Déclaration finale – de la VIe Assemblée Plénière de la Fédération Biblique Catholique
"La Parole de Dieu : une bénédiction pour toutes les nations"
– La pastorale biblique dans un monde pluraliste —


I. Le contexte de la VIe Assemblée Plénière

1. La Fédération Biblique Catholique et le nouveau millénaire. Nous, 150 délégués d’organisations membres de la Fédération Biblique Catholique (FBC), venant de 70 pays du monde, nous nous sommes rencontrés près de Beyrouth à Fatka-Ghazir au Liban, du 3 au 12 septembre 2002, à l’occasion de la VI Assemblée Plénière de la FBC. Nous avons partagé notre conviction que la Parole de Dieu est « une bénédiction pour toutes les nations » (Genèse 22,18) et que Dieu lui-même « nous montre des chemins de vie » (Actes 2,28).

Appelés et envoyés d’une manière spéciale proclamer la parole de Dieu « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8) « avec beaucoup d’assurance » (Ac 28,31), nous sommes venus

  • partager ce que Dieu accomplit à travers notre ministère, comme Paul et Barnabé l’ont fait à la fin de leur première mission (cf. Ac 14,27 ; 15,3),
  • réfléchir à ce que notre ministère biblique nous demande aujourd’hui dans l’Église (cf. Ac 15,7b-12),
  • et nous engager à mettre en pratique ces demandes nouvelles avec courage (cf. Ac 15,22-41).

Notre partage, notre réflexion et notre engagement sont guidés et inspirés :

  • par la rencontre quotidienne avec la Parole de Dieu, lue dans le livre des Actes des Apôtres,
  • par les rencontres avec d’autres participants, venus des quatre coins du monde,
  • par la célébration quotidienne de l’Eucharistie, célébration de notre unité dans la diversité,
  • et finalement par notre rencontre avec les communautés chrétiennes et la population du Liban.

Dans la FBC, qui continue un chemin ouvert par l’Assemblée de Vienne (1972), poursuivi par l’Assemblée de Malte (1978), de Bangalore (1984), de Bogotá (1990) et de Hongkong (1996), nous expérimentons que nous sommes les compagnons de route de la Parole. Nous sommes heureux des nombreuses impulsions données par ces Assemblées à la Fédération et aux ministres de la Parole et nous nous sentons encouragés à les mettre en pratique au commencement de ce nouveau millénaire.

  2. Nous nous sommes rencontré au Liban, un pays biblique visité par Jésus lui-même et par ses disciples (cf. Mt 15,21), un pays où l’Évangile a été prêché – entre Antioche et Jérusalem – par les premiers apôtres et ministres de la Parole, un pays dans lequel les croyants des trois religions des enfants d’Abraham se sentent chez eux, un pays au carrefour des cultures et des religions, un pays qui a souffert de rivalités et de guerres et qui connaît aujourd’hui une nouvelle vitalité, un pays dans lequel « le dialogue interreligieux est une rencontre respectueuse et sincère dans laquelle les parties en dialogue cherchent à se connaître et à apprendre l’une de l’autre » (Message du Synode des Évêques pour l’Asie, n° 5), un pays qui est à la fois un symbole et un message. Au Liban, nous nous sommes souvenus et nous nous sommes inspirés de la Pentecôte du début du premier millénaire.

3. Nous faisons partie d’une Église en marche. Nous nous rappelons que le mandat de la FBC, au commencement de ce nouveau millénaire, surgit de la vision et de la promesse d’une nouvelle Pentecôte dans notre pèlerinage commencé lors du Concile Vatican II. Nous sommes inspirés par l’enseignement de l’Église qui nous rappelle, dans des documents écrits après le Concile et les Synodes, spécialement Novo Millennio Ineunte, que sa raison d’être et son premier devoir est d’écouter et de proclamer la bonne nouvelle du salut (cf. Dei Verbum, n. 1 ; NM, nn. 39-40). Nous remercions les évêques et les autres autorités ecclésiastiques de nous avoir donné des orientations pour notre ministère de pastorale biblique avec une mention spéciale pour les récents documents de la Commission Biblique Pontificale. Avec d’autres communautés chrétiennes, nous bénéficions ensemble du trésor des Saintes Écritures, la Parole de Dieu.

