Cardinal Stephen Sou Hwan Kim - Archevêque de Séoul, Corée du Sud
La mission évangélisatrice en Corée du Sud pour le troisième millénaire


L'histoire récente

1. Les années '50

De 1950 à 1953, durant toute la durée de la guerre, la Corée est mise à feu et à sang. Les pertes humaines, de nos citoyens seulement, atteignirent le chiffre de 2.400.000 personnes.

La guerre finie, l'Église catholique a aidé le peuple plongé dans l'abattement. Du Catholic Relief Service (CRS), organisme caritatif de l'Église des États-Unis, fut reçue une aide en soins médicaux, vivres et vêtements. Ce filet de lumière, par amour du prochain tombé dans le désespoir, a grandement soutenu la croissance de l'Église dans les années 50.

2. Les années '70-'80

Depuis 1970, la dictature militaire inaugurée en 1961, considérant une croissance économique rapide comme but de sa politique, a certes obtenu beaucoup de succès dans l'ordre économique, mais a eu pour résultat de réduire l'homme à n'être qu'un instrument de progrès économique et une valeur marchande. Aussi les droits de l'homme furent-il, violés, le matérialisme tout puissant déferla-t-il et la corruption s'étendit-elle !

L'Église, d'une part, s'efforça de convaincre de l'importance de la dignité humaine, des droits des travailleurs ainsi que de la lutte contre la corruption. D'autre part, se faisant le porte-parole des travailleurs, elle participa activement au mouvement de défense des droits de l'homme. Le fait que l'Église s'engage ainsi sur de s problèmes actuels, est dû à l'influence du deuxième Concile du Vatican. Le Concile a déclaré : "les joies et les espérances des hommes de ce temps, leurs tristesses et leurs angoisses, tout particulièrement celles des pauvres et de ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ" (Constitution pastorale sur l'Église dans le mode de ce temps, § 1).

Comme le Christ, l'Église doit s'efforcer de vivre avec le monde en étant dans le monde, de travailler avec lui et de servir tous les hommes. Parce que le Christ, par son sang, en a payé le prix, la dignité de l'homme sauvé ne peut être acquise par le moyen de quelque que ce soit, politique ou économique, j'en ai l'assurance.

Fondée sur cet esprit, l'Église de Corée a pensé qu'il lui fallait être prête à sacrifier jusqu'à sa vie pour le salut des hommes. Ainsi, la Cathédrale de Myeondong est devenue un haut lieu d'opposition au mensonge, à la malhonnêteté et à l'injustice.

En outre, une suite de grandes célébrations de dimension nationale a influencé la diffusion de l'Évangile : en 1981, célébration du 150e anniversaire du diocèse, en 1984, célébration du 200e anniversaire de l'introduction du catholicisme, au cours de laquelle Jean-Paul II, à l'occasion de sa première visite en Corée, procéda directement à la canonisation de 103 martyrs Coréens ; enfin, en 1989, le Congrès Eucharistique International, en présence encore une fois du Pape.

3. Les années '90

A partir de la fin des années '80, l'Église s'est trouvée confrontée à un nouveau problème : les méfaits qu'entraîne la croissance économique.

Avec la prospérité continue, l'époque de "ma" voiture arrivant enfin, dès qu'ils roulent en voiture, les gens sont tentés par le goût de la richesse matérielle et négligent les nourritures spirituelles. La civilisation matérialiste, arrachée par la force et la sueur, est devenue un piège qui ronge l'homme dans son être spirituel. Chez ceux qui sombrent dans le bourbier du matérialisme, le Christ n'a plus de place.

Dans ce contexte, l'Église, en même temps qu'elle fait son examen de conscience, pousse à l'intensification de programmes de formation des fidèles et des communautés de base.

En outre, prenant la mesure d'une mission plus active dans et hors de l'Église, ont été créés dans le diocèse de Séoul : une station de radio, une chaîne de télévision (appelée PBC), et en plus de la presse catholique déjà existante, un hebdomadaire, le Journal de la Paix. Des efforts sont également faits pour offrir un lieu d'éducation correcte à un maximum de jeunes, en élargissant la facultéde théologie en une université catholique.

