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Franz
Gassner, SVD «La Mission est une réalité unique mais complexe et diverse» (Jean Paul II, Encyclique Redemptoris Missio, n. 43). Le missiologue Stephen Bevans indique six éléments dynamiques de la mission1 : 1. Témoignage et Annonce, 2. Liturgie, Prière et Contemplation, 3. Justice, Paix et Sauvegarde de la nature, 4. Dialogue avec des hommes et des femmes d'autres religions et idéologies, 5. Inculturation, G. Réconciliation. Cet article ne propose pas le cadre pour des discussions concernernant la missiologie actuelle. J'en extrairai tout au plus quelques points importants pour la formation. Dans ce but je me baserai également sur les "Buts partiels" du nouveau concept de formation des Missionnaires de Steyl présents en Autriche. 1er But partiel : Epanouissement humain et spirituel en communauté responsable Témoignage de vie La formation à la vie missionnaire comprend entre autres un témoignage crédible de vie religieuse communautaire. Toute mission se construit sur un honnête témoignage de vie. Cela se réalise avant tout par «La vie et l'action, le témoignage et la solidarité et par une crédibilité vécue».2 L'Encyclique Redemptoris Missio de son côté affirme clairement : «on est missionnaire avant tout par ce que l'on est en tant que membre de l'Église, qui vit profondément l'unité dans l'amour, avant de l'être par ce que l'on dit ou ce que l'on fait» (RM, n. 23). C'est pourquoi dans notre Province, la formation se passe intentionnellement dans une petite communauté où des relations mutuelles plus proches de la vie et plus responsables sont possibles et nécessaires. On pourrait également parler d'une communauté religieuse qui prise d'une communauté assistée à une communauté responsable... Nous nous rencontrons, par exemple, régulièrement pour ce qu'on appelle des "sharings" (échanges). Nous y partageons la Parole de Dieu, les joies et les soucis de la vie à la suite du Christ. Évidemment cela n'est pas facile dans un contexte pluriculturel. Mais les participants grandissent en se mettant en question, en questionnant, en écoutant et en étant écouté. Ces efforts dans un cadre international constituent pour nous une contribution importante pour notre monde et notre Église de plus en plus interdépendants. «Nous reconnaissons que notre vie en communautés internationales ou interculturelles est quelque fois perturbée par suite de malentendus et de préjugés, et donc nous nous engageons de nouveau à devenir témoins de l'ouverture universelle de l'amour divin, dans nos rapports les uns avec les autres».3 Formation en situation Nous avons pris exemple sur l'Église latino américaine, c'est à-dire que nous essayons de vivre plus proches des hommes. Concrètement cela signifie que nous habitons en plein centre de la grande ville de Vienne, non loin de l'Université. Cela entraîne que nous faisons beaucoup de choses pratiques sous notre responsabilité personnelle, comme : faire les courses et la lessive, repasser, nettoyer et à l'occasion faire la cuisine. Comme tout le monde, nous traînons des sacs à provisions. Chacun sait où acheter le lait, quel est son "prix", mais aussi le "prix" de le transporter à la maison ! Engagement pour Justice, Paix et sauvegarde de la création Les chrétiens et surtout les religieux missionnaires sont responsables de bâtir un ordre mondial positif. Cette vérité se retrouve souvent dans des expressions théologiques comme «La mission de l'Église concerne tout l'homme et tous les hommes» ;4 «Comme le salut de Jésus Christ est universel et englobant, le missionnaire est concerné par toute la terre et par tous les aspects du salut» ;5 «Par le message de l'Évangile, l'Église offre une force libératrice et promeut le développement, parce qu'elle conduit à la conversion du cœur et de l'esprit» (RM, n. 59). Transposé dans la vie pratique dans notre communauté de formation, cela signifie que nous nous efforçons, par exemple, d'avoir un style de vie plus conscient et plus juste, individuellement et communautairement. Cela implique, par exemple, une option pour le commerce équitable. Cela signifie aussi une décision consciente pour une mobilité plus amicale avec le voisinage, même si au départ cela entraîne temporairement et financièrement des désavantages. Comme communauté de formation missionnaire nous nous demandons : Que faisons-nous, comment et pourquoi ? Comment dans ce monde globalisé, notre comportement et notre style de vie quotidiens agissent ils positivement ou