4. Nous vivons dans un monde pluraliste

4.1. Notre cheminement nous a rendus davantage conscients que le tissu de notre famille humaine est fait de pluralité : pluralité de visions du monde, de cultures, de religions et de manières de s’organiser en société. Aujourd’hui, la proximité et les contacts entre les cultures, les religions et les différentes formes de spiritualité sont un phénomène qui se fait sentir un peu partout. L’identité multiculturelle et multireligieuse devient de plus en plus une caractéristique de nombreux pays et la pluralité est un aspect constitutif de notre monde.

4.2. La pluralité et de la diversité sont cependant des phénomènes ambivalents, ambigus et qui peuvent créer des soucis. D’un côté, la diversité peut être un enrichissement, mais, d’un autre côté, elle peut souvent être perçue par certains comme un obstacle, conduisant à l’intolérance, à la suppression des minorités et des faibles. Dans beaucoup de sociétés aujourd’hui, l’un des grands combats est de comprendre la différence et la pluralité, et de l’accepter. Cela crée des tensions et des divisions dans la société civile, dans l’Église et dans les religions.

4.3. Les structures de pouvoir monolithique, spécialement dans le monde économique et politique, tendent à imposer des modèles de vie mono-culturels dont les effets sont dévastateurs pour les pauvres, qui sont systématiquement exclus de la participation aux prises de décision et au partage des biens du monde. Les moyens de communication moderne, si puissants pour rapprocher les gens, ont souvent tendance à devenir un outil aux mains de forces qui veulent créer une culture homogène dans le seul but de domination et de profit.

4.4. La violence écologique et la destruction des ressources sont un autre domaine dans lequel les relations naturelles harmonieuses de la création ont été sérieusement affectées par la cupidité humaine. La globalisation du marché est un phénomène majeur de cette ambiguïté de la société. Alors qu’en certains endroits existe une plus grande conscience de la dignité et de l’égalité des personnes, en d’autres augmente une violence dont les effets sont désastreux pour les plus pauvres et pour les innocents, en particulier les femmes et les enfants. Les femmes sont en outre trop souvent exclues des décisions socioculturelles et politiques sur des sujets qui les affectent directement. Des maladies comme le VIH/SIDA exterminent des familles et un nombre sans cesse croissant de personnes, causant de grandes souffrances et une grande angoisse.

4.5. Il y a d’excellentes déclarations internationales sur les droits de la personne et beaucoup d’initiatives sont prises pour protéger ceux-ci. Malheureusement, dans différentes parties du monde, ces idéaux sont violés par des pratiques oppressives et dégradantes. De la même façon, dans plusieurs pays, le refus de la liberté religieuse est un affront flagrant à la dignité humaine.

4.6. Il y a un grand souci de mettre en valeur la tolérance religieuse mais, dans de nombreuses parties du monde, des pratiques fondamentalistes et des forces ethniques se font jour de manière de plus en plus violente. Elles réduisent l’espace accordé aux minorités, écrasent les efforts qu’ils font pour être reconnus et respectés dans leurs droits, et parfois même les exterminent complètement.

4.7. Le pluralisme est de plus en plus présent au sein même de l’Église, qui a été appelée, dès les débuts, à vivre l’unité dans la diversité. Mais l’Église doit aussi affronter des difficultés à cause de la mentalité fondamentaliste et exclusive de certains de ses membres. Dans le contexte œcuménique, la lecture et l’interprétation de la Bible deviennent elles-mêmes une pierre d’achoppement sur notre route vers l’unité.

5. C’est dans ce contexte que, confrontés à de nouvelles demandes, nous nous sommes rencontrés pour discerner ensemble les « voies » que nous pouvons suivre comme compagnons de route dans notre ministère de la Parole, spécialement celui de la pastorale biblique.