Dans la seconde moitié des années '90, notre pays fut balayé par la vague déferlante du FMI qui frappa sans prévenir. Ce fut la foudre. Fascinés par le miracle de la bulle économique, le pays et le peuple accusèrent le coup.

Était-ce un avertissement venu de Dieu ? Non, je crois plutôt que Dieu nous fournissait une occasion. Car le pays et le peuple, émergeant du rêve, ont retrouvé leur être véritable.

Le choc fut grand. De nombreuses moyennes et petites entreprises s'effondrèrent et le chômage se développa. Bien sûr, l'Église, cette fois encore, ouvrit des centres d' accueil pour les chômeurs, des restaurants gratuits pour chômeurs et "sans domicile", des classes de rattrapage pour enfants pauvres : façon de partager leurs souffrances !

Nos concitoyens, devant l'épreuve, ont la caractéristique de fournir une force prodigieuse. Cette fois encore, il n'y eut pas d'exception. A présent, tous, unissant leurs forces, se redressent et vont de l' avant.

Dans l'Église, même après les années 90 qui ont vu la fièvre de la croissance explosive des années précédentes retomber, chaque année, 100 à 150 nouveaux prêtres sortent du séminaire et on baptise quelque 150.000 personnes.

 

Les acteurs principaux de la mission évangélisatrice

  • L'activité apostolique des laïcs

Dans l'Église de Corée, l'activité apostolique est très grande, digne de la tradition d'une Église fondée par des laïcs. On peut présenter cette activité de la façon suivante :

En tout premier lieu, suivant leurs buts propres, il y a de nonmbreux mouvements apostoliques de laïcs : Cursillo, Légion de Marie, Renouveau charismatique, Légion bleue, Conférence de Saint Vincent de Paul. Ensuite, viennent les groupes d'apostolat de laïcs, en fonction de leur lieu de travail : écoles, fonction publique, entreprises. Troisièmement, on trouve des groupes apostoliques de laïcsorganisés dans presque tous les domaines : mouvements des magistrats, des journalistes, des artistes, des commerçants et industriels, des professeurs d'université, des étudiants universitaires, des jeunes travailleurs, ligue féminine, etc.

Ces mouvements apostoliques de laïcs, à travers des rencontres hebdomadaires ou mensuelles, se nourrissent de l'Évangile et sont acteurs dans la mission évangélisatrice. En particulier, 290.000 membres actifs et 250.000 membres auxiliaires de la Légion de Marie raprésentent une grande force pour la mission et le retour des plus ou moins pratiquants.

Les nombre de laïcs participant à l'apostolat représente les deux tiers de tous les fidèles.

 

2. La coutume des funérailles

Dans l'Église de Corée existe la coutume des funérailles, belle et illustre tradition vieille de deux siècles. Dans le cas de familles chrétiennes, bien sûr, mais aussi dans celui des baptêmes donnés à l'article de la mort. Lorsqu'il y a un décès, il y a prise en charge de toute la cérémonie funèbre par la confrérie des funérailles de la paroisse concernée, après arrangement avec la famille du défunt.

Pendant le temps habituel des funérailles, de 3 à 5 jours, tout est assuré par la confrérie : les groupes d'apostolat de la paroisse qui se relaient 24 heures sur 24 pour la prière des morts, l'accueil et l'information pour les visites de condoléan ces, et bien d' autres choses encore. Ainsi la famille du défunt peut recevoir ses hôtes dignement, le coeur tranquille. Une telle pratique des funérailles par les catholiques participe grandement à la mission en faisant bonne impression sur les gens.

