Jean Bouttier Aumônier Général du CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement)
Présence de l'Église auprès des Institutions européennes


Les Institutions européennes apparaissent souvent lointaines. Elles sont pourtant des lieux importants de rencontre et de dialogue. L’Église catholique n’en est pas absente. Au contraire, à des niveaux divers, elle y assume une présence spécifique, que l’on peut regrouper autour de trois institutions principales :

Le CCEE, Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe1

Il doit son origine (1967) à Mgr Etchegaray, alors Secrétaire de l’Épiscopat français. Il réunit, bien avant l’ouverture de 1989, des représentants des Conférences Épiscopales de l’Europe, tant de l’Est que de l’Ouest. Son président est actuellement Monseigneur Amédée Grab, Évêque de Coire en Suisse. Le délégué de la Conférence des Évêques de France est le Cardinal Billé, Archevêque de Lyon. Il couvre, plus ou moins, l’Europe du Conseil de l’Europe... jusqu’à Vladivostok... mais n’entretient pas de relations habituelles avec ce Conseil.

Il est surtout un lieu d’échanges d’expériences et de réflexion entre Conférences lors de symposiums tenus à intervalles plus ou moins réguliers, sur des thèmes pastoraux, certains concernant davantage l’évolution de l’Europe elle-même. L’ouverture de 1989 lui a évidemment donné un souffle nouveau devant les questions alors posées aux Églises. Ont été abordés les thèmes suivants :

- 1967 Les structures diocésaines post-conciliaires et leurs relations avec l’Église universelle,

- 1969 Le prêtre dans le monde et l’Église d’aujourd’hui,

- 1975 Le ministère de l’Évêque au service de la Foi,

- 1979 Les jeunes et la Foi,

- 1980 Responsabilités des chrétiens vis-à-vis de l’Europe d’aujourd’hui et de demain,

- 1982 La responsabilité collégiale des Évêques et des Conférences épiscopales dans l’évangélisation du continent,

- 1985 "Sécularisation" et évangélisation,

- 1989 Attitudes contemporaines devant la naissance et la mort,

- 1993 Vivre l’Évangile dans la liberté et la solidarité,

- 1996 La religion, fait privé et réalité publique. La place de l’Église dans les sociétés pluralistes.

- 2002 (En préparation) Les jeunes d’Europe dans l’évolution. Laboratoires de la Foi.

Les Assemblées européennes œcuméniques de Bâle (1959) et de Graz (1997) ont eu lieu sous l’égide du CCEE et de la KEK (Conférence des Églises Européennes, protestantes et orthodoxes : l’Église catholique y participe comme observatrice). Celle de Graz a vécu des difficultés tenant à la nouveauté de la rencontre Est-Ouest après cinquante ans d’isolement. Elle fut cependant une occasion de solliciter un engagement plus précis des responsables des Églises : ce fut le sens donné à la Charte Œcuménique, signée à Strasbourg, le 22 avril 2001, par le Métropolite Jérémie, président de la KEK, et le Cardinal Vlk, alors président du CCEE 2.

Ce fut aussi pourquoi la célébration proposée pour le cinquantenaire du Conseil de l’Europe (1999) fut elle-même présidée par Mgr Jérémie et Mgr Lehmann. alors vice-président du CCEE à Strasbourg.

La COMECE (Commission des Épiscopats de la Communauté Européenne)3

Autrefois organe indépendant, elle est devenue une commission du CCEE. Elle réunit les Évêques délégués des quinze pays de l’Union Européenne (UE), avec cependant quelques particularités : l’Angleterre en est membre avec le Pays de Galles, mais l’Écosse l’est aussi de façon distincte ; par contre la Scandinavie (Suède, Finlande, Danemark où les catholiques sont peu nombreux) ne forment qu’une seule Conférence. La Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Suisse y sont membres "associés". Le représentant de l’épiscopat français y est Mgr Simon, Évêque de Clermont-Ferrand. Le siège de la COMECE et son Secrétariat sont à Bruxelles. Elle est présente à Strasbourg surtout lors des Sessions du Parlement européen. Près de l’UE, le Saint-Siège a un représentant permanent et des liens avec la COMECE.