 

II. Nous interprétons cette réalité à la lumière de la Parole de Dieu

 

1. Jésus notre Chemin ; les chemins de Jésus. En vue de discerner des « chemins de vie » sur lesquels nous voulons marcher dans notre monde pluraliste, nous, chrétiens, nous nous tournons d’abord vers Jésus Christ qui est notre Chemin. Il a proclamé la paternité universelle de Dieu par sa parole et par ses actions. Sa vie s’est caractérisée par la solidarité avec les exclus, les pécheurs, les pauvres, les samaritains et les non juifs (cf. Mt 15,21-28 ; 25,31-46 ; Lc 4,18-21). Le Royaume de Dieu qu’il a proclamé est opposé à toute compréhension ethnique ou raciale étroite de la présence et de l’action salvatrice de Dieu dans notre monde (cf. Mt 3,9). Il a envisagé une religion qui n’est pas fixée à un lieu mais un culte en esprit et vérité (cf. Jn 4,23) comme nous l’avons rappelé lors de notre Assemblée Plénière de Hongkong. Les évangiles nous montrent que Jésus a dépassé les barrières culturelles et religieuses pour être fidèle au plan de Dieu sur toutes les nations (cf. Mt 8,5-13 ; 12,15-21 ; Lc 10,25-37).

2. Les chemins de la primitive Église selon les Actes des Apôtres. Durant notre Assemblée, nous avons recherché la lumière de la Parole en particulier dans le livre des Actes des Apôtres. Nous y avons découvert que l’Esprit Saint a fait dépasser constamment aux disciples les frontières de l’ethnocentrisme. La variété des langues, des cultures et des nationalités auxquelles l’unique Bonne Nouvelle s’est adressée le jour de la Pentecôte est une affirmation claire de la pluralité que Dieu veut pour l’humanité (cf. Ac 2,6.8.11). Dans le récit de la conversion de Corneille, nous reconnaissons une autre conversion, celle de Pierre, exprimée dans ces mots : « Maintenant, je vois que Dieu ne fait pas acception des personnes » (Ac 10,34). Pierre a en effet découvert que l’Esprit Saint est déjà à l’œuvre dans « l’autre » comme en lui-même (cf. Ac 10,47 ; 11,17-18). En faisant dépasser aux disciples les frontières de l’ethnicité, de la culture et de la langue, l’Esprit les a rendus capables de découvrir que tous sont « enfants de Dieu », et qu’ils ont en Lui « la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17,28).

3. Aller au-delà. En lisant les Actes des Apôtres, nous avons appris qu’il est nécessaire de dépasser les frontières géographiques, nationales et ethniques. Aucun pays, aucune nationalité, aucun groupe ethnique, aucune culture, aucun langage n’est absolu. Les chemins de l’Esprit sont imprévisibles (cf. Jn 3,8). L’Église doit toujours rester attentive à l’action dynamique de l’Esprit pour unifier les peuples par des nouveaux liens. C’est un mouvement très distinct pour marcher avec les « autres », ceux qui sont différents de nous. En ce sens, être religieux signifie aussi pour nous chercher la route d’une approche interreligieuse de la vie et du service. Cela demande la volonté de connaître, d’apprendre de l’autre et de vivre en relation avec lui.

4. La figure d’Abraham. En relisant les traditions du premier testament concernant Abraham, nous avons été confirmés dans cette vision. Les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans se reconnaissent tous reliés au patriarche Abraham. Considérer un seul de ces groupes comme descendant exclusif d’Abraham est contraire au plan de Dieu qui s’est manifesté à travers lui. Les bénédictions de Dieu à Abraham étaient en effet destinées à toutes les nations (Gn 12,2-3). L’histoire témoigne de ce qu’Abraham a été, et continue à être, un objet de dispute et de division parmi ses descendants. À ce moment de l’histoire, il est possible pour tous les enfants d’Abraham de dépasser les horizons de leur compréhension exclusive et de chercher à découvrir dans ces traditions la vision originelle de la dimension universelle du plan de Dieu pour toutes les nations. Il faut du courage pour cette relecture qui, si elle est faite avec détermination, peut nous amener à une découverte capitale en ce début du nouveau millénaire.