négativement sur les autres ? Comment pourrions nous devenir plus proches de l'option du Christ pour les pauvres ? «Un élément important de notre style de vie doit être le sens des pauvres, les pauvres et les opprimés, les pauvres de Yahvé étant le lieu privilégié de l'inculturation. La solidarité, le combat pour la justice, la participation aux luttes des peuples sont une donnée essentielle de l'inculturation».6 Dans cet esprit nous essayons d'être levain, afin d'imprégner notre culture actuelle des principes chrétiens. «S'engager pour la justice signifie forcément s'engager soi même dans une vie concrète de solidarité avec les victimes de ce monde, par un style de vie simple, par des prises de positions politiques et par une présence active aux côtés des pauvres et des opprimés».7 Prière et Annonce La vie avec Dieu (la prière) et la proclamation de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ font partie intégrante de la formation missionnaire. Dans ce sens, nous essayons de témoigner en vue d'un monde solidaire et stable. Mais le regard de l'Église va au delà, il s'agit de stabilité et de solidarité permanentes, voire de salut éternel. Les hommes ont non seulement droit à l'aide au développement et à un niveau de vie décent (hardware), mais aussi aux réalités fondamentales sous-jacentes (software). C'est pourquoi la Parole de Dieu occupe chez nous une place centrale. Nous considérons l'annonce de la Parole de Dieu qui nous libère comme indispensable pour le développement spirituel responsable de l'humanité. 2e But partiel : Une formation solide Une formation scientifique solide est indispensable pour les candidats au sacerdoce de même qu'une formation approfondie pour les frères. En fait partie l'acquisition de connaissances positives et d'un savoir faire pratique dans les domaines de la théologie, des sciences religieuses, des cultures, des moyens de communication, des langues, etc. et pour les frères dans leur spécialité professionnelle. Les étudiants en théologie devront se confronter aux langues bibliques, à la tradition de l'Église ainsi qu'aux différentes manières actuelles d'annoncer l'Évangile. En outre, voici les points importants pour nous, missionnaires : Identité missionnaire La dimension missionnaire fait partie intégrante de l'identité chrétienne. La foi chrétienne, privée de sa dimension missionnaire, devient poussiéreuse, amorphe, culturellement pauvre et sans attrait. Un dimanche missionnaire peut donner à une paroisse une nouvelle impulsion et aux fidèles l'audace de témoigner personnellement. Je considère les religieux et les jeunes comme des stimulants indispensables de nos Églises locales. Ils sont les témoins dune foi vivante dans la famille, la paroisse, la nation, sur un continent et dans le monde et leur en sont redevables. «Si une communauté chrétienne est activement missionnaire, elle est aidée par là même à grandir dans sa propre foi. Le témoignage des missionnaires reste attractif même pour les non pratiquants et les non-croyants».8 Malheureusement, il relève encore souvent du "politiquement correct" de faire ressortir les seuls aspects négatifs de l'histoire missionnaire. Cela a sa place, sa nécessité et sa justification avant tout dans la formation responsable des missionnaires contemporains. Mais souvent, à côté des aspects négatifs, n'apparaissent pas les aspects positifs. Le témoignage concret et l'offrande de leur vie de milliers de femmes et d'hommes dans l'esprit de la Bonne Nouvelle, pour Dieu et pour les hommes, sont mis sous le boisseau. Leur engagement pour la construction d'écoles, d'hôpitaux, d'universités, et pour le service des pauvres durant les 100 ans écoulés est ignoré. Il serait bon d'avoir une attitude plus honnête à l'égard de sa propre histoire. Dialogue Dialogue et capacité à dialoguer sont des éléments essentiels dans la formation du missionnaire.9 En font partie non seulement les "Sharings" (échanges) mais aussi et surtout l'apprentissage et la prise au sérieux des cultures étrangères et des traditions religieuses. Dialogue ne signifie pas abandon de l'identité propre. Bien plus, dialogue et identité se conditionnent mutuellement. «Le dialogue inclut le témoignage de la foi, l'annonce de la Bonne Nouvelle. L'annonce suppose, en premier, le dialogue.... La conversion est l'œuvre de Dieu ; elle se réalisera quand Dieu le voudra.... Notre devoir c'est le contact avec les hommes, la diaconie, le dialogue, le témoignage de notre foil».10 J'ai été impressionné par le récit