La COMECE travaille en trois directions principales :

- par des contacts réguliers et des échanges avec des hommes politiques et des fonctionnaires de l’UE, notamment dans les domaines où l’Église se sent plus concernée. Elle leur fait part de la réflexion des Évêques européens concernant la construction européenne.

- en retour, elle sensibilise et informe les Évêques européens et les communautés ecclésiales sur les questions traitées par les diverses institutions européennes.

- elle accueille personnes et groupes intéressés par une découverte des institutions européennes et leurs rapports avec l’Église. Ainsi le groupe des secrétaires nationaux de l’Épiscopat l’a-t-il rencontrée en février 2001, après d’ailleurs une première visite au Conseil de l’Europe à Strasbourg en février 2000.

Pour être plus en phase avec les Églises nationales, la COMECE organise divers colloques ou séminaires. Ainsi, en février 1998, avec les commissions sociales des épiscopats : "Solidarité et cohésion sociale dans l’Union monétaire", ou, en juillet 1999, "l’avenir de la coopération au développement ; Union et ACP, perspectives après Lomé" (celui-ci en collaboration avec la commission correspondante de la KEK. Quelques commissions rassemblent régulièrement des représentants des Églises de l’UE, avec la difficulté des situations et des habitudes pastorales diversifiées, ainsi une commission des migrants.

La COMECE réagit parfois aussi à l’actualité par des "déclarations" : pour les élections européennes par exemple, en 1999, ou plus récemment (30 mars 2001, DC 2250) : "Pour le bien-être des migrants et des sociétés accueillantes". À l’occasion de situations ou d’événements européens, des Conférences nationales s’expriment également : ainsi l’épiscopat français par son texte "Réhabiliter la politique" (1999) en préparation aux élections européennes. Ce texte a été rédigé grâce à de multiples collaborations dont celle de plusieurs députés européens. La COMECE a ses propres publications, en particulier avec l’OCIPE (Office Catholique d’Information et d’Initiatives pour l’Europe) : Europe Info, paraît chaque mois à destination de toute personne intéressée.

L’OCIPE est un organisme jésuite. Les Dominicains ont aussi le leur depuis quelques années : Espaces. Ils sont composés surtout de religieux de divers pays d’Europe et travaillent souvent ensemble à Bruxelles et à Strasbourg. Les Congrégations missionnaires se sont regroupées notamment pour une information de l’UE concernant l’Afrique.

À Bruxelles et à Luxembourg, des paroisses linguistiques assurent liturgie, sacrements, catéchisme et autres services paroissiaux. Elles proposent aussi des temps de réflexion.

Auprès du Conseil de l’Europe

Le Conseil de l’Europe est la plus ancienne institution européenne, née en 1949 de la volonté de construire la paix en Europe après la deuxième guerre mondiale et ses catastrophes. L’Église y est présente assez activement et sous des formes diverses.

Auprès de lui, le Saint-Siège a une "Mission permanente". Il n’est pas membre du Conseil (43 membres) mais observateur. Sans droit de vote, le délégué peut participer à toutes les rencontres du Secrétariat ou de l’Assemblée parlementaire et s’y exprimer. Le délégué le fait par lui-même ou par des "experts". Il y est une voix écoutée.

Des prêtres et des pasteurs des différentes Églises (luthérienne, anglicane, orthodoxe et catholique), en accord avec leurs responsables (diocèse de Strasbourg, KEK), ont mis sur pied une petite équipe "pastorale", Oikoumene. Elle n’assure pas de services paroissiaux, mais des contacts avec députés et fonctionnaires et propose des rencontres-échanges régulières aux membres du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire ainsi qu’aux fonctionnaires du Conseil de l’Europe. Ces échanges portent sur les actualités européennes ou la vie des Églises dont beaucoup n’ont que peu d’éléments d’information. Ébranlée par plusieurs départs, cette équipe poursuit ses activités en proposant quelques colloques : "Common law et Droit napoléonien en Europe", "Media". Les Jésuites de leur côté organisent deux journées de travail chaque année avec des personnalités intervenantes.