Cela exige de nous de redécouvrir Abraham comme un pont entre les membres des religions qui ont reçu sa foi comme un héritage commun. Nous pouvons trouver une nouvelle énergie pour détruire les puissantes barrières de la peur, du soupçon et de la violence qui caractérisaient nos relations dans le passé. Nous sommes invités à préparer une route pour un avenir nouveau, libre de toute méfiance mutuelle et marcher ensemble grâce au lien commun qu’est Abraham, l’homme qui a obéi à Dieu. Ce mouvement, allant d’un particularisme exclusif vers un universalisme plus ouvert, commence lorsque nous découvrons l’identité profonde d’Abraham comme celui qui a cru à la parole de Dieu et qui a eu confiance en elle. Cette vision nous permettra de prendre du recul par rapport à notre origine biologique et géographique et de découvrir la foi et l’obéissance d’Abraham comme une part de notre identité fondamentale.

5. Une nouvelle conscience ecclésiale. Une nouvelle conscience de l’Église depuis le Concile Vatican II s’exprime dans ces mots du pape Jean Paul II :

« La présence et l’activité de l’esprit touchent non seulement les individus mais aussi la société, l’histoire, les peuples, les cultures et les religions. En effet, l’Esprit est à l’origine des idées et des entreprises nobles qui bénéficient à l’humanité dans son cheminement à travers l’histoire » (Redemptoris Missio, n. 28).

Les religions sont ainsi reconnues comme les lieux de la présence et de l’action de l’Esprit. Elles sont aussi les signes de sa présence dans notre monde, dans la mesure où elles développent et vivent les valeurs humaines. Ainsi, elles sont des dons de Dieu à l’humanité. Nous croyons qu’à un niveau profond elles sont toutes en relation avec le mystère du Christ, notre Sauveur, qui s’est vidé de lui-même pour emplir l’humanité et la création tout entière de sa plénitude (cf. Col 1,15-17). Cette force importante et exigeante nous conduit à chercher des chemins de communion pour tous les enfants de Dieu.

6. Une vision unificatrice. À la fin de cette Assemblée Plénière, nous nous engageons à approfondir cette nouvelle vision biblique et théologique et à chercher des approches d’une spiritualité de communion qui devrait être la caractéristique de ce nouveau millénaire. Au lieu de nous opposer les uns aux autres violemment ou d’être séparés par une méfiance mutuelle ou une indifférence, nous avons la tâche de nous engager à cette ouverture pour le bien du futur et à créer une famille humaine plus unie dans sa diversité. Il nous appartient de ne pas répéter les erreurs du passé : la séparation nuisible et violente les uns des autres au nom de Dieu ou des Livres saints.

 

III. La force de la Parole de Dieu pour la transformation du monde et l’engagement de la Fédération Biblique Catholique

 

1. La force de la Parole

1.1. Comme ministres et serviteurs de la Parole, nous nous tournons vers la Parole de Dieu non seulement pour observer les réalités du monde mais pour recevoir une force divine (cf. Gn 1,3ss ; Jn 1,3 ; Rm 1,16). L’Esprit et la Parole peuvent nous remplir comme ce fut le cas pour les Apôtres ; ils peuvent nous donner la force dans la mesure où nous permettons à la Parole de prendre sa place dans notre vie et la vie de l’Église. Le dynamisme de la Parole se vérifie seulement dans une obéissance soumise comme celle d’Abraham ou celle des Apôtres dont nous admirons le ministère quand nous lisons et prions les Actes des Apôtres.

1.2. Il est une question qui est comme un défi pour nous, ministres de la Parole ; c’est la question que le pape Paul VI posait dans Evangelii Nuntiandi : « Qu’est devenue, de nos jours, cette énergie cachée de la Bonne Nouvelle, capable de frapper profondément la conscience de l’homme ? » (EN, n. 4). La Parole de Dieu a présidé à la création du monde. Cette Parole est aussi une force pour un renouveau et une transformation. Notre tâche est donc de chercher les façons de permettre à cette Parole de Dieu d’être source d’énergie au cœur de l’Église et du monde. La mission de l’Église est de provoquer un changement de conscience, un changement de comportement et un changement de structures. Toutes les activités de l’Église sont d’une façon ou d’une autre ministère de la Parole. C’est pour cela que l’Église considère la Parole de Dieu comme le centre de toute sa vie et de sa mission. Sans elle, nous perdons la force et la vitalité des bénédictions de Dieu.

