Frans Bouwen, M. Afr.
Les Palestiniens chrétiens et les relations interreligieuses


Le 16 janvier 2002, notre confrère Frans Bouwen a pris part à un forum à l'Université Hébraïque de Jérusalem sur les relations entre la communauté chrétienne, les musulmans et les juifs. Dans une allocution à l'assemblée, Frans a présenté une analyse prudente de ces relations. Nous reproduisons ici ce qu'il avait à dire de ces relations.

 

I. Relations avec les musulmans

La communauté chrétienne palestinienne est bien consciente du fait que la qualité des relations interreligieuses fait partie essentielle de son existence et est une condition nécessaire de sa présence future dans cette partie du monde. Ceci est facile à comprendre par un regard rapide sur la dimension de cette communauté. Les chrétiens ne représentent à peu près qu'un pour cent de la population totale d'Israël et de la Palestine, et entre trois à quatre pour cent de la population palestinienne. De plus, la communauté chrétienne de Palestine a été profondément influencée et intimement structurée, à la fois dans son histoire et dans son existence actuelle, par des siècles de relations avec d'autres croyants de foi différente, en particulier l'islam, mais aussi le judaïsme.

D'où la question : comment cette communauté fait-elle face à cette situation aujourd’hui ? Avec fatalisme ? Ou comme une opportunité ? Ou, comme nous, chrétiens, le dirions, comme une vocation ? Il n'est pas possible de donner une réponse générale à ces questions, particulièrement dans le contexte actuel. Un certain nombre de distinctions claires doivent être faites. Par exemple, nous devons distinguer non seulement les relations avec l'islam et les juifs, mais encore entre la situation en Israël et dans les territoires palestiniens. La plus part du temps il est plus juste de parler des relations avec les musulmans et/ou avec les juifs, plutôt que de parler des relations avec l'islam et/ou le judaïsme, parce que les relations interreligieuses sont localisées et vécues au niveau de la réalité concrète et non au niveau abstrait et théorique des principes.

Il semble normal de commencer par les relations entre chrétiens et musulmans, parce qu'elles constituent la réalité la plus immédiate pour les chrétiens palestiniens, pour diverses raisons.

 

Relations traditionnelles 

Dans l'ensemble, on peut affirmer que les relations entre chrétiens et musulmans parmi le peuple palestinien sont traditionnellement bonnes. Nous pouvons même ajouter que, en général, elles sont meilleures que dans beaucoup d'autres pays arabes. Une des raisons principales semble être que ce pays, qui depuis des siècles a été appelé Palestine, a été, tout au long de l'histoire, un carrefour et un creuset pour une longue liste de peuples qui l'ont traversé et s'y sont installés à différentes époques. Ce pays est aussi ouvert sur la Mer Méditerranée et, au-delà, sur le monde plus large. C'est pour quoi une certaine forme de diversité et de pluralisme est une part essentielle de l'histoire et de la constitution de la Palestine et du peuple palestinien.

Ces liens traditionnels entre chrétiens et musulmans palestiniens ont été confirmés et renforcés durant le siècle passé parce qu'ils ont pris part ensemble à la même lutte nationale : ils ont souffert le même exile et désirent construire un nouveau futur national ensemble.

Avant de considérer la situation actuelle, il peut être intéressant de noter que ces liens traditionnels peuvent être très différents selon le niveau social des personnes, et aussi en fonction du lieu géographique. Au niveau supérieur de la société, parmi les professions libérales et académiques, il n'existe absolument aucun problème dans les relations entre chrétiens et musulmans : tous ont la même préparation intellectuelle, le même standard social et le même statut financier. D'un autre côté, au niveau populaire, il y a encore un certain degré d'ignorance et des préjugés qui se transmettent d'une génération à l'autre. Entre ces deux extrêmes on peut trouver un large spectre de sensibilités et d'attitudes différentes. Les relations peuvent aussi être très différentes en fonction de la situation géographique. Dans une ville ou un village, les chrétiens peuvent ou bien constituer une petite minorité, ou être à peu près le même nombre que les musulmans, ou peuvent clairement constituer la majorité. Les relations peuvent être différentes en fonction de cela. Un climat particulièrement sensible peut être perceptible quand la majorité dans les deux communautés a changé au cours d'une génération. Nous pensons, en particulier, à Bethléem et à Nazareth, où les chrétiens représentaient approximativement deux tiers de la population avant 1948, et les musulmans un tiers, alors qu'aujourd'hui c'est pratiquement l'inverse. Il n'est pas difficile d'imaginer que l'ajustement à cette nouvelle situation demande quelque fois des révisions pénibles et peut causer des frictions sporadiques. Néanmoins, il est possible de dire que, dans l'ensemble, dans la société palestinienne, les chrétiens et les musulmans ont développé, au long des siècles, une sorte de sagesse pratique pour un vivre ensemble qui les rend capables de surmonter les moments difficiles qui pourraient se produire.

