|
P. Neno Contran, MCCJ Pourquoi des enfants vivent-ils dans la rue? Dans quelles conditions? Nous aimerions attirer l'attention sur la tribu des enfants de la rue qui, selon l'Organisation International du Travail, seraient environ 90 millions. 30 millions d'entre eux ont fait de la rue leur maison stable. Si tous vivaient en un méme lieu, ils auraient un pays à eux, un représentant aux Nations Unies et des prêts de la Banque mondiale, a écrit un journal colombien. Le sort hallucinant que nos sociétés réservent dès l'enfance à ceux qui ne sont pas nés au bon endroit. Des gamins On les trouve partout, à Manila, à New York, à Maputo, à Lima, à Bejing. À Calcutta ils sont 300.000. À Londres ils dorment dans les stations des trains. Le 4\5 des gens dans les prisons de Sâo Paulo sont des anciens enfants de la rue. L'histoire n'est que trop connue, identique aux quatre coins du globe, celle des gamins livrés à eux-mémes, enfants des campagnes ou de la ville venus grossir les bidonvilles des mégapoles, privés de tout, même d'état civil, gagnant leur droit à l'existence au prix de petits boulots et de vols, fuyant dans la drogue un quotidien sans espoir. L'alarme a retenti aussi dans notre continent. On a commencé à parler d'enfants de la rue à Johannesburg, à Nairobi et à Kinshasa dès les années '70. Dans la capitale congolaise on les appelle phaseurs (commédiants); chégués (pickpockers); ngembo (souris). Le journal kinois Elima a écrit il y a trois mois: "La ville de Kinshasa est en train de sombrer dans ce que désormais on va appeler l'exploitation des mineurs. La traite des mineurs a envahi la capitale, où elle côtoie la pédophilie". "Le Maroc a longtemps ignoré ses enfants de la rue. Et pourtant, ils soot là. Invisibles. Ils courent comme des ombres. Le jour, les rues de Casablanca, les petits boulots, la mendicité. À la tombée de la nuit, la prostitution... Un tube de colle dans la poche, de quoi sniffer et se fabriquer un monde imaginaire et un sacré mal de tête" (Sources UNESCO, déc. '98). N'Djamena compte 3.000 enfants de la rue, orphelins ou délaissés par leurs familles, victimes de la guerre ou de la misère des campagnes. Leur nombre augmente au même rythme que l'expansion anarchique de la ville: 24% par an. Dans leur recherche récente (The Street children in Africa) P. A. Shorter et E. Onyancha assurent qu'au Kenya aussi leur nombre ne fait qu'augmenter, et rapidement, malgré la présence de 300 organisations qui s'occupent d'eux à travers le pays. On peut calculer qu'ils sont 150.000, dont environ 60.000 à Nairobi. Qui sont-ils? Manzini est une petite ville de province du Swaziland. Cependant, elle aussi connaît les enfants de la rue. Beaucoup y arrivent du Mozambique ravagé par la pauvreté. "Quand la nuit tombe sur le centre de la ville, toute activité cesse; ceux qui le peuvent quittent la ville pour retourner dans le confort de leurs foyers. Mais ceux qui sont sans maison, doivent braver les nuits froides de l'hiver (juillet) et les tiraillements d'estomac, parce qu'il n'y a plus personne pour leur donner une pièce d'argent ou un peu de nourriture, à part quelques bons samaritains. Presque toute la cité est plongée dans l'obscurité. Orphelins ou victimes de la négligence des adultes ou d'abus révoltants. Un d'entre eux raconte: "Après la mort de ma mère, mon père s'était remarié, et ma marâtre me maltraitait, me refusant même de quoi manger. Elle prenait plaisir à me battre et ne voulait pas payer mes frais d'école. Alors j'ai décidé à m'enfuir. J'ai sauté dans un bus pour Manzini, sans payer le ticket, pour aller rejoindre d'autres enfants. Quand je suis arrivé en ville, je me suis mêlé à ces groupes de garçons. Je pensais que leur vie était bien meilleure que celle par laquelle j'étais passé". Vagabond, il se blottit avec d'autres près d'un conteneur à ordures, attendant que le restaurant Kowloon Fast Foods y vienne jeter les déchets. Alors ils fouillent dans ces déchets de repas à moitié mangés. C'est leur souper de chaque jour. Tous les enfants de la rue sont d'accord pour dire que les nuits sont très froides et qu'ils ont peur des voyous qui les harassent. La nuit, quand nous essayons de dormir un peu par terre, des voleurs emportent le peu d'argent que nous avons pu ramasser en mendiant ou en portant les paquets de ceux