1.3. Comment faisons-nous l’expérience de la Parole comme source de vie ? Sans la lumière et la grâce de l’Esprit, la Parole ne donnera pas l’énergie nécessaire à la transformation de la vie et de la société. Une prière accompagnée d’une docilité à l’Esprit est la marque du ministère de la Parole (cf. Ac 13,2). En ce moment de l’histoire, nous sommes invités à écouter l’invitation pressante venant de la Parole de Dieu à convertir d’une façon profonde notre vision, nos attitudes et notre comportement à l’égard des « autres » : autres religions, autres cultures et autres groupes ethniques, et en particulier les pauvres, les femmes et tous ceux qui sont exclus ou subissent des discriminations dans notre société. Relire la Parole dans ces contextes où la vie est mise en cause est un impératif majeur que nous ne pouvons pas mettre de côté. La Parole de Dieu vient en effet à nous avec toute sa force pour nous pousser à vivre en solidarité avec les autres. C’est seulement quand nous sentons cette force irrésistible de l’Esprit que nous pouvons devenir des instruments efficaces de transformation.

1.4. Nous réaffirmons notre engagement à être critiques vis-à-vis de nous-mêmes dans notre façon de lire l’Écriture en Église, individuellement et collectivement. Permettons-nous à la force de la Parole d’avoir toute son efficacité dans les contextes de notre société ? Avons-nous utilisé les textes de l’Écriture pour légitimer des attitudes de supériorité, de discrimination et de violence à l’égard des autres ? La lecture fondamentaliste ou la lecture purement spirituelle de l’Écriture sont des phénomènes sans cesse grandissants dans la plupart des Églises. Le ministère de la pastorale biblique a la tâche urgente dans ce domaine de s’opposer à la lecture sectaire et fondamentaliste de la Parole qui édifie des murs de séparation et de discrimination. Nous devons souligner la pluralité qui est une caractéristique majeure de la Bible : pluralité de visions du monde, pluralité d’interprétations des textes saints, pluralité de théologies, pluralité de structures ecclésiales.

1.5. Pour ce faire, des herméneutiques contextuelles sont à développer dans chaque domaine de notre engagement. La formation biblique des laïcs et du clergé est une nécessité absolue. À la lumière de la réflexion faite durant cette Assemblée Plénière, nous considérons comme important de lire, là où c’est possible, la Parole de Dieu en dialogue; celle-ci, mystérieusement présente en notre monde, permet aux différentes traditions religieuses, aux différentes lectures de l’Écriture, d’avoir en nous des échos et une résonance et d’enrichir notre expérience de la Parole de Dieu. Cela nous permet d’élargir notre vision de Dieu et promeut un dialogue plus profond entre les religions. Une lecture de ce genre nous permet de voir les différents aspects du visage de Dieu, père et mère de tous, de même que celui de Jésus, le Verbe incarné.

2. La Parole de Dieu détermine nos façons de lire la Bible

La Parole de Dieu qui se trouve dans les Saintes Écritures développe toute sa force si elle est lue de façon appropriée. En fait, la Bible nous enseigne elle-même comment la lire adéquatement et comment vivre de la Parole. En faisant ainsi, nous sommes fidèles à la fois au message originel et aux personnes auxquelles elle est proclamée comme Bonne Nouvelle (EN 4).

2.1. Nous nous engageons à une lecture attentive et respectueuse de la Bible. La Bible est un livre d’époques et de cultures différentes. Elle doit donc être respectée dans son altérité. Elle doit être lue dans son contexte originel, historique et culturel, tout autant que littéraire. « Notre lecture de la Bible doit aider les gens à découvrir son contenu exact. Toutes les tentatives d’interprétation de la Bible pour justifier des positions politiques et idéologiques doivent être considérées comme des trahisons du message » (Bogotá 7,3). Même les personnes qui ne peuvent pas utiliser les méthodes scientifiques et académiques peuvent être aidées à lire la Bible de façon attentive, de manière à éviter les pièges d’une lecture fondamentaliste car celle-ci refuse de prendre en considération le caractère historique et pluraliste de la Bible (Commission Biblique Pontificale, L’interprétation de la Bible dans l’Église, [IBE], I.F).