d'un étudiant indonésien vivant dans un milieu musulman. Tous ses amis du village étaient musulmans. Lui même appartenait à la minorité chrétienne. Ses amis l'épiaient pour savoir s'il accomplissait toujours son devoir dominical et assistait à la messe. Comme musulmans, ils attendaient de lui la fidélité à son identité chrétienne. Le Pape Jean Paul II considère le dialogue franc comme le chemin royal, «un dialogue qui n'a pas pour origine la tactique ou les intérêts personnels et qui n’est pas mené d'après notre volonté personnelle. Le dialogue doit permettre à l'autre de s'exprimer, avec estime et compréhension, et fortifier ainsi les valeurs essentielles, notamment la joie, l'espérance et le sens de la vies».11 Service «Tout homme qui a expérimenté le message du Christ comme bon et libérateur désire partager cette expérience».12 Les missionnaires sont les serviteurs de la joie. Ceux qui portent actuellement la responsabilité des missions ce sont les Eglises locales autonomes avec leurs évêques. Ces derniers nous invitent à collaborer à l'édification de l'Église locale. Les missionnaires y sont éminemment nécessaires, évidemment en collaboration avec les prêtres autochtones, les religieux et les chrétiens laïcs. De nos jours la mission n'est plus à sens unique. Depuis longtemps les Églises du Sud envoient des missionnaires au delà de leurs frontières. Elles rendent ainsi service à l'Église Universelle grâce à leurs charismes propres. Des missionnaires originaires d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique Latine sont actifs en Europe, par exemple dans la Pastorale des Migrants. La préparation et l'accompagnement de ces confrères dans leur difficile pastorale interculturelle sont un nouveau chantier pour les formateurs. «Appartenir à l'Église missionnaire universelle signifie donner et recevoir, partager ensemble, construire une communauté à l'échelle planétaire dont l'unité sera palpable par la rencontre, l'aide et la relation».13 3e But partiel : s'exercer à l'envoi Internationalité Notre vie communautaire quotidienne est déjà un exercice à l'envoi. Une internationalité vécue est déjà une immense et importante contribution. L'Église est levain contre le racisme latent dune société. Elle est de cette façon Église Universelle et non simplement "Église de Vienne", par exemple. Théologiquement parlant, la «Mission est Épiphanie (Manifestation visible du salut universel du Christ au sein des peuples».14 Apostolat C'est par l'apostolat que nos candidats se forment à leur future mission. Le premier degré, c'est le travail à l'usine afro de mieux connaître le monde du travail. A cela s'ajoute un "apostolat concret", une présence durant une année dans un groupe d'entreprises. Cela a un double avantage. Le candidat apprend à mieux connaître la vie des gens et à mieux savoir leur transmettre le message. D'autre part l'accompagnement d'un tel groupe de jeunes est déjà un témoignage pour eux. Passage "passing over" Mission signifie : ne pas garder pour soi la charité et l'identité chrétienne mais oser le passage. Cela demande, par exemple, dans le concret, une lutte quotidienne pour mieux comprendre une langue ou une culture étrangère. Il devient ainsi tangible que l'amour du Christ ne capitule devant aucune barrière. On exige quotidiennement un "passage" de la part de nos candidate d'Asie et d'Amérique Latine, mais également de la part des formateurs. Ensemble nous sommes appelés à témoigner de l'Amour du Christ pour l'Église et le monde, qui passe toutes les frontières, même si cet amour nous conduit sur un chemin de croix. Pie XI proclama en 1927 François Xavier et Thérèse de Lisieux patrons des Missions. La nomination de cette dernière parut surprenante. Mais pas du point de vue de son cœur missionnaire qui était animé d'un tel élan vers Dieu et les hommes.... «Son autobiographie, publiée peu d'années après sa mort, la fait connaître comme une femme pleine d'ardeur pour l'Évangile; son cœur était toujours au delà des murs du couvent, appelant toute l'humanité à la foi au Christ. Sa vie de prière fut si intense, si universelle et si missionnaire qu'elle a pu être nommée très justement : patronne des Missions».15
Notes * Franz Gassner, SVD, Préfet des Etudes de la Communauté de Formation des Missionnaires de Steyl. 1 Stephen
B. Bevans : «Unraveling a ‘Complex Reality' : Six Elements
of Mission», in : International Bulletin of Missionary
Research, Vol. 27, 2, 50 53, S. 50.
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