3. Les rencontres bibliques

Dans chaque paroisse et diocèse, sont mis en place soit des cours bibliques par thèmes, soit des cours recouvrant l'Ancien et le Nouveau Testaments dans leur totalité ; par exemple : Le Semis des Saintes Écritures, La Bible en 40 semaines, La Bible en 100 semaines, se proposant de lire l'Écriture dans un laps de temps de un à trois ans. En particulier, dans le diocèse de Séoul, le groupe Bible des jeunes, qui a près de 30 ans d'âge, réservé aux seuls jeunes et étudiants, à travers des partages par groupe de six personnes et des sessions intensives de quatre jours, délivre des diplômes de "Serviteur de la Parole" à près de 3.000 jeunes par an. Ce mouvement se répand actuellement dans tous les diocèses du pays. En outre, en vue dune nouvelle évangélisation des fidèles, on met l'accent sur leur formation permanente, on invite des prédicateurs de l'extérieur pour le temps de l'Avent et celui du Carême. Chaque fois que l'occasion se présente, les groupes affermissent leur foi à travers homélies et méditation.

4. Le mouvement des communautés de base

La grande taille des paroisses, en surchareant le fardeau apostolique des prêtes, entraînel'affaiblissement de la capacité de service, de relation, de partage des communautés paroissiales. Elle fait naître aussi l'inquiétude de voir réduire le prêtre à un simple administrateur de l'Église et les fidèles à des individus perdus dans la masse. Ici, l'individualisme et l'anonymat font leur apparition, d'où dérivent l'accroissement des non-pratiquants comme la réduction de la participation liturgique et sacramentelle. Pour vaincre un tel effet, pernicieux et retrouver le visage normal des communautésparoissiales, la solution de rechange, c'est le mouvement des communautés de base.

Le diocèse de Séoul, dès 1992, en mettant en place une évangélisation tournée vers les années 2000, a tenté tout d'abord de rénover les paroisses. En proposant une nouvelle vision de l'Église, il a impulsé le changement des psroisses en "Assemblées constituées de communautés de base". C'était aller vers une Église dans laquelle les laïcs peuvent remplir leur tâche apostolique.

A cette époque, dans chaque paroisse, il y avait des rencontres de quartier. Mais cela ne constituait en fait que des relais pour faire connaître les consignes paroissiales, distribuer les tickets de confession à l'occasion des grandes fêtes (Noël et Pâques), faire connaîtreaux prêtres les besoins concernant le sacrement des malades ; bref, des subdivisions pour la gestion paroissiale. La transformation de ces rencontres de quartier en communautés de base devenait une affaire de première urgence.

D'abord, nous avons présenté aux prêtres cette nouvelle conception de l'Église. Puis, nous les avons formés à la nécessité des communautés de base et des divers "partages d'Évangile". Au début, la réaction des prêtres n'a pas été extraordinaire. On peut parler d'hésitation face à ces changements. A cause de la grande taille des paroisses, les prêtres, tout en voyant leur temps amputé par leur charge d' administration, restaient passifs devant la présentation d' un nouveau visage de l'Église.

Aujourd'hui, après dix ans, prêtres et laïcs, tous acceptent les communautés de base ; à travers les partages d'Évangile, ils saisissent sa force et concrétisent leur amour des pauvres et des laissés-pour-compte. Petit à petit, ils prennent le visage de communautés de base.

Dans chaque paroisse du diocèse de Séoul, on dénombre en moyenne cent groupes de quartier. Dix à douze d'entre eux constituent un district. Ainsi, dans le diocèse de Séoul, pour 200 paroisses, sont organisés 22.000 groupes de quartier et 2.000 districts : les femmes se réunissent par groupes de quartier, les hommes par districts. Actuellement, 17 % des groupes se réunissent une fois par semaine, 18 %, tous les quinze jours, le reste, une fois par mois. Les hommes, eux, généralement, se réunissent une fois par mois. Pour faire croître en communautés de base les groupes déjà existants, s'est avérée importante la formation des responsables de groupe et de district.

Formation des responsables de district et de groupe

Deux étapes de formation, ont été mises en place, de cinq semaines chacune. Actuellement, 70 % ont reçu cette formation.

• Contenu de la première étape de formation :

  • Pourquoi la paroisse constitue-t-elle un ensemble de communautés de base ?
  • Les sept temps du partage d'Évangile ;
  • Le rôle des responsables de groupe et de district.

• Deuxième étape :

  • Le nouveau visage de l'Église ;
  • Les différentes manières de partager l'Évangile ;
  • Une Eglise où l'on participe ;
  • Une nouvelle capacité de diriger ;
  • "Faire route ensemble", catéchèse catéchuménale, qui rapproche des communautés de base.