2.2. La Bible est un phénomène pluraliste aussi bien dans son canon que dans chacun de ses livres, un exemple merveilleux d’unité dans la diversité, une symphonie aux nombreuses voix. Convaincus que « toutes les différentes façons de lire la Bible ne sont pas de la même valeur » (Bogotá 7), mais aussi qu’aucune méthode ne peut à elle seule donner la signification des Écritures, la Fédération encourage aussi une pluralité de méthodes et d’approches qui « contribue effectivement à la tâche de rendre disponibles les richesses contenues dans le texte biblique » (IBE Introduction).

2.3. Lire la Bible et célébrer la Parole en communauté. La Bible est un livre de communauté, une expression de l’expérience de foi de celle-ci, et destinée à sa propre construction. Elle a une place importante dans la liturgie et dans la catéchèse. « Les Écritures données à l’Église sont le trésor commun du corps entier des croyants ». «Tous les membres de l’Église ont un rôle à jouer dans l’interprétation des Écritures ». « Ceux qui ont la capacité d’écouter et d’interpréter la Parole de Dieu qui doit être prise en considération par l’Église entière, aussi faibles soit-ils et manquant de ressources humaines, sont forcés de mettre leur confiance en Dieu seul et en sa justice » (IBE, III.B.3).

2.4. Lire l’Écriture dans le contexte de la vie. La Bible est un livre de vie dans la mesure où elle a trait à la vie dans toutes ses dimensions. Dieu nous a donné deux livres saints : celui de la création et de l’histoire, et celui de la Bible. La Parole de Dieu qui est contenue dans ce dernier livre nous donne la lumière et nous aide à déchiffrer le premier livre. La Bible « doit être lue à la lumière des circonstances nouvelles et appliquée aux situations contemporaines du peuple de Dieu » (IBE IV.A). Les exégètes « atteignent le véritable but de leur travail seulement quand ils ont expliqué la signification des textes bibliques comme Parole de Dieu pour aujourd’hui » (IBE III.C.1). Nous nous engageons à cette lecture de la Bible en lien avec la vie comme cela a été formulé à diverses occasions dans nos déclarations finales. « Nous devons partir de la réalité dans laquelle nous vivons actuellement et nous devrions permettre à la Parole de Dieu d’éclairer cette réalité » (Bogotá 7,1).

2.5. Conscients des contextes et des cultures différents dans lesquels nous vivons, ayant réfléchi sur la façon dont la Parole de Dieu a été accueillie dans les diverses cultures, nous sommes convaincus que nous devons accorder notre attention à la Parole de Dieu elle-même, mais aussi aux différents terrains où elle doit être semée. La conviction que la Parole est capable d’être semée dans d’autres cultures « vient de la Bible elle-même… dans la bénédiction promise à tous les peuples par Abraham et sa descendance » (Gn 12,3 ; 18,18), « bénédiction s’étendant à toutes les nations » (IBE IV.B). Une lecture « inculturée » présuppose la rencontre respectueuse et en profondeur d’un peuple et de sa culture ; elle commence par la traduction de la Bible dans la langue de la population ; elle continue par l’interprétation qui contribue à la formation d’une « culture locale chrétienne couvrant tous les aspects de la vie » (IBE IV.B).

2.6. Les pauvres sont les premiers destinataires de la Bonne Nouvelle (cf. Lc 4,18-19 ; Mt 5,3). Ce que Dieu a caché aux sages et aux savants, il l’a révélé aux tout-petits, ceux qui sont pauvres et sans importance (cf. Mt 11,25). Cela demande que les communautés chrétiennes lisent la Bible à partir de la perspective des pauvres. « Il y a raison de se réjouir quand on voit la Bible dans les mains de gens de basse condition et des pauvres ; ils peuvent donner à son interprétation et à son actualisation une lumière plus pénétrante à cause de leurs points de vue spirituel et existentiel que celles qui viennent d’une étude reposant seulement sur ses propres ressources » (IBE IX.C.3). Lire la Bible dans cette perspective nous conduira nécessairement à une option pour les pauvres.