Cette vue globalement positive ne nous empêche pas de reconnaître que ces relations passent quelque fois par des moments de tension et de crise. Dans ce sens, nous pouvons aussi reconnaître que durant les dernières cinquante années, de nouveaux éléments ont émergé qui demande une analyse attentive et quelque réaction.

 

Les développements récents 

Il est généralement accepté que l'impact du facteur religieux sur le conflit israélo-palestinien a considérablement augmenté durant les dernières décennies. Du côté palestinien, la dimension islamique de la lutte nationale a été de plus en plus mise en avant. Il est normal qu'un peuple qui lutte pour son identité et son indépendance nationale mobilise toute l'énergie possible pour cette lutte. Ce ne signifie pas que tout musulman qui trouve inspiration et force dans sa religion est nécessairement un extrémiste. Cependant, il est vrai que parmi le peuple palestinien, des mouvements islamiques fondamentalistes ou extrémistes ont émergé et gagnent en influence. Pratiquement partout dans le monde, des situations sans espoir au niveau social, économique et politique, forment un terrain fertile pour la croissance de mouvements fondamentalistes qui proclament être inspirés par l'islam. La situation palestinienne n'est pas exceptionnelle. Une situation sociale désespérée, particulièrement dans la bande de Gaza, et une situation politique sans solution en vue dans le futur proche, ont permis à des mouvements comme « Hamas » d'étendre considérablement leur influence. C'est, bien entendu, une raison d'inquiétude pour la communauté chrétienne palestinienne : quelle pourra être la place des chrétiens dans une société palestinienne future dans laquelle l'islam aurait une influence prédominante ? En fait, il n'y a à présent aucun réel problème au niveau des responsables : les responsables chrétiens et musulmans, y compris les chefs de ces mouvements, se rencontrent occasionnellement et parmi eux, il est bien compris qu'il ne peut être question d'antagonisme religieux, mais que le but ultime est la lutte nationale. Malheureusement, au niveau populaire ces distinctions ne sont pas toujours clairement faites, et des tensions peuvent en résulter, allant jusqu'à d'occasionnelles confrontations. C'est la responsabilité des chefs des deux bords de calmer les tempéraments et de fortifier les relations. D'habitude, ils réussissent. Cependant la situation actuelle demande une attention nouvelle et soutenue de leur part.

Le développement futur des relations entre religions et communautés dépendra pour une grande part du futur du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, quelque soit la forme que prendra ce processus. En fait, des événements récents ont montré qu'à chaque fois que le processus de paix est bloqué, pour une raison ou une autre, les mouvements extrémistes gagnent en influence, alors que, dès qu'une nouvelle ouverture prometteuse est faite, ils voient leur audience diminuer. Le plus tôt une solution pacifique et durable pourra être trouvée, le mieux ce sera pour tous, juifs, chrétiens et musulmans de la même manière. Le plus longtemps le conflit actuel durera, il deviendra difficile de trouver une telle solution et d’arriver à une existence en harmonie.

 

Une vision pour la coexistence 

Dans le contexte actuel, en construisant sur les relations traditionnelles, différents efforts ont été faits pour promouvoir une réflexion nouvelle sur les manières de promouvoir des relations interreligieuses plus conscientes et une éducation plus directe au pluralisme. La vision qui est à la base de ces efforts est fondamentalement la suivante : dans le monde arabe, et particulièrement en Palestine, les chrétiens et les musulmans partagent une histoire commune, un langage commun et une même culture. Cet héritage commun est la base pour construire ensemble un avenir commun. Cette approche est présente dans différents documents de l'Église, certains étant particuliers à l'Église catholique, tandis que d'autres ont été publiés en commun, par exemple dans le cadre du Conseil des Églises du Moyen Orient. Comme exemple, je désire me référer ici à deux lettres publiées par les sept patriarches catholiques du Moyen Orient. La première, publiée en 1992, a pour titre : "La présence chrétienne au Moyen Orient : Témoignage et Mission". Son contenu est évidemment plus large que la seule question des rapports entre chrétiens et musulmans, mais elle contient les principes de base et les orientations dans ce domaine. Le lettre suivante, publiée par les mêmes patriarches en 1994, est entièrement consacrée à ce sujet, sous le titre : "Ensemble devant Dieu pour le bien de la Personne et de la Société : coexistence entre musulmans et chrétiens dans le monde arabe". Je veux citer quelques lignes de la première lettre pour en saisir l'esprit :