qui sont venus faire des emplettes". Des gosses de rue? Its n'aiment pas qu'on les appelle "enfants des rues", ces gamins, souvent petits, qui vivent, ou plutôt survivent, en rupture totale avec leur famille sur les décharges publiques, dans les gares ou sous les ponts d'autoroute de la plupart des grandes villes du Tiers Monde. Tous ne sont plus des enfants. Les spécialistes tiennent à distinguer les 5-13 ans, les 14-18 ans et les plus de 18 ans: la rue a ses enfants, ses jeunes... et déjà ses vieux! Patrick Shanahan, un missionnaire qui travaille avec les enfants de la rue à Accra, distingue: enfants dans la rue, enfants de la rue, enfants pour la rue. Bien sûr la frontière n'est pas toujours très nette, mais concrètement elle existe. Les premiers rentrent à la maison le soir; les secondes en rupture avec leur famille, où il ne peuvent ou ne veulent retourner, vivent tout le temps dans les rues et y dorment la nuit. Les deux catégories peuvent devenir "enfants pour la rue": leur vie s'identifie avec la rue, ils ne peuvent s'imaginer un autre type d'existence. "Les enfants de la rue font partie de la classe des gens de la rue. Il y a des adultes de tout âge: ambulants, mendiants, handicapés, chômeurs, sansemploi, passants, oisifs, aliénés. C'est avec ces gens que les enfants partagent les rues. Pour survivre, les enfants imitent les adultes, se promènent, mendient, maraudent. Comme eux, ils engagent parfois des bagarres avec la police et luttent entre eux pour l'espace". (Shorter) Causes L'avis des experts est que les enfants ne choisissent pas d'aller dans la rue. Le plus souvent ils y sont poussés parce qu'ils sont des victimes de foyers brisée, de familles disloquées. Cette cause est très courante. A Nouakchott, par exemple, 70% des enfants de la rue proviennent de familles disloquées. Pour le P. Nzuzi Bibaki, jésuite et directeur du Centre de Réinsertion des Enfants de la Rue à Kinshasa, l'enfant de la rue est l'iceberg de toutes les crises et les misères de notre société urbanisée. Dans l'Afrique des villages il n'y avait pas d'enfants de la rue (qu'on appellerait "enfants du sentier")! Dans les métropoles modernes la solidarité, les liens fraternels, l'hospitalité, tout se fade. Du même avis est Kevin Ward, assistant social en Swaziland: "La société perd de plus en plus ses valeurs traditionnelles de réseaux de familles aux liens étroits", dit-il. Le facteur commun à toutes ces situations est que la prise en charge par la famille est déficiente ou inadéquate. Les pires maltraitances viennent des parents ou des tuteurs, sous forme de coups, privation de nourriture, insultes et, en général, manque de soins. Tout cela pousse les enfants à s'enfuir de la maison et, finalement, à commettre des délits pour se débrouiller. Une enquête menée au Malawi parmi 170 jeunes prisonniers selon la loi malawienne un jeune est une personne de moins de 18 ans seulement 56, au moment de leur arrestation, provenaient d'une famille comptant deux parents; 65 venaient de familles monoparentales, 22,4% avaient des tuteurs autres que leurs parents, et 6% vivaient seuls. Une autre cause est la pauvreté. "J'ai faim donne-moi 25 francs" disent les enfants de Brazzaville. "J'ai faim, donne-moi 5 francs" (Kinshasa). J'ai faim, donne-moi 20 francs" (Kigali). "J'ai faim, donne-moi 5 shillings" (Nairobi). Le montant est plus ou moins le même, mais partout ce sont des gamins de sept ou huit ans victimes de la misère, tendant la main aux passants. "La crise économique due aux turbulences politiques est la base de la désintégration continuelle de la famille. Les familles modernes ne peuvent plus se permettre de partager leurs maigres ressources avec le reste de leur parenté a écrit Dieudonné Likambo Kwadje dans sa recherche. Le travail des enfants défavorisés de Kinshasa (Club Unesco). La pauvreté est responsable aussi de la chute vertigineuse du taux de scolarisation qui en RDC, par exemple, a évolué comme suit: en 1977, le taux net de scolarisation au primaire était de 94,1 % et il est passé à 72,3% en 92/93; en 1995, il était estimé à 56% pour les garçons et 53% pour les filles (Unicef, novembre 1999). Guerre, travail... Une pauvreté souvent liée à la guerre. Au Rwanda en 1998 il y avait 150.000 orphelins, se débattant pour survivre dans des foyers dirigés par