2.7. On ne peut approcher la Bible de façon appropriée comme Parole de Dieu exprimée en mots humains que si on l’approche aussi comme le livre de prière de base de l’Église et que si l’on encourage une lecture priante de l’Écriture (Bogotá 7,2 ; Hongkong 1.2). La lectio divina, autrefois pratiquée surtout dans les monastères et les communautés religieuses, est de plus en plus appréciée par tous les fidèles (DV 25). La Commission Biblique Pontificale a consacré une section entière de son document à la lectio divina. Le pape Jean Paul II a invité avec insistance à utiliser cette méthode ancienne mais toujours valable de lecture de la Parole de Dieu parce qu’elle nous interpelle, donne des orientations et modèle notre existence dans de nombreuses exhortations apostoliques post synodales, entre autres Novo Millenium Ineunte (n° 39) et dans sa lette à l’Église du Liban (n° 39).

3. Le mandat de la Fédération Biblique Catholique

Le mandat de la FBC est l’apostolat biblique, le ministère de la pastorale biblique, « l’animation » biblique de la pastorale de l’Église qui nourrit la vie spirituelle de l’Église et touche son être véritable. Son objectif et son mandat sont « que la Parole de Dieu devienne de plus en plus la nourriture spirituelle du peuple de Dieu, la source de la vie de foi, d’espérance et de charité pour tous et, de fait, la lumière pour toute l’humanité » (IBE, Introduction, B). Son objectif est « de faire connaître la Bible comme Parole de Dieu et source de vie » (IBE IV.C.3).

La FBC est une organisation d’Église au service des Églises locales (évêques et conférences épiscopales). Elle a le mandat officiel de mettre en application les directives du deuxième Concile du Vatican concernant l’Écriture Sainte dans la vie de l’Église. La Fédération l’a rappelé en particulier lors de son Assemblée Plénière tenue à Bogotá à l’occasion du 25ème anniversaire de la Constitution Dei Verbum du Concile Vatican II. À l’occasion de cette VI Assemblée Plénière, les membres de la FBC renouvellent leur engagement à accomplir ce mandat.

4. Priorités pour 2002-2008

4.1. Suite aux défis relevés ci-dessus ainsi que des demandes adressées par les membres de l’assemblée à partir de leurs besoins concrets, voici les priorités générales que l’Assemblée Plénière propose pour les six années à venir à la FBC et à ses différents organes,

  • Promouvoir une plus grande prise de conscience de l’importance de la Bible dans la vie de l’Église, en particulier parmi les évêques et les institutions ecclésiales.
  • Développer des programmes de formation biblique à tous les niveaux de l’Église et de la société, mais en particulier et d’une façon urgente pour les plus pauvres et ceux qui sont exclus dans notre société.
  • Rendre disponibles et accessibles des traductions pastorales de la Bible, appropriées et à un prix abordable, prenant en compte la situation culturelle et socio-économique de la population, les relations œcuméniques et le contexte interreligieux des communautés chrétiennes.
  • Développer des outils pour la pastorale biblique qui tiennent compte des situations sociales et culturelles des différents groupes de population pour les aider à participer d’une façon substantielle à la construction d’un monde de justice, de paix et de respect mutuel, c’est-à-dire au véritable développement humain.
  • Renforcer la communication et le travail en réseau à l’intérieur de la FBC, aussi bien au niveau des régions, des sous-régions ou des zones qu’au niveau général.
  • Réfléchir et organiser la recherche en ce qui concerne les questions fondamentales de l’animation biblique de la pastorale dans un monde culturellement et religieusement pluraliste, caractérisé par la globalisation des communications et de l’économie aussi bien que par des situations extrêmes d’injustices politiques et économiques et d’intolérance religieuse.

4.2. L’Assemblée Plénière recommande à ses membres de collaborer avec les autres instances ecclésiales, les ONG et d’autres organisations pour promouvoir la justice économique mondiale et la protection de l’environnement. Ceci suppose bien sûr la dénonciation prophétique des injustices économiques et sociales, des violations des droits de l’homme et de la liberté religieuse.