"En dépit de toutes les difficultés, notre coexistence pendant bien des siècles est le terrain solide sur lequel nous pouvons baser notre action commune, maintenant et dans le futur, pour servir une société égalitaire et harmonieuse dans laquelle personne, quelque soit ce qu'il ou elle peut être, ne se sentira en dehors de sa place ou rejeté.

Nous partageons un même héritage de civilisation. Chacun de nous a contribué à sa formation en accord avec son propre génie. Notre parenté de civilisation est notre patrimoine commun. Nous devons le préserver, le développer, le renforcer, et le faire revivre, de façon à ce qu'il soit le fondement de notre coexistence et de notre respect mutuel comme frères et sœurs. Les chrétiens au Moyen Orient sont une part inséparable de l'identité culturelle des musulmans. De la même façon, les musulmans d'Orient sont une part inséparable de l'identité culturelle des chrétiens. Pour cette raison, nous sommes responsables les uns des autres au regard de Dieu et de l'histoire…

Nous sommes convaincus que nos valeurs spirituelles et religieuses authentiques peuvent nous aider à surmonter les problèmes qui gênent notre coexistence. Ceci nous oblige à nous regarder les uns les autres dans une esprit mutuel d'ouverture avec le désir de nous connaître les uns les autres…" (n.48).

 

Le dialogue de la vie 

À ce point, quelqu'un pourrait poser la question de l'existence actuelle d'un dialogue entre palestiniens chrétiens et musulmans. Tout dépend de ce que l'on entend par dialogue. Le dialogue religieux ou théologique dans le sens strict du mot reste difficile et limité, pour des raisons tant religieuses que culturelles. Cependant, le dialogue de la vie signifie la recherche consciente d'une meilleure compréhension mutuelle, d'une acceptation et d'une collaboration mutuelle, dans l'effort commun pour bâtir une société juste et ouverte. Dans cette perspective des rencontres sont organisées entre musulmans et chrétiens sur des sujets d'intérêt commun : les droits de l'homme, la liberté religieuse, l'éducation, la justice sociale, etc. Chaque participant étudie les sujets dans la perspective de ses propres croyances religieuses, pour rechercher une meilleure compréhension mutuelle et pour trouver une base d'action commune mutuellement acceptée. Dans la situation présente, un tel dialogue dans la vie semble beaucoup plus important que des discussions théologiques. En regardant ensemble vers l'avenir commun et en travaillant ensemble dans le même but, des relations mutuelles sont renforcées non seulement par une meilleure perception de l'autre, mais aussi par un engagement commun et une responsabilité commune.

 

II. Les relations avec les juifs

 

Dans la seconde partie de cette contribution, à savoir les relations entre les chrétiens palestiniens et les juifs, le sujet peut être encore plus sensible et la tâche de le présenter plus complexe. La raison principale est évidement la situation politique générale, avec ces ramifications nombreuses. Sûrement, le conflit israélo-palestinien est essentiellement politique et non religieux. Cependant bien des dimensions et connotations religieuses sont inextricablement liées avec ce conflit. Par exemple, dans le courant du siècle dernier les proportions numériques entre les trois principales communautés religieuses dans ce pays ont changé dramatiquement avec l'arrivée massive des juifs venus d'au-delà des mers : d'une minorité relativement petite, les juifs sont passés à une large majorité. En conséquence le cadre traditionnel des relations entre ces communautés ne tient plus. Ceci est particulièrement vrai à propos des relations entre chrétiens et juifs. L'ajustement à une situation tellement nouvelle prend du temps.

