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James
H. Kroeger, M.M. Une lettre pascale à la société de Maryknoll et à l'Église américaine
Présentation : La semaine pascale de l'an 2000 vit le rassemblement de 5 missiologues de Maryknoll pour une conversation étendue sur la mission. Ils centrèrent leurs réflexions sur les réalités actuelles émergeant en Amérique ; cependant leurs conclusions trouveront certainement une résonance dans les autres Églises locales et les autres pays.
En se plaçant dans la perspective de "la mission comme don" ils ont exploré plusieurs aspects de la mission négligés aujourd'hui. Leur expérience outre-mer, couplée avec l'écriture sainte et l'enseignement de l'Église, leur a permis d'évaluer la conscience et l'engagement missionnaire des catholiques américains aujourd'hui. La nature pascale de la mission chrétienne a été au centre de leurs échanges qui durèrent toute une semaine. D'une façon paradoxale, pour les missionnaires chrétiens, perte, sentiment de vacuité, désespoir et échec apparent contiennent la semence pour une appréciation nouvelle du don de la mission. Ces conversations durant l'octave pascal ont permis d'affirmer une fois encore que la mission a toujours un caractère pascal; l'évangile de Pâques va constamment de la vanité jusqu’aux limites de la terre [James H. Kroeger].
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Chers amis dans le Seigneur Ressuscité, Nous sommes cinq missionnaires de Maryknoll, missiologues engagés dans une recherche sur le service d'évangélisation de l'Église dans un monde pluri culturel. Les Églises locales en Asie, en Afrique, en Amérique latine nous ont accueillis comme participants à leur témoignage donné à Jésus Christ. Durant l'octave pascale de l'année jubilaire, nous nous sommes rencontrés pour discuter de la mission en général, et de la contribution de notre institut, la société catholique des Missions Étrangères d'Amérique, à cette entreprise. Dans le cours de nos conversations, nous avons décidé de rédiger la réflexion suivante sur la mission et de vous l'envoyer. Jusqu'au début du siècle dernier, le Saint Siège considérait les États-Unis comme un "territoire de mission" dépendant directement de ses bureaux pour la mission. En 1908, cependant, le pape Saint Pie X reconnaissait la maturité de l'Église aux USA et mettait fin à cette désignation. Par gratitude envers le service missionnaire rendu à la communauté catholique américaine, nos évêques décidèrent d'établir un institut américain dédié à l'œuvre d'évangélisation de l'Église parmi les nations. En 1911, cette initiative a donné naissance à Maryknoll, la Société Catholique Américaine pour la Mission ad gentes. Alors que nous nous réunissons au soir du dimanche de Pâques, l'histoire des disciples et de Jésus sur la route d'Emmaüs (Lc 24, 13-35) nous rappelle que beaucoup de choses ont changé dans l'Église et le monde qu'elle sert depuis 1911. Les disciples étaient heureux du ministère de Jésus, mais sa croix a écrasé tous leurs espoirs. Quand nous sommes entrés à Maryknoll, nous nous réjouissions avec fierté de l'histoire et de l'esprit des missionnaires qui nous avaient précédé. De fait nous pourrions avoir utilisé les mots des disciples décrivant Jésus pour les appliquer à nos prédécesseurs dans la mission, au début du XX° siècle. Comme Jésus, ils étaient "puissants en paroles et en actes" (Lc 24, 19). Nous désirions fortement être comme eux : des évangélisateurs pleins d'imagination, une forte influence pour le bien dans le monde. Mais nous sommes tombés court par rapport à notre but, et un sentiment de vide confondant nous a saisis. Beaucoup de nos compagnons catholiques américains, et même beaucoup de nos frères et sœurs missionnaires, semblent indifférents à la mission. Une vertu essentielle pour être une communauté évangélisatrice, l'amour de l'Église comme institution humaine fragile, a été remplacée par un cynisme facile à propos du credo, de l'autorité et de la tradition. Alors que les vocations missionnaires décroissent vertigineusement, une anxiété causée par la crise des missions s'empare des missionnaires. Impuissants à changer le cours des événements, bien des missionnaires cherchent un réconfort en se gardant occupés jusqu'à la fermeture inévitable de leur institut. Vraiment une peine inexprimée a saisi les communautés missionnaires de notre Église américaine. Un sentiment d'inutilité est soudain descendu sur nous et comme les disciples sur la route d'Emmaüs, nous nous en éloignons. De même que l'histoire d'Emmaüs nous parlait de la situation présente de la mission, l'histoire de Jésus rencontrant la Samaritaine au bord du puits (Jn 4, 4-42) a rejoint bien des thèmes qui ont émergé de nos discussions. "Si seulement tu savais le don de Dieu, et qui est celui qui te demande à boire, c'est toi qui le lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive" (Jn 4, 10). Si seulement nous reconnaissions le don de Dieu dans la mission ! Peut-être alors ce sentiment de vanité qui nous a saisi d'une façon inattendue contient-il la promesse de la révélation du don de Dieu ? Reconnaître le Don Durant notre échange plusieurs aspects négligés de la mission ont attiré notre attention. En présentant ces données essentielles à votre considération, nous savons ne pas épuiser la splendeur et la gratuité de la mission.