4.3. L’Assemblée Plénière recommande à ses membres de collaborer avec le Conseil Mondial des Églises dans sa campagne « Vaincre la violence » en procurant des outils de pastorale biblique pour les groupes bibliques, et en organisant des activités qui aident à identifier les problèmes réels cachés sous la violence humaine, et à trouver des solutions durables permettant à des hommes et des femmes de cultures et religions différentes de vivre les uns avec les autres dans le respect mutuel, la justice et la paix. À ce sujet, toutes les mesures possibles seront à prendre pour protester contre l’oppression et la persécution dont les Chrétiens et d’autres minorités sont les victimes dans des pays totalitaires.

4.4. En réponse aux demandes venant de la Région « Afrique et Madagascar », l’Assemblée plénière recommande de soutenir la pastorale biblique en Afrique comme une très importante priorité pour la FBC dans les six années à venir. Elle encourage en particulier le Comité Exécutif à chercher, en collaboration avec les évêques d’Afrique, de nouvelles voies pour encourager les efforts faits en Afrique pour mettre en œuvre les recommandations du document du Synode Africain Ecclesia in Africa (n° 58) :

  • pour la formation du clergé, des religieux et des laïcs dans le domaine de la pastorale biblique ;
  • pour la traduction, la publication et la distribution à un prix abordable de Bibles adaptées aux cultures africaines et ceci en collaboration avec les maisons d’édition catholiques et l’Alliance Biblique Universelle ;
  • pour le développement des centres de pastorale biblique en Afrique.

 

 

5. Pour la réalisation de ces priorités, l’Assemblée Plénière présente les recommandations suivantes :

5.1. Promouvoir la communication à l’intérieur de la Fédération et les relations publiques par un plus grand usage des médias électroniques et des autres moyens de communication (site Internet, Bulletin Dei Verbum, etc).

5.2. Les régions et les sous-régions sont responsables de la définition de leurs priorités et de leurs objectifs concrets pour les six années à venir, mais doivent tenir compte des décisions de l’Assemblée Plénière. Elles prévoiront des méthodes efficaces pour une évaluation régulière.

5.3. L’Assemblée Plénière recommande la création d’un comité permanent sur « La Bible dans la vie de l’Église » chargé d’impliquer davantage les responsables de l’Église dans l’animation biblique de toute la vie ecclésiale. Un plan d’action concret doit être élaboré à cet effet ; il aura comme priorité l’organisation d’un Synode des évêques et/ou la rédaction d’un document officiel de l’Église sur le rôle de la Parole de Dieu dans l’ensemble de la vie de l’Église.

5.4. La responsabilité financière doit être assurée à tous les niveaux de la FBC. Elle doit être guidée par les principes de subsidiarité et de solidarité. Pour assurer les ressources financières nécessaires à la réalisation des projets de la FBC dans le futur, le conseil d’administration doit augmenter ses efforts pour trouver de nouvelles méthodes de collectes de fonds.

6. En réponse à l’appel de son nouveau président, la FBC a décidé, lors de son Assemblée Plénière, de célébrer, pour et avec toute l’Église, le 40e anniversaire de la Constitution Dei Verbum du Concile Vatican II sur la Révélation Divine en organisant un colloque international sur « La Bible dans la vie de l’Église » à Rome en 2005.

 

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Dans notre recherche d’une réponse adéquate à la Parole de Dieu entendue au Liban, nous nous tournons vers Marie, la Mère du Verbe incarné. Marie a non seulement cru à la Parole, mais elle s’est aussi offerte avec tout son être (cf. Lc 1,45). Comme elle, nous nous sentons poussés à proclamer le Dieu de l’histoire « qui a rejeté les puissants de leurs trônes et élevé les humbles » et « qui comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides » (Lc 1,52-53). Malgré nos incapacités et de nos limites, nous nous engageons à nous laisser dynamiser par la Parole de Dieu. Nous croyons que cette Parole, comme la pluie, ne retourne pas à Dieu sans avoir accompli la mission pour laquelle il l’a envoyée (cf. Is 55,10-11). Nous faisons nôtre le rêve de Marie, rêve d’un monde sans discrimination ni exclusion, d’un monde dans lequel chacun est reconnu comme enfant de Dieu, selon la promesse faite à Abraham (cf. Lc 1,55 ; Ac 3,25).

 

Réf.: octobre 2002.