un enfant. Trois de ces foyers sur quatre étaient dirigés par des filles. Les rues de Freetown et de Monrovia ont vu essaimer les enfants "sans famille". On a même trouvé des enfants éthiopiens dans les rues de Conakry! Combien sont-ils les enfants orphelins du Sida? En Zambie ils sont déjà 1.500.000; au Botswana, 70.000; en Afrique du Sud, 200,000. Tôt ou tard, plusieurs d'entre eux descendront dans la rue. Une pauvreté qui souvent oblige les enfants à travailler. Dans le monde, les enfants sous l'àge de 15 ans obligés à travailler, sont environ 250 millions, dont 80 millions en Afrique. L'année passée le gouvernement marocain a affirmé que les enfants travailleurs de moins de 15 ans étaient 538.000. Plus de la moitié, des filles. L'expérience montre que l'enfant mis au travail de force, est parfois maltraité. S'il refuse les traitements inhumains ou humiliants qui lui sont infligés, il finit généralement par s'échapper. C'est le cas aussi, dans plusieurs pays de l'Afrique musulmane, des enfants échappés d'une école coranique dirigée par des marabouts quiles obligent à des corvées pénibles. Une pauvreté qui alimente lés réseaux de la prostitution. Quoique illégale dans tous les pays du monde, la prostitution des enfants est une industrie qui chaque année assure aux souteneurs et aux organisations criminelles l'équivalent de 5 milliards de dollars (Rapport du Bureau International des Enfants, 1997). L'indigence encourage toute sorte de peurs, surtout celle de la sorcellerie. On calcule qu'un tiers des enfants de la rue de Kinshasa ont été accusés de sorcellerie, c'est à dire d'être la cause des malheurs qui font souffrir une famille. Il est fréquent d'entendre les enfants raconter: "J'ai été chassé de ma maison parce que je suis un sorcier... Ma tante a dit que depuis que j'habitais avec elle, la maladie était entrée à la maison". On signale même des cas d'enfants victimes de la justice! Il arrive parfois que des adultes soient mis en prison et que l'on ne se soucie pas du sort de leurs enfants! -------------------------------------------------------------------------------- Ils sont presque 15.000. Entre eux, environ 10.000 vivent la journée dans la rue et la nuit chez eux en famille. Les autres, presque 5.000, peuvent être réellement considérés enfants de la rue, parce qu'ils vivent 24 h sur 24 dans la rue, dorment dans la rue et n'ont aucun contact avec leur famille. Le 15% sont des filles. Ils proviennent d'un peu de partout: du Bas-Congo, du Bandundu, de l'Équateur, des deux Kasaï. Un peu moins représentés sont les provinces du Katanga, du Kivu et de la Province Orientale. Ils sont moins nombreux parce que ces régions sont très éloignées. Les filles commencent à vivre dans, la rue à partir de dix-onze ans. Les garçons, par contre, commencent plus tôt, souvent à six-sept ans. La majorité de ceux, qui vivent sur la rue, sont des enfants àgés, de douze quine ans. Les plus petits, ceux qui ont moins de douze ans, sont moins nombreux. Mais nous trouvons aussi un certain nombre d'adolescents qui ont de seize à vingt ans; et puis des jeunes àgés de vingt à trente ans. (Cf. Un lieu d'espérance, P. F. Roelants, CEEBA). -------------------------------------------------------------------------------- Normalement le 70-80% des enfants de la rue se débrouillent pour se procurer de quoi subsister. Abdias Laoubaou, directeur de l'APPERT (Association pour 1a Protection et la Promotion des Enfants de la Rue, Tchad), remarque que "Les enfants de la rue ne veulent pas être traités comme des orphelins ou des pensionnés. La rue, c'est leur chantier, leur domaine. Ils mangent avec l'argent qu'ils gagnent". Les moins hardis se contentent de quémander et de faire des petits métiers. Ils vendent un peu tout: sachets d'eau, arachides, bonbons, ufs, cigarettes, brosses à dents etc. Les plus âgés se proposent pour de petits boulots: laver des voitures, transporter des paquets de toutes sortes dans les marchés, vendre des sacs d'emballage, cirer les chaussures, charger et décharger des camions, procurer des clients aux taxi-bus. Les plus audacieux se risquent dans des "coups" plus rentables et empruntent franchement la voie de la délinquance. Certains deviennent des consommateurs d'amphétamines ou de drogue. C'est une façon aussi de tromper la faim. A partir