• Les résultats :

- Un étonnant changement apparaît, lorsque les curés de paroisse comprennent mieux les communautés de base et oeuvrent avec elles.

- Je l'ai signalé ci-dessus, à présent, hommes et femmes se réunissent à part les femmes, par groupes de quartier ; les hommes, par districts. En très petit nombre certes, il existe des lieux où l'on se réunit ensemble. 65 % des paroisses ont des réunions de district.

- A travers les partages d'Évangile, celui-ci commence petit à petit à montrer sa force d'imprégnation de la vie. Les paroisses où se développent les communautés de base portent des fruits étonnants pour la Mission. Par exemple, les districts de la paroisse de Gongdeok-dong constituent une zone pauvre. Le nombre des fidèles y est de 2.000 et celui des catéchumènes était en moyenne de 100 par an. Eh bien, en 1999, le nombre des catéchumènes s' élevait à 500.

- La communauté est en train de se rapprocher du visage d'intimité de la Trinité. Dans la communauté, on acquiert le sens du partage et de la communion fraternelle et, par la force de l'Évangile, on démultiplie l'action : par exemple, l'accueil des gens qui ont nouvellement emménagé, la visite des non-pratiquants, le rapprochement avec les malades et les pauvres.

Les points à reconsidérer

- Pour passer d'une Église cléricale à une Eglise-communion qui reconnaisse l'apostolat des laïcs, un changement d' appréhension par les prêtres d'un nouveau visage de l'Église est nécessaire.

- Le rôle d'un pasteur, capable de susciter la collaboration des laïcs et d'animer la communauté, doit faire partie de la formation au grand séminaire.

- Prêtres et laïcs ensemble, à travers les partages d'Évangile, doivent découvrir combien l'Évangile est chose étonnante.

- Aider les catéchumènes à rencontrer, d'eux-mêmes, le Seigneur vivant et ressuscité en les invitant à faire, et ce depuis le temps du catéchuménat, l'expérience de la communauté.

- On doit continuer la formation des animateurs de laïcs et l'éducation des fidèles.

- Il est important de préparer un programme, d'une part pour vaincre toute discrimination par l' âge, la profession, le statut social, le niveau d'éducation, et d'autre part, pour répondre aux défis de l'individualisme et de l'égoïsme.

Pour ce qui est du diocèse de Séoul, les communautés de base ont remplacé l' ancienne catéchèse catéchuménale par une nouvelle : "Faire route ensemble". Résultat : la déperdition des catéchumènes a pratiquement disparu. Ceux-ci sont accompagnés, depuis le début de leur formation, par les communautés de base (groupes de quartier et de district).

En outre, dans une partie du diocèse et des paroisses, la "Mission dans la rue" commence à porter du fruit. Dares certains groupes apostoliques, les membres se fixent un objectif de mission : conduire à la foi un ou deux incroyants par an. Its participent aux premières lignes de la mission, par leurs sacrifices et leur service.

La Mission à l'extérieur

On ne peut pas encore dire que le sens de la mission vers le monde, à commencer par l' Asie, soit développé. Toutefois il est possible d' affirmer qu'il est en train de se renforcer petit à petit. Actuellement, 414 personnes au total exercent une activité missionnaire à l'extérieur : 47 prêtres, 21 religieux, 325 religieuses. Ajouter à ceux-là : 19 étrangers (8 prêtres, 11 religieux et religieuses) et 2 laïcs (statistiques de décembre 1998).

C'est ainsi qu'un nombre important de personnes est envoyé pour la Mission à l'extérieur. Toutefois, en ce qui concerne l'Église de Corée, le zèle pour la Mission à l'extérieur n'est pas assez élevé. Cependant, la Mission concernant le pays voisin, la Chine, attire fortement. D' une part, la place tenue par la Chine parmi les objectifs missionnaires en Asie et dans le monde est très importante ; d' autre part, c' est une affaire de coeur que de vouloir, pour la Corée, retourner un bienfait : l'Évangile n'a-il pas été introduit ici à partir de la Chine ?