Jésus le missionnaire donne corps à la soif humaine de s'abandonner à Dieu le Père. Dans sa Pâque, le Verbe du Père témoigne que l'amour qui nous dépossède de nous même, nous rend finalement humain. Dans sa croix, le don de Dieu offre la compassion qui rend la culture vraiment humaine. La mission, donc, est le don, né en Dieu, d'un amour pour l'autre qui est dépossession de soi.
À travers son passage sur terre, le Christ s'enfonce fermement de plus en plus profond dans sa propre pauvreté humaine et sa faiblesse. L'Esprit envoie Jésus au désert, le royaume de la mort où le frêle être humain ne peut compter que sur Dieu seul. Exposé aux dangers des régions désertiques, Jésus est confronté aux distractions du Menteur. Satan tente le Seigneur affamé et assoiffé, non pas par un mal évident, mais avec un bien apparent. C'est seulement après cette épreuve du désert que Jésus retourne avec la puissance de l'Esprit, entre à la synagogue de Nazareth et commence sa mission libératrice (Lc 4, 1-19). Longtemps après son baptême par Jean Baptiste dans le Jourdain, Jésus annonce qu'il a encore "un baptême à recevoir" (Lc 12, 50). Mais la marche de Jésus vers Jérusalem n'est pas une quête de la souffrance pour elle-même, ce n'est pas une bénédiction de son traitement comme victime. Tout au contraire, c'est sur la croix que l'amour humanisant de Jésus pour le Père et son prochain se manifeste parfaitement. Dépouillé de puissance en parole et en acte, le Christ missionnaire accompli évangélise en plaçant sa foi en Dieu seul. Par sa croix qui le vide totalement de lui-même, Jésus se confie tellement à Dieu que la tombe ne peut pas le retenir. Hier, aujourd'hui et pour toujours, le visage du mystère pascal est cette face de "cette Étoile du Matin, qui est remontée d'entre les morts, et répand sa lumière de paix sur toute l'humanité (Exultet). Le Père remplit de son Esprit son Christ totalement vidé, et envoie son missionnaire ressuscité aux disciples pleins de peur (Jn 20, 19-21). Seul celui qui est remonté d'entre les morts peut offrir le don d'une mission trans-culturelle. Sa disposition pascale seule peut insuffler la vie à l'activité missionnaire de l'Église aujourd'hui. Le don de la mission a un visage : celui du Christ et aucun autre. Le don de la mission a un nom : celui de Jésus et aucun autre.
Jésus le missionnaire est mort par amour pour gagner l'Église "qui est la semence et le commencement du Royaume de Dieu" (Lumen Gentium 5), et lui donner sa capacité. Comme le Christ, l'Église existe pour servir Dieu et la famille humaine. Comme la femme de Samarie, elle appelle les individus et les sociétés pour qu'ils rencontrent le Christ, qu'ils participent à la destinée pascale de l'humanité, et qu'ils partagent ainsi la vie divine. En vivant l'initiation sacramentelle dans la mort et la résurrection du Christ, les hommes et les femmes se donnent eux-mêmes au service du Royaume avec le Seigneur. Ils portent le don de sa mission libératrice aux autres êtres humains et, de fait, à l'univers qui attend impatiemment de participer à la liberté glorieuse des enfants de Dieu.