de dix-sept ans ils travaillent souvent comme chargeurs: Et les fines? "C'est difficile à dire. Je crois que toutes les fines qui vivent dans la rue et qui ont atteint l'âge de la puberté se livrent à la prostitution. D'ailleurs, elles ne peuvent pas choisir! Quand une fille est rejetée, abandonnée et arrive dans la rue, personne n'est là pour l'aider et la défendre. De conséquence, pour survivre, il ne lui reste que vendre son corps. Les filles plus jeunes couchent deux ou trois fois par semaine, pas plus. Par contre, les filles qui ont plus de quatorze ans ont des rapports sexuels chaque nuit, et parfois elles couchent avec trois ou quatre clients différents, l'un après l'autre. Mais ces filles ne gagnent pas beaucoup, parce qu'elles sont considérées "prostituées sales" (P. Frank Roelants, S.V.D., fondateur de l'ORPER - uvre de RécIassement et de Protection des Enfants de la Rue). Que faire? "Il ni existe pas actuellement de courant de sympathie à l'égard des enfants abandonnés. Pire encore, il n'y a aucune tolérance, aucune. Il y a quatre pays au monde connus pour les graves assassinats, exécutés de sang froid, des enfants de la rue, et les quatre sont latino-américains: le Brésil, la Colombie, le Guatemala et le Honduras", écrit l'Agence d'Information Latino-américaine. Au Brésil la police a tué, en quatre ans, 7.000 enfants de la rue! "Ces enfants de la rue, enfants de personne, que la grande partie de notre société considère avec mépris et pour lesquels les gens insensibles rejettent la responsabilité sur les autres, ne vivent pas leur dignité", a écrit Mme Ange BayBay, juge des enfants, à Kinshasa (Renaître, 6/'98). Les considérant une honte pour l'image que leur pays offre aux touristes ou un mauvais exemple pour la jeunesse, certains gouvernements adoptent des mesures fortes. Les autorités zambiennes, par exemple, ont décidé de nettoyer les rues du centre de la capitale des centaines d'aveugles mendiants et d'enfants de la rue, définis "des oisifs, fils de parents négligents". "Les enfants de la rue, qu'on le veuille ou non, sont une réalité. Or, bien des gens ne l'acceptent pas: sont nombreux les gens qui ont peur des enfants de la rue et les considèrent des anormaux. Or, les enfants de la rue ne sont pas forcement de criminels. Ils ne sont pas de criminels embryonnaires, aspirant à devenir des brigands adultes. La raison principale qui les pousse souvent à des activités criminelles est la survie. D'ou le danger, cependant, qu'ils s'affectionnent à ce genre de vie qui leur offre l'opportunité de gagner davantage même à travers des activités criminelles" (Shorter). "Les enfants doivent faire face surtout au problème de leur sécurité. Ils dorment n'importe où: dans les rues, sur les trottoirs, sous les devantures des magasins. Le sommeil est le temps où ils courent les plus grands risques. Les enfants de la rue sont les victimes privilégiées de toutes les formes de violences. Le sadisme des fous, les viols des obsédés beaucoup plus nombreux que l'on croit. Les meurtres d'enfants, les vengeances des commerçants, les violences de la police. Les passants leur donnent des coups de pied, et parfois Ils leur lancent des pierres pour les chasser" (P. Roelants). -------------------------------------------------------------------------------- À la Conférence de Maputo (avril 1999) par la Coalition Internationale, on a souligne le fait que 120.000 enfants de moins de 18 ans sont actuellement utilisés comme combattants en Afrique. Certains n'ont pas même 7 ans! Les pays plus concernés: Algérie, Angola, Burundi, Congo Brazzaville, Congo RDC, Liberia, Rwanda, Sierra Leone, Soudan et Ouganda. Au cours des dernières quatre années, selon les statistiques de l'UNICEF, les enfants et les adolescents enlevés par les rebelles en Ouganda du Nord ont été 12.000. La Sierra Leone a battu le record mondial de recrutement forcé d'enfants soit dans les rangs de la rébellion que des Forces de la Défense Civile. -------------------------------------------------------------------------------- La faim. Même s'il est difficile pour un enfant de la rue de trouver de quoi manger, ce n'est peut-être pas son problème numéro un, car la solidarité est grande parmi eux. Toutefois l'enfant mourra de malnutrition, de scorbut ou de béribéri, préférant s'acheter une