Une Mission évangélisarrice pour le 21e siècle

L'êtrere humainn vit dans l'espoir du futur. Ce futur ne peut être que dans la satisfaction de ses rêves et de ses aspirations. L'être humain sans espoir de futur n'est qu'un être mort. L'Église également, regardant l'avenir en face, porte l'espoir de l'évangélisation de l'humanité, autrement dit, de la venue du Royaume de Dieu qui est l'accomplissement du salut en Chrtst.

L'Église catholique de Corée, si elle a semé le grain par le sang des martyrs au 19e siècle, et si ce grain a germé et crû au 20e siècle, espère vivement porter abondamment du fruit au 21e siècle qui inaugure le troisième millénaire.

Le 21e siècle est devant nos yeaux. Si, en ce siècle, nous vivons avec pour idéal ce qù'on appelle la mondialisation, c'est-à-dire la volonté de l'unité de toute I'humanité où que ce soit, nous courons par ailleurs, le danger de l'ègoïsme et de la divinisation des biens de consommation.

A un tel moment l'Église se doit d'offrir aux gens la sérénité du cœur, fondée sur la paix et l'amour du Christ ; elle se doit de conduìre a la réconciliation le monde divisé en éveillant à la dignité de l'homme, en étant le sel qui empêche la corruption et la lumière qui illumine les ténèbres.

Seulement, cet espoir ne se réalisera pas si nous restons assis et attendons. Le Christ, le Fils de Dieu, devenu homme pour le salut de l'humanité, a connu la souffrance et pour finir la mort sur la croix. Il nous faut être prêts, nous aussi, à porter la croix et à supporter joyeusement le sacrifice et la souffrance. Alors, nous pourrons invoquer l'aide de l'Esprit Saint et nous comporter dans la gestion des affaires humaines à la lumière divine.

Dieu nous a envoyés en ce monde pour transmettre sa Bonne Nouvelle. C'est pourquoi la mission évangélisatrice n'est pas chose facultative. Disciples du Christ et peuple de Dieu, nous devons transmettre l'Évangile à tous, jusqu'au bout du monde.

Comme le Christ qui a suprêmement aimé les hommes jusqu'à livrer sa vie, prenant pour modèles nos martyrs qui ont donné l' exemple de la foi en suivant le Christ, nous devons mettre tout notre coeur à témoigner de l' amour de Dieu. Ainsi, je l'espère, dans ce nouveau siècle, l'évangélisation du monde, elle, portera d' admirables fruits.

Nous sommes, maintenant, assurément, dans une période de considérables changements. A un tel moment où le matérialisme et la sécularisation exercent une influence quasi absolue, ce qui est le plus nécessaire, ce ne sont pas les paroles mais le témoignage fondé sur l'exercice de l'amour. Au 5e siècle, Saint Jean Chrysostome, contemporain de Saint Augustin, s'exprimait ainsi :

« "Que votre lumière brille dans ce monde enténébré (cf. Mat 5,10)...". Si notre vie brillait vraiment, je n'aurais pas besoin de vous parler ainsi. Si nous étions en train d'agir selon la Parole de Dieu, non, je n'aurais pas besoin de vous parler ainsi. Si nous étions vraiment chrétiens, si nous vivions suivant l'enseignement de Jésus, il n'y aurait pas, non plus, d'hérésies. Mais, nous-mêmes, exactement comme des gens sans foi, nous aimons l'argent. Non, nous l'aimons plus qu'eux encore ! Et, comme eux, nous avons peur de la mort. Alors, comment pourraient-ils appréhender notre foi ? A partir de miracles ? Maintenant, il n'y a plus de miracles. A partir de nos paroles et nos actes ? Mais nos paroles et nos actes ne sont pas droits ! Ou à partir de l'amour ? Mais, où que l'on regarde, on ne peut trouver le visage de l'amour C'est pourquoi, mais quand sera-ce ?, non seulement rien n'ira plus tant que nous n'assumerons pas la responsabilité de nos péchés, mais encore, rien n'ira plus tant que nous n'assumerons pas la responsabilité des blessures causées à autrui» .

 

 Réf. : Mission de l'Église, n. 135, avril-juin 2002.