Tout comme dans la rencontre entre Jésus le missionnaire et la Samaritaine, le don de proclamation offre le premier moyen pour éveiller des hommes et des femmes à leur soif la plus profonde, leur besoin d'exister pour l'autre d'une façon pascale. Par la proclamation, le baptisé permet à d'autres de rencontrer Jésus, de connaître la plan salvifique de Dieu dans le Christ et de se donner eux-mêmes au Christ et à son Église. C'est vrai que la proclamation n'est pas une action exclusivement unilatérale. La rencontre entre Jésus et la Samaritaine se développe dans un échange plein d'allant. La proclamation se trouve être semblablement réciproque. Comme le Saint Père nous le rappelle dans son encyclique Redemptor Missio (2), "La foi est renforcée quand elle est donnée aux autres !".
En réfléchissant à ces cinq aspects négligés de la mission que nous venons de mentionner, nous n'avons pas l'intention de faire affront à d'autres éléments fondamentaux de la mission. Plutôt, nous croyons que si nous portons notre attention sur ce qui a été oublié, nous pouvons reconnaître plus clairement le don de la mission dans sa totalité avec toutes ses parties indispensables et interconnectées. S'il ne peut y avoir de don sans la Trinité, le mystère pascal, l'Église, la proclamation et la conversion, il ne peut aussi y avoir aucun don sans le témoignage dans les affaires de la vie quotidienne, dans le culte, dans l'engagement pour le bien commun et un dialogue attentif avec nos frères et sœurs d'autres croyances. Si seulement nous reconnaissions le don de Dieu dans sa merveilleuse complexité ! En résumé, la mission nous montre d'une façon incomparable que tout est don. En vérité, le terme mission exprime tout ce qu'implique l'amour divin. Il identifie le cours, le dynamisme et la constance de la présence de Dieu à travers toute l'amplitude de notre création qui gémit et agonise. Par son don pascal de lui-même en Galilée et à Jérusalem, Jésus gagne son Église, une communion vulnérable au pessimisme et à l'institutionnalisme. Dans son service d'évangélisation auprès de ceux qui ne connaissent pas le Christ et de ceux qui ne le connaissent qu'à travers une proclamation restant courte par rapport à la richesse de l'Évangile, l'Église lutte pour garder sa foi dans le Seigneur. La proclamation ainsi dure comme union au Seigneur du côté blessé duquel coule le véritable culte en esprit et en vérité. En offrant à tous le don de la conversion scellé par l'initiation chrétienne, l'Église continue l'œuvre de rédemption jusqu'à ce que le Seigneur revienne. Du baptême jaillissent des flots d'eau vive, une abondance de prière, de témoignage et de solidarité avec les pauvres et les opprimés, d'inculturation, et de recherche en dialogue "des semences du Verbe". Recevoir le Don Dans leur conversation, Jésus amène la Samaritaine à sortir d'elle-même. Elle reçoit le don d'une façon qui convient. Comment répond-elle ? Elle rejoint la ville et invite les autres à venir et recevoir eux-mêmes le don. Comme la femme de Samarie, les catholiques américains ont reconnu Jésus Christ et l'ont offert à d'autres. Des générations de catholiques américains ont reçu le don de la mission d'une façon qui convient à cette œuvre divine. Des millions, dont beaucoup de pauvres et de personnes nouvellement arrivées dans ce pays, ont généreusement tendu la main aux prochains d'autres continents. Des milliers se sont donnés outre-mer comme religieux et clergé missionnaires. L'éducation à la mission, et sa promotion ont fleuri dans les paroisses à travers notre pays. Bien des américains ont porté un témoignage missionnaire héroïque. Comme membres de Maryknoll, nous nous rappelons avec satisfaction le service pascal de Francis X. Ford et Patrick Byrne. Comme le Christ, ils aimaient l'Église et ont donné leur vie pour elle. La foi des catholiques américains a conduit des millions de personnes dans le monde à la connaissance et à l'amour de Dieu en Jésus Christ. De même qu'il y a une manière adéquate de recevoir un don, de même y a-t-il une façon inappropriée de recevoir les faveurs du Seigneur. Dans sa lettre encyclique sur la mission, Redemptoris Missio (2), Jean Paul II commente la réponse ordinaire à la mission qui est incompatible avec ce don : "Aujourd'hui il y a une tendance négative indéniable… L'activité missionnaire spécifiquement dirigée vers "les nations"… semble s'estomper… Des difficultés à la fois internes et externes ont affaibli l'effort missionnaire de l'Église vers les non-chrétiens, un fait qui devrait préoccuper tous ceux qui croient au Christ. Car, dans l'histoire de l'Église, l'effort missionnaire a toujours été un signe de vitalité ; de même que sa diminution est un signe de crise dans la foi". Nous devons résister à l'idéalisation du passé tout comme nous devons lutter contre la condamnation du présent. Des historiens impartiaux peuvent pointer bien des occasions où l'Église a manqué de recevoir le don de la mission. Aujourd'hui, des observateurs objectifs trouvent des exemples abondants de joyeuses et fidèles réceptions de ce don. Cependant, à notre époque, de nouvelles formes de soupçon, d'incompréhension et d'indifférence obscurcissent souvent le don de la mission. Tragiquement, beaucoup de personnes au sein de la population catholique en général et au sein des instituts missionnaires, associent la mission à une violation de l'autre, à un rapetissement de la religion ou de la culture de l'autre, et avec l'exaltation d'une Église institutionnelle pécheresse, dont la doctrine, les structures sociales et les traditions contredisent l'Évangile. À l'occasion, des missionnaires expriment leur peur d’inviter d'autres à entrer dans l'Église catholique. Le déclin continu du nombre des catholiques américains choisissant de servir comme missionnaires reflète un affaiblissement de la foi largement répandu dans notre communauté. Certains prétendent que la culture de l'Atlantique Nord ferme nos cœurs au don de la mission. Il y a des habitudes de conduites et de pensées dans notre société qui bloquent la route de la mission : par exemple, la dépendance par rapport à la consommation, la croyance populaire que la bonne conduite personnelle définit la religion, une spiritualité douce et envahissante de croissance et d'enrichissement individuel et la croyance intellectuelle dominante que toutes les religions sont également utiles ou également inutiles. Certains membres du clergé américain et certains religieux marginalisent la mission en réduisant le ministère de l'Église au service des fidèles catholiques. Finalement, ce qui est peut-être la conception fausse la plus attractive et la plus nocive à propos de la mission a beaucoup d'avocats dans l'Église elle-même. Beaucoup de missionnaires américains, comprenant des missionnaires de Maryknoll, regardent la mission comme étant presque entièrement orientée à faire du bien aux pauvres et aux opprimés outre-mer. Ainsi, des tentations tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Église nous empêche de recevoir le don de la mission. De nouveau, retournons à l'histoire de Jésus et de la Samaritaine. Dans leur conversation, Jésus dévoile à la femme sa situation réelle. Il lui dit : "Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari" (Jn 4, 17). La reconnaissance de ce qu'elle vit amène la Samaritaine à devenir missionnaire. Il lui importe que les autres ne connaissent pas le Christ. Aussi, elle entre en ville et invite les autres à "venir et voir quelqu'un qui m'a dit tous ce que j'ai fait. Ce pourrait-il qu'il soit le Messie ?" (Jn 4, 29). En cherchant la vérité par rapport à nous-mêmes, nous aussi trouvons notre chemin vers la mission. C'est pourquoi, durant notre semaine pascale de discussions sur la mission, nous avons utilisé les questions suivantes pour évaluer notre propre réception du don de la mission : Est-ce que cela m'importe que les autres ne connaissent pas Jésus qui donne sens à notre souffrance? Est-ce que je suis troublé qu'ils ne puissent le reconnaître dans l'Église, la communauté de ses disciples ? Ces questions sont valables pour tous. Offrir le Don Dans le quatrième chapitre de son évangile, Jean raconte comment Jésus suscite un prédicateur de l’Évangile et ouvre une voie pour l'évangélisation. L'identité personnelle se trouve être le facteur clef et pour la naissance d'un évangélisateur et pour la création d'une méthode missionnaire. À partir de la proclamation de Jésus, la femme de Samarie passe de la dénégation à la reconnaissance du vide de son existence. Cette conversion fait d'elle un évangélisateur. Quand Jésus lui demande de chercher son mari, elle répond : "Je n'ai pas de mari". Jésus alors construit sur cette honnêteté prudente de la femme et révèle sa véritable identité : "Tu es vraie en disant que tu n'as pas de mari… Le fait est que tu en as eu cinq et que l'homme avec qui tu vis maintenant n'est pas ton mari" (Jn 4, 17-18). L'histoire de la vie de la femme parle d'un excès de vide. Vide d'engagement, manquant de confiance, sans stabilité, n'importe quel portrait de ce futur évangélisateur ne serait pas une très belle image. Sûrement, Ce n'est pas l’aouto-portrait attendu d'un candidat à un institut missionnaire. La conversation sur l'identité de la femme continue. La Samaritaine dit à Jésus : "Je sais que le Messie doit venir…Quand il viendra, il nous apprendra toute chose". Jésus alors proclame : "Moi qui te parles, je le suis" (Jn 4, 25-26). Après cela la femme part en ville. Là elle proclame la nouvelle sur Jésus, précisément en rappelant à chacun qui elle est exactement en leur disant : "Venez et voyez quelqu'un qui m'a dit tout ce que j'ai fait !" (Jn 4, 29). En offrant aux autres le don d'un ego endommagé, la femme rejoint immédiatement son audience et les appelle à sortir pour rencontrer Jésus. Merveilleusement, les "semences du Verbe" ont été plantées dans la stérilité de sa vie chaotique. Se pourrait-il que les autres suivent la femme en dehors de la ville à la rencontre de Jésus parce qu'elle peut parler d'une façon si convaincante du vide de son existence ? Dans cette lettre, nous avons parlé d'un vague malaise mental et moral à propos de la mission dans l'Église catholique américaine et dans les instituts missionnaires y compris le nôtre. Souvent, nous-mêmes, nous nous sentons prisonniers de ce sentiment indéfini de trouble. Nous sentons ce malaise, mais nous ne sommes pas capables d'identifier sa source avec assurance. Dans nos moments de crainte, nous prions pour avoir l'honnêteté de Marie Madeleine. Alors qu'elle se tenait près de la tombe, en grande détresse, des anges lui demandent pourquoi elle pleurait. Marie répond : "Parce qu'ils ont emmené le Seigneur, et je ne sais pas où ils l'ont mis" (Jn 20, 13). Confrontés au vide de cette époque, puissions-nous avoir le courage, comme Marie, de reconnaître que nous ne savons pas comment et où trouver exactement ce dont nous avons besoin pour résoudre la crise. Dépouillés de toute solution, nous croyons néanmoins que la persévérance servira le Royaume de Dieu. Nous considérons des choses simples, de base, indispensables : notre besoin les uns des autres, notre besoin de nous respecter les uns les autres, notre besoin de nous pardonner les uns les autres, notre besoin d'interpréter les actions de l'autre dans la lumière la plus favorable. À propos des éléments de base, Jean Paul II enseigne que "le témoignage de notre vie chrétienne est la première et irremplaçable forme de la mission" (Redemptoris Missio, 42). Il continue ensuite : "le témoignage évangélique que le monde trouve le plus interpellant est celui de l'attention pour les personnes, de la charité envers les pauvres, les faibles et ceux qui souffrent" (42). Il a raison. Une telle forme première de témoignage est sans question très valable, fidèle au Christ, et attirante. Il est absolument nécessaire pour tout effort missionnaire. Une telle bonne œuvre promet aussi que nous, les missionnaires, auront notre place méritée sur les hauteurs morales. Le monde, d'une façon routinière, considère le témoignage évangélique qu'il trouve le plus interpellant comme une confirmation raisonnable de ses propres préjugés moralistes. Qui oserait questionner une disposition bienveillante pour faire le bien et promouvoir le bien être des autres ? Quand le missionnaire Jésus a commencé son ministère libérateur à la synagogue, son annonce de la justice jubilaire n'a offensé personne. Au contraire, "Ils s'étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche" (Lc 4, 22). Mais quand Jésus dépouille les Nazaréens de leur propre auto satisfaction et questionne leur attitude de supériorité, ils le chassent hors de la ville (Lc 4, 23-30). Que ce soit à Nazareth ou sur le route d'Emmaüs, l'évangélisation