En suite à l’Assemblée (Œcuménique de Graz et à la veille du sommet des chefs d’état et de gouvernement du Conseil de l’Europe tenu à Strasbourg, l’équipe Oikoumene a proposé une conférence-débat œcuménique sur le thème : "la marginalisation de l’éthique et des droits de l’homme dans la construction de l’Europe" (24 septembre 1997) et, dans la même ligne, dans le cadre des manifestations du 50e anniversaire du Conseil de l’Europe, une journée sur le thème "Universalité des droits de l’homme et diversités culturelles" (23 juin 1998). Cette journée comportait quatre thèmes : politique et religion, culture et religion, risques et promesses du pluralisme aujourd’hui, dignité humaine et religion, chacun avec deux intervenants de religion différente (juive, islamique, luthérienne, anglicane, orthodoxe, catholique, ainsi qu’un humaniste) venant des différentes parties de l’Europe du Conseil de l’Europe (de Moscou à Madrid en passant par la Bosnie).

Une place importante est faite par le Conseil de l’Europe aux ONG. Plus de 400 sont reconnues avec statut consultatif. Parmi elles, un bon nombre d’organisations et de mouvements catholiques, autre type de présence de l’Église. Une certaine coordination existe entre eux. Tous sont invités à participer aux divers "regroupements" proposés par le bureau de liaison des ONG qui leur permettent un travail en commun et facilitent des interventions auprès des instances du Conseil de l’Europe (secrétariat et assemblée parlementaire). Du point de vue ecclésial, c’est une forme importante de participation, en particulier des laïcs, à la construction de l’Europe à partir de leur expérience concrète.

J’y accompagne le MIAMSI (Mouvement International d’Apostolat en Milieux Sociaux Indépendants). Certains fonctionnaires participent d’ailleurs, à titre personnel, à des équipes en ville de Strasbourg.

Oikoumene propose enfin certains temps de prière : chaque jeudi matin, avec parfois une eucharistie, dans un lieu de prière et de recueillement du Conseil de l’Europe. Dans un lieu semblable, au Parlement européen, une eucharistie catholique est célébrée le mercredi de chaque session. Lors du cinquantenaire du Conseil de l’Europe (1999), une célébration œcuménique a rassemblé nombre de personnes de la ville de Strasbourg et du Conseil de l’Europe, sous la présidence de Mgr Jérémie, président de la KEK, et de Mgr Lehmann, alors vice-president du CCEE, avec la participation de Mgr Doré, Archevêque de Strasbourg.

Les formes de présence de l’Église aux Institutions européennes sont donc diverses et permettent des approches différentes. Elles engagent nombre de chrétiens, en lien souvent avec beaucoup d’autres. En s’y rendant plus attentifs, les chrétiens d’Europe peuvent se découvrir plus proches qu’ils ne le pensent de ces Institutions, par leur présence dans les régions, par les professions, les syndicats, les jumelages et y trouver des lieux de présence, de réflexion et d’action avec d’autres. L’Europe, nous le savons, sera ce que nous la ferons. Le Concile, et plus récemment Jean Paul II, tout au long du Jubilé, en particulier dans sa lettre d’envoi pour le troisième millénaire (Novo Millennio Ineunte, DC 2240), nous invitent fortement à cette présence active et partagée.

 

Notes

1. www.kath.ch/CCEE

2. Cf. Documentation Catholique du 17 juin 2001, p. 584 ss.

3. E-mail : comece@comece.org

 

Réf. : Mission de l’Église, n. 134, Janvier-Mars 2002.