte de l'auteur. Mai 2002.
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