glace que de la nourriture. La saleté. L'enfant de la rue s'en plaint toujours. Il a du mal à trouver un endroit où il puisse se laver ou laver ses vêtements. Cela explique pourquoi il est infesté par les peux et la gale. Selon les statistiques la moitié des enfants de la rue meurt en quatre ans. Ce qui veut dire qu'un enfant qui arrive dans la rue à l'âge de huit ans a une chance sur deux d'atteindre l'âge de douze ans. Lee résultats L'année passée le premier "gosse de la rue" pris en charge par les Salésiens à Belo Horizonte (Brésil) a décroché son diplôme en architecture à l'Université de cette ville. "II s'agit, du premier grand succès qui couronne des années de travail auprès des enfants les plus pauvres du Brésil", a dit P. Raimundo Rabelo Mesquita, président du Conseil national pour l'Enfance et l'Adolescence. "Les gosses de la rue sont des enfants comme les autres. Si on ne leur offre pas cette possibilité, leurs droits et leur volonté de vivre explosent en violence comme un volcan", dit-il. Un avis partagé par le P. Roelants: "Un enfant rejeté dès sa naissance, donc un enfant qui n 'a pas été accepté dans sa famille, et qui n' a jamais connu l'amour d'un papa ou d'une maman, garde pour toute sa vie une plaie profonde, soit à niveau physique qu'à niveau psychologique. Nous pouvons essayer de cicatriser un peu cette plaie, mais toute sa vie sera marquée par ce manque d'amour. C'est à cause de ça que les enfants de la rue se fâchent vite pour la moindre chose, pleurent et se désespèrent pour rien. Ils n'arrivent pas à maîtriser leurs sentiments, donc leur vie est conditionnée par l'instabilité, le désir d'aller ailleurs, la volonté de changer toujours et à tout prix. Pour cela ils sont souvent peu fiables sur le lieu de travail. Beaucoup sont complexes. Ils se sentent sousestimés, et à cause de ça ils refusent toutes remarques, dans les maisons d'accueil qu'ils croient que les reproches sont toujours motives par leur état "d'anciens de la rue". Solidarité Toujours est-il que le reclassement, c'est à dire la réinsertion sociale des enfants de la rue, semble la solution idéale. On en pane comme de la "solution culturelle". Selon le P. Nzuzi Mbaki, elle fait appel aux valeurs de la solidarité-hospitalité: il faut repérer un membre de la famille ou du clan apte socialement à récupérer l'enfant grâce à la solidarité clonique. Rechercher la parentèle éloignée de l'enfant, avec l'objectif de reclasser le pent dans la famille "élargie". Une méthode très bonne, mais qui ne donne pas de fruits immédiat, car le processus de réunir les enfants avec leurs familles est compliqué. Avant de terminer on peut mentionner, à titre d'exemple, les résultats positifs qu'affichent deux organismes qui dans la capitale congolaise travaillent en faveur des enfants de la rue. L'ORPER (fondé en 1982). Dans ses 6 maisons d'accueil et 2 centres d'écoute avec dispensaire, héberge 183 enfants de la rue: 143 garçons et 40 filles, qui vont à l'école ou apprennent un métier. Ces dernières années 65 enfants et jeunes ont été reclassés en famille. Parmi les quarante éducateurs de l' ORPER, il y en a cinq qui sont des anciens de la rue. 120 enfants de l'uvre ont obtenu leur brevet de maçonnerie ou menuiserie. L'ORPER accompagne aussi 500 garçons et 150 filles qui préfèrent rester dans la rue. Ils ont à leur disposition un bureau d'écoute, deux points d'eau et deux dispensaires. L'OSEPER (uvre de Suivi d'Encadrement et de Protection des Enfants de la Rue, gérée par la Congrégation des Serviteurs de la Charité), qui assure un point d'eau et d'écoute, les soins médicaux, l'alphabétisation et la nourriture pour des dizaines d'enfants (4 -15 ans). L'année dernière 19 enfants ont été réintégrés dans leurs familles. Certes, pour résoudre définitivement le problème, il faudrait mieux faire de la prévention, éviter que de nou veaux enfants arrivent dans la rue. Mais en attendant, iI faut sauver ceux qui y sont. Comme en médecine, il est stupide d'opposer prévention à soins, hôpital à vaccination. De très nombreuses expériences, à La Paz comme à Manille, à Bamako comme à Kinshasa, confirment ce que disent maintenant beaucoup de spécialistes: on peut sauver les enfants de la rue (Afriquespoir 10/2000).
Réf.
: Le Christ au Monde (Sine Maria Nihil Jesus), Vol. XLV, Nov.-Déc.
2000. |