À cause de la configuration politique actuelle du pays, les différences en situation et en relation seront encore plus grandes entre Israël comme tel et les Territoires palestiniens. Ma connaissance personnelle de la situation à l'intérieur d'Israël est assez limitée, aussi ce que je vais dire s'applique plus directement aux Territoires palestiniens.

 

Développement des relations 

Pour l'Église catholique, le second concile du Vatican (1962-1965) a été un tournant dans les relations avec le peuple juif. . Et même, le décret de Vatican II "Nostra Aetate" est devenu une référence bien au-delà de l'Église catholique romaine et le point de départ pour différents développements prometteurs. Cependant, il peut être dit, sans offenser ou critiquer qui que ce soit, que de telles réflexions théologiques sont moins avancées au sein de la communauté chrétienne de Palestine. Les raisons pour cela sont diverses.

En premier lieu, beaucoup de ces développements sont marqués profondément par le contexte historique et culturel de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord. L'approche historique et critique, héritée de l'époque des Lumières, n'a pas eu le même impact sur la culture et la société du Moyen-Orient dont la société palestinienne est partie intégrale. Ceci est aussi vrai des études bibliques et théologiques. Si nous voulons être ouverts à la diversité et au pluralisme, nous devons accepter cette différence, sans même la qualifier de rétrograde. De plus, l'événement incommensurable de la "Shoah", qui a marqué profondément l'histoire et la pensée en Occident et a été au cœur du dialogue entre juifs et chrétiens pour des décennies, ne fait pas de la même manière partie de l'expérience de la société du Moyen-Orient. Celle-ci a besoin de temps pour l'assimiler.

Et ceci d'autant plus que la période qui a suivi la Seconde Guerre Mondiale a connu des changements radicaux dans cette partie du monde. Les événements conduisant et suivant l'établissement de l'État d'Israël ont changé complètement le visage de ce pays et les relations existant entre les groupes ethniques et religieux qui y vivaient. Si nous n'avons pas le courage de reconnaître ceci avec clairvoyance et sans passion – aussi pénible que cela soit – et si nous ne sommes pas prêts à laisser ces événements être parts du dialogue, il paraît impossible d'envisager une nouvelle coexistence dans le futur.

Durant les événements autour de 1948, bien des chrétiens palestiniens ont perdu leur habitation et leurs terres et sont devenus des personnes déplacées ou réfugiées dans leur propre pays ou dans d'autres parties de la région. Certains de ces événements ont été parfois teintés et justifiés religieusement. Certaines demandes sur le territoire ont été faites au nom de la Bible hébraïque, texte que les chrétiens lisent aussi, et qu'ils appellent l'Ancien Testament. Aussi, pour beaucoup de chrétiens palestiniens, ces événements ont conduit à une sorte de crise de leur identité religieuse et de leur foi. Comment un chrétien palestinien peut-il continuer à lire la Bible hébraïque, si ce texte est utilisé pour justifier le fait de les déposséder de ce qu'ils considèrent comme leur droit sur leur propre terre ? Il me semble impossible d'avoir une vision véritable des attitudes des chrétiens palestiniens envers le judaïsme et les juifs, sans prendre sérieusement en considération ce facteur central. Ce n'est qu'en reconnaissant ce facteur que des efforts sérieux pour une nouvelle réflexion, un nouveau dialogue et de nouvelles relations peuvent commencer.

Plusieurs essais ont été fait dans la communauté chrétienne de Palestine pour surmonter ces obstacles. L'une des initiatives les mieux connues dans cette direction est la lettre pastorale écrite par le patriarche latin de Jérusalem, Michel Sabbah, en 1993, sous le titre : "Lire la Bible aujourd'hui dans le pays de la Bible".

Les événements du passé, cependant, aussi bien que la situation présente dans le pays rendent les relations entre chrétiens palestiniens et juifs israélites très difficiles. Encore une fois, nous avons à considérer la situation telle qu'elle est, même si nous ne voulons condamner personne. Dans les territoires palestiniens, les juifs que les musulmans et les chrétiens rencontrent la plupart du temps sont les membres des forces armées et de la police. Ceci ne facilite pas une approche positive. Bien sûr, il y a quelques rencontres positives : les docteurs et le personnel médical que les palestiniens peuvent rencontrer dans les hôpitaux ou les centres de soins, des contacts dans le cadre de groupes oeuvrant pour la paix, ou des rencontres culturelles et une collaboration dans les domaines de la musique, du théâtre et quelque fois du sport. Dans beaucoup de ces contacts, cependant, la dimension religieuse est rarement présente.