traite avec des croyances précieusement gardées sur ce qui est incontestablement valable et ce qui incontestablement fait sens. Aujourd'hui, alors que le don de la mission évoque plus de malaise que d'émerveillement, il se peut que le témoignage que nous, missionnaires, devons offrir nous dépouillera de toute respectabilité mondaine. Il est vrai que le témoignage pour une cause humanitaire interpelle fortement le monde; le témoignage pour une cause un peu folle, une cause vide, ne le fait pas. Que ce soit dans l'Église ou le monde, le don de la mission apparaît souvent comme une perte de temps quand tant de bonnes choses ont besoin d'être faites. Quand les besoins du monde sont si pressants, pour quoi ne pas négliger tout ce jargon théologique mystérieux à propos de la vie trinitaire, du dynamisme pascal du Christ, et d'une Église qui doit évangéliser ? Pourquoi ne pas se contenter des éléments essentiels et raisonnables de la mission ? Comme le Saint Père l'exprime clairement, offrir si peu ne peut satisfaire la soif de l'humanité : " La tentation aujourd'hui est de réduire le christianisme à…une pseudo science du savoir vivre… Nous savons, cependant, que Jésus est venu apporter le salut intégral, un salut qui embrasse la personne toute entière et toute l'humanité, et ouvre sur la perspective merveilleuse de la filiation divine. Pourquoi la mission ? Parce qu'à nous, comme à St Paul,"cette grâce nous a été donnée, de prêcher les insondables richesses du Christ aux païens" (Eph 3, 8). La nouveauté de la vie en lui, telle est la "Bonne Nouvelle" pour les hommes et les femmes de tous les âges : tous y sont appelés et destinés. En fait, toutes les personnes recherchent cela" (Redemptoris Missio, 11). Un monde désespéré pour la convenance, accueille les missionnaires qui remplissent leur propre vacuité par des actes raisonnables et émouvants de témoignage bienveillant. Mais en satisfaisant la demande de vertu, les missionnaires risquent d'oublier que l'Église et son évangile se répandent jusqu'aux extrémités de la terre à partir d'un tombeau vide. C'est ce vide et notre façon de l'embrasser qui peuvent atteindre les extrémités de la terre et les tourner vers le Christ. Un mot final Dans l'évangile de Jean, Jésus disait à ses disciples : "Ouvrez les yeux et voyez! Les champs sont prêts pour la moisson" (Jn 4, 35). Au moment de retourner dans les Églises locales outre-mer où nous servons, nous sommes reconnaissants pour les nombreux signes d'un nouveau printemps de la mission. Durant notre semaine pascale de discussion, une vérité paradoxale est devenue claire pour nous : ce qui paraît peser contre la mission – notre perte, notre vacuité – est le joug même qui nous équipe pour la mission, juste comme il l'a fait pour la Samaritaine. Les chrétiens qui s'aventurent à parler du Christ se dépouillant de lui-même doivent incarner dans leur propre vie le message qu'ils proclament. Le serviteur fidèle du Royaume de Dieu personnifie le leader pascal. En accord avec ceci, Francis X. Ford nous rappelle le don pascal : "La croix la plus dure à porter dans la vie est la pensée que nous perdons notre temps, que nous sommes inutiles, que le monde se précipite en avant, alors que nous, apparemment, n'avons pas encore trouver notre chemin… Dieu a besoin de nous là où nous sommes… Nous sommes seulement trop portés à rechercher des consolations raisonnables dans notre travail missionnaire… Le remède à cette condition centrée sur soi est la contemplation et le service de Dieu. La contemplation nous fait sortir de nous-mêmes et centre notre attention sur Dieu; le service de Dieu découle instinctivement de notre contemplation" ("God needs us", Stone in the King's Highway). La contemplation du Dieu qui offre la mission comme un don trinitaire, ecclésial et pascal, tire la promesse du service de notre vacuité. Vraiment, l'évangile de Pâques passe toujours du vide aux extrémités de la terre. Que la Paix de Pâques soit avec vous ! Vos frères, John Gorski, Kevin Hanlon, Jim Kroeger, Bill laRousse, Lance Nadeau.
Réf. : Traduit de l'anglais par Ph. Bedin, service de documentation, Œuvres Pontificales Missionnaire – Coopération Missionnaire, Paris.
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