En même temps, il existe beaucoup de bonne volonté de la part des chrétiens palestiniens. Il n'y a pas d'hostilité envers la religion juive ou les juifs en tant que croyants, quoiqu'il y ait encore un manque de connaissance considérable. Dans beaucoup d'endroits, vous pouvez trouver un désir sincère d'apprendre plus sur le judaïsme. De sérieux efforts sont faits dans ce sens. Ainsi, la religion juive est enseignée au séminaire de Beit Jala, où les futurs prêtres du patriarcat latin sont formés. Et dans ce cadre des professeurs juifs sont invités et des rencontres avec des étudiants juifs sont organisées. La nouvelle compréhension catholique de la religion juive est aussi prise en compte dans la préparation des livres de références utilisés dans les écoles catholiques pour l'éducation religieuse. Il y a aussi un cours sur le judaïsme à l'Université Catholique de Bethléem. Certains événements culturels à cette Université, comme des concerts ou des spectacles, ont rassemblé des juifs d'Israël, des chrétiens palestiniens et des musulmans, mais ces rencontres ont presque cessé au milieu des événements actuels.

 

Chemins de dialogue

  À côté de ces différents efforts et de ces rencontres, y a-t-il quelqu'autre forme de dialogue entre chrétiens palestiniens et juifs ? Le dialogue direct reste un sujet très sensible aussi longtemps qu'il n'y a aucune place pour l'initiative, à cause de l'ambiguïté possible. Auparavant il y avait des contacts officiels entre Palestiniens et Israéliens, chaque effort pour un dialogue direct aurait pu être perçu faussement comme une initiative politique non autorisée. Avec le commencement d'une reconnaissance mutuelle et de contacts directs entre palestiniens et israéliens, de nouveaux chemins de rencontre et de dialogue s'ouvrent.

Certains chrétiens palestiniens ont commencé à prendre part dans des dialogues déjà existant avec les juifs, un dialogue dans lequel participent presque exclusivement des chrétiens occidentaux expatriés. Cependant la méthodologie et les sujets majeurs de ce dialogue restent très souvent étrangers aux soucis réels des chrétiens palestiniens. Aussi peu à peu le besoin d'un dialogue spécifique entre chrétiens palestiniens et juifs israélites s'est fait sentir, un dialogue qui prenne en considération à la fois les questions théologiques et les expériences concrètes proche de la vie des deux communautés. Différents groupes ont commencé à se rencontrer dans ce sens, à différents moments et dans différents lieux. Certains ont réussi à continuer même durant la seconde « intifada » qui a lieu actuellement. Certains groupes comprennent des rabbis et des ministres ordonnés de différents Églises chrétiennes. La plupart du temps, ces rencontres se passent sans publicité, et sont basées sur une confiance mutuelle entre les participants qui souvent se connaissent depuis des années. Ce sont là des conditions fondamentales pour être capables de faire un travail sérieux dans les circonstances actuelles. Cependant, nous devons reconnaître que ces rencontres constituent seulement un humble début et souhaiter qu'un jour elles puissent être reconnues officiellement par les chefs religieux de chaque côté, chrétiens et juifs.

 

En conclusion 

Permettez moi de faire une dernière remarque en conclusion. J'ai présenté séparément les relations des chrétiens palestiniens avec les musulmans et avec les juifs. Une telle distinction est nécessaire, si nous voulons parvenir à une meilleure compréhension; Cependant, pour les chrétiens palestiniens de ce pays il est extrêmement important que ces deux relations et dialogues ne soient pas séparés les uns des autres, et surtout que l'un ne soit pas privilégié au dépend de l'autre. Un vrai dialogue et une compréhension mutuelle ne peuvent jamais être exclusifs, particulièrement à Jérusalem et dans ce pays, à cause de leur signification religieuse pour les religions monothéistes. Si nous voulons rendre possible que Jérusalem et ce pays jouent vraiment leur rôle symbolique de promesse et de lieu de rassemblement pour toute l'humanité, alors nous avons à réaliser que nous ne pouvons faire cela que tous ensemble.

 

Réf. : Article du SEDOS Bulletin, 25-06-2002. Traduction en français. En PETIT ECHO (English Edition), 2